La guerre crée des écologistes

Si vous scrutez la ligne d'horizon de Sanaa, la capitale yéménite, vous ne verrez rien d'autre que des ruines. Depuis quatre mois, la coalition menée par l'Arabie saoudite bombarde le Yémen et les dégâts sont manifestes – des fenêtres soufflées aux monceaux de gravats en lieu et place des anciens bâtiments. Cependant, si vous regardez d'un peu plus près, vous remarquerez quelque chose de nouveau – les toits de la ville sont parsemés de petits rectangles.

Alors que la guerre s'intensifie et que la pénurie de carburant se généralise, un nombre croissant de Yéménites se tournent vers l'énergie solaire pour faire face à cette période difficile.

Deux semaines après le lancement de la campagne de frappes aériennes, qui a débuté le 25 mars, Sanaa était privée d'électricité et la plupart des logements étaient plongés dans l'obscurité. Les familles qui en avaient les moyens se sont donc munies de générateurs à combustible.

Jamil Nassar, un ingénieur civil de 45 ans, a attendu une semaine, mais les autorités n'ont pas réparé le réseau électrique, alors il a décidé d'investir. « L'électricité est l'un des éléments essentiels de la vie », a-t-il dit à IRIN, avant d'ajouter que son générateur lui avait coûté plus de 400 dollars – soit bien plus que le salaire mensuel moyen au Yémen. « J'ai acheté le générateur pour pouvoir suivre l'actualité et transférer l'eau stockée dans le réservoir enterré dans le réservoir de surface ». Cette pratique est courante au Yémen, car beaucoup d'habitants dépendent des puits pour leur approvisionnement en eau.

 Quelques jours après avoir acheté le générateur, M. Nassar ne pouvait plus acheter d'essence pour l'alimenter, mais ce n'était pas une question d'argent. « Il n'y avait plus une goutte d'essence dans les stations service », a-t-il expliqué.
  
A la demande du gouvernement yéménite en exil, chassé par les rebelles houthistes pro-iraniens, la coalition menée par l'Arabie saoudite a imposé des restrictions sévères aux navires : les cargos doivent être inspectés de fond en comble avant de se mettre à quai. Il faut donc parfois attendre plusieurs semaines avant de pouvoir décharger les cargaisons. L'industrie pétrolière du pays est au point mort et il n'y a pas de pétrole sur le marché en raison de ces restrictions. De plus, les avions de guerre saoudiens prennent pour cible les camions transportant du pétrole dans les zones contrôlées par les Houthistes. Le pays est donc privé de carburant.

Prêts à tout pour trouver ne serait-ce qu'une petite source d'énergie, les Yéménites improvisent et se tournent vers le solaire.

Au début du mois de juin, Saleem Mohsen, 34 ans, a investi 500 dollars dans l'achat de panneaux solaires. « Ils étaient très chers car ils n'étaient pas largement disponibles sur le marché, mais au bout du compte, les cellules photovoltaïques sont plus intéressantes que les autres équipements, car mieux vaut payer une fois que payer tous les jours », a-t-il dit.

Les panneaux produisent suffisamment d'électricité pour éclairer le logement de M. Mohsen et faire fonctionner des petits appareils, mais pas des équipements comme le réfrigérateur et le chauffe-eau.

 Pénurie de panneaux solaires

Avant la guerre, l'énergie solaire en était à ses tout débuts au Yémen. L’État a levé les droits de douane sur les panneaux solaires pour encourager la population à s'équiper, mais leur prix était encore trop élevé pour une majorité de Yéménites. Malgré l'orientation vers les énergies renouvelables, il n'y avait pas vraiment d'impulsion en faveur du changement en raison du subventionnement de l'industrie pétrolière et de la proximité du géant du pétrole, l'Arabie saoudite.

Quelques semaines après le début du conflit, le pays a été confronté à une pénurie de panneaux solaires. Leur prix a triplé et le marché n'était plus approvisionné. Mohammed Senan, un vendeur d'appareils électriques, a dit que ses prix étaient montés en flèche, car très peu de magasins avaient encore des stocks.

La trêve humanitaire de cinq jours décrétée au mois de mai a permis l'acheminement de milliers de panneaux solaires dans le pays et leurs prix ont baissé.

En général, pendant le Ramadan, les Yéménites dorment le jour et veillent la nuit ; les besoins en électricité sont donc plus importants. Malgré les prix, bon nombre de personnes ont acheté des panneaux solaires avant que les stocks ne soient écoulés.

Mohammed Hussein al-Awlaqi, propriétaire d'un autre magasin d'électroménager, a dit qu'il lui était difficile de donner des chiffres, mais que son commerce était en expansion. « Nous ne vendons que du solaire », a-t-il dit. « Des grandes cellules photovoltaïques, des lampes solaires et même des chargeurs de téléphones mobiles utilisant l'énergie solaire ».

Mais pour bon nombre de Yéménites, les prix sont encore trop élevés. Le Yémen était déjà le pays le plus pauvre du Moyen-Orient avant le début de la guerre, et les Nations Unies estiment que plus de 20 millions de personnes (sur une une population totale de 24 millions) ont besoin d'aide.

Rashad al-Hamdani, 46 ans, s'est plaint qu'il n'avait toujours pas les moyens d'investir. « Les panneaux solaires qui coûtaient 150 dollars coûtent désormais 100 dollars, mais les vendeurs ne pensent pas aux accessoires dont les prix déjà élevés ont doublé. Une fois que l'on a les panneaux solaires, il faut des batteries que l'on doit charger, des convertisseurs pour convertir le courant 12 volts en courant 220 volts, des câbles, etc. ».

Le désespoir – et la méconnaissance de l'évolution des prix des équipements solaires – est une occasion rêvée pour des commerçants futés et sans scrupule.

Abdulkhaliq Hasan, 35 ans, voulait éclairer son foyer. Il n'avait pas beaucoup d'argent de côté, mais il a malgré tout décidé d'investir 150 dollars dans un panneau solaire de 100 watts. Lorsqu'il est rentré chez lui, il a découvert que son ami avait acheté le même matériel pour seulement neuf dollars.

« Le vendeur m'a dit que le panneau que j'ai acheté produit la quantité d'électricité indiquée sur la boîte, mais quand j'ai regardé le panneau solaire de mon ami, j'ai vu qu'il n'y avait pas vraiment de différences », a-t-il dit.

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