Quel accord de paix ? Le conflit perdure au Mali

La ratification d’un accord de paix historique entre le gouvernement malien et la rébellion à dominante touareg a suscité l’espoir qu’un terme soit enfin mis à des années de troubles. Mais plus de huit semaines plus tard, force est de constater que peu de choses ont été faites pour mettre fin au conflit, et le militantisme regagne du terrain.

Ces derniers mois, le Mali a connu quelques-uns de ses pires épisodes de violence depuis que les forces internationales ont repoussé les combattants islamistes hors de leurs bastions du nord en janvier 2013. Ce regain de violence a notamment été marqué par une attaque de haut vol menée par des islamistes liés à Al-Qaïda dans un hôtel fréquenté par des fonctionnaires des Nations Unies, qui s’est soldée par un bilan de 13 morts.

« Malheureusement, pour l’instant, il a davantage été question de célébrer l’accord lui-même que de véritables progrès dans sa mise en œuvre », a dit Susanna Wing, professeure agrégée de sciences politiques à l’Haverford College, en Californie. « Il va falloir avancer de manière continue et progressive vers sa mise en œuvre. »

Cependant, comme l’a expliqué Mme Wing, le Comité international de suivi de l'Accord de paix et de réconciliation – qui sera présidé par l’Algérie et dont la mission consistera à garantir l’application de l’accord – n’a même pas encore nommé ses membres.

Voir : Le processus de paix malien est-il menacé ?

Tant que le comité ne se sera pas attelé à sa tâche, l’accord n’est guère plus qu’un morceau de papier. Et même si le comité devenait opérationnel, la paix est loin d’être garantie, surtout compte tenu de la diversité des motivations au sein de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) et de la multiplicité des factions rebelles touareg et arabes et des groupes séparatistes peuls avec lesquels l’accord a été négocié.

« La mise en œuvre de l’accord de paix peut contribuer à contenir un certain militantisme et à écarter le risque d’affrontements continus entre les forces de la CMA et les milices progouvernementales ainsi qu’avec le gouvernement malien », a dit Andrew Lebovich, chercheur et collaborateur émérite du Conseil européen en matière de relations internationales, à IRIN. « Cependant, même une mise en œuvre réussie de l’accord incitera les groupes à se fragmenter davantage, ce qui pourrait attiser les tensions et engendrer des violences permanentes de la part de tous les groupes armés opérant dans le nord. »

« Le Mali se dirige moins vers une paix durable que vers une nouvelle phase de confrontations », a averti l’International Crisis Group dans un rapport du mois de mai.

Recrudescence des violences

Dans le nord du Mali, plusieurs factions rebelles ont non seulement accéléré la cadence des attaques, mais également redoublé leur intensité. Des groupes autrefois disséminés ou maintenus à distance par les forces internationales se sont également regroupés. Depuis le début de l’année, les attaques ont gagné le centre, puis le sud du pays – à la frontière avec la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso – en juin.

Bien que la présence de troupes internationales ait permis d’entraver l’action des groupes armés, les attaques ont redoublé tant à l’encontre de cibles militaires que civiles.

Plus tôt ce mois-ci, le 7 août, des hommes armés ont lancé une attaque audacieuse contre un hôtel de Sévaré, une ville de garnison située à 600 km au nord de Bamako. La prise d’otages s’est dénouée 24 heures plus tard, lorsque des troupes maliennes - appuyées par des forces spéciales françaises, semblerait-il - ont pris le bâtiment d’assaut. Quatre soldats, cinq combattants et cinq employés des Nations Unies (deux Ukrainiens, un Népalais, un Sud-africain et un Malien) sont morts dans l’opération. L’attaque a été revendiquée par des combattants islamistes liés au groupe al-Mourabitoune rattaché à Al-Qaïda. 

Au moins 20 « séparatistes » de la CMA auraient été tués par une milice progouvernementale plus tôt cette semaine, au cours de trois jours d’affrontements dans la région septentrionale de Kidal. 

À la suite des attaques, la mission de maintien de la paix des Nations Unies au Mali, la MINUSMA, a mis en place une « zone de sûreté » de 20 kilomètres autour de la ville de Kidal le 18 août, dans une tentative de rétablir la paix.

Une cause perdue ?

L’optimisme qu’affichaient de nombreux Maliens à la libération des villes du nord par les forces internationales en 2013, puis à nouveau lors de la ratification de l’accord de paix en juin, s’est aujourd’hui dissipé.

Voir : Espoirs de réconciliation à Tombouctou 

Il a laissé place à un doute profond quant à l’engagement des parties belligérantes en faveur de la paix. L’accord négocié par les Nations Unies ne mentionne que brièvement des sujets tels que l’éducation, l’emploi ou la justice, qui sont pourtant chers à de nombreux habitants du nord et indispensables à des progrès durables.

« La priorité donnée à la sécurité éclipse la nécessité de restaurer la fonction sociale de l’État à l’échelle du territoire malien », a dit Bruce Whitehouse, professeur agrégé d’anthropologie à l’université Lehigh.

Les services sociaux de base et les institutions gouvernementales restent à rétablir dans tout le nord du Mali, et il y a peu de chance qu’ils ne reprennent tant que les affrontements perdureront.

Les Nations Unies et les autorités maliennes estiment à environ 3 millions le nombre de personnes manquant de nourriture.

Et des différends subsistent, même au sujet de l’accord lui-même. De nombreux séparatistes déplorent le fait que bien que l’accord contemple la création d’assemblées régionales élues, il n’y soit pas question d’autonomie ou de fédéralisme, ce que les rebelles réclament de longue date.

« Même le MNLA, le Mouvement national de libération de l’Azawad, est divisé au sujet de l’accord », a dit Mme Wing. « Bien que le gouvernement ait clairement fait comprendre que l’intégrité territoriale n’était pas négociable, l’autonomie du nord reste un objectif pour certains… Il n’y aura pas de paix tant que toutes les parties ne se prononceront pas en faveur de la paix. »

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