Quatre faits que vous ignorez sur les démolitions de logements par Israël

Annie Slemrod

Rédactrice Moyen-Orient

Le petit village palestinien de Khirbet Susiya, dans la Cisjordanie occupée, a fait les gros titres de l'actualité mondiale cette semaine, suite à la condamnation par les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Union européenne du projet de l'armée israélienne de le démolir. D'après le Département d’État des États-Unis, la démolition du village serait un acte « dangereux et provocateur ».

Jusqu'à présent, le gouvernement israélien n'a montré aucun signe de fléchissement. Des militants et des habitants de la localité dorment sur place au cas où les bulldozers arriveraient.

Susiya, un village situé dans la zone C de la Cisjordanie, contrôlée par l'armée israélienne, est menacé de démolition pour défaut de permis de construire ; il est rare que ce permis soit octroyé aux Palestiniens.
   
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Susiya n'est pas le seul village palestinien menacé de démolition imminente. Voici quelques faits à propos des démolitions en Israël et en Cisjordanie occupée :
  
Plusieurs types de démolitions

Les constructions sont démolies pour des raisons « administratives » ou « punitives ».

Le village de Susiya est en danger, car les exigences en matière de planification n'ont pas été respectées ; les habitants ont donc reçu des ordres de démolition « administrative ». La plupart des logements rasés en Cisjordanie, et notamment la majorité de ceux rasés dans la zone C, ont fait l'objet d'un ordre de démolition administrative.

Cette année, l'armée a démoli 243 logements palestiniens situés dans la Zone C et dans Jérusalem-Est, quartier annexé, car Israël estimait qu'ils avaient été construits illégalement (c'est-à-dire sans les permis requis) – 39 de ces logements se trouvaient dans Jérusalem-Est. Au total, l'armée a procédé à 493 démolitions dans cette région en 2014.

Israël procède également à des démolitions « punitives » : les logements des Palestiniens impliqués dans des attaques visant des civils israéliens sont détruits au bulldozer. D'après les statistiques fournies par B’Tselem, organisation de défense des droits de l'homme israélienne, 664 logements ont été démolis pour des motifs punitifs entre octobre 2001 et la fin de l'année 2004. Les démolitions punitives étaient censées produire un effet dissuasif, mais un comité militaire créé en 2005 a conclu qu'elles n'avaient pas permis d'atteindre l'objectif visé et que leur légalité était contestable.

Cette pratique a été abandonnée, puis reprise l'année dernière, quand Israël a démoli quatre logements et condamné un autre. Les bâtiments appartenaient à des familles de Palestiniens soupçonnés d'avoir enlevé et tué trois adolescents israéliens qui faisaient de l'auto-stop en Cisjordanie. D'après B’Tselem, 27 personnes se sont retrouvé sans-abri, dont 13 mineurs.

Cette année, aucune démolition punitive n'a été menée. Mais, au début du mois, Israël a évacué et bloqué l'accès à la maison d'une famille de Jérusalem-Est dont un membre avait participé à une attaque contre une synagogue, tuant quatre fidèles et un policier. L'assaillant avait trouvé la mort dans cet attentat perpétré à l'automne 2014.

Des démolitions ont lieu en Israël aussi

Des démolitions administratives sont aussi menées en Israël, notamment dans les villages bédouins qui ne sont pas reconnus par l’État. D'après un récent rapport commandé par le ministère israélien de la Sécurité publique, les démolitions se sont intensifiées. En 2013, 697 bâtiments appartenant à des Bédouins ont été évacués ou démolis. En 2014, 1 073 bâtiments ont été démolis.

Aujourd'hui, l'attention se porte sur les Bédouins du village d'Umm al-Hiran, dans le sud du désert du Néguev. Le gouvernement israélien prévoit de construire une ville juive sur les terres sur lesquelles les Bédouins sont installés depuis 60 ans et, après plus d'une décennie de batailles juridiques, il semble que plus rien ne puisse l'arrêter.

L’État israélien indique qu'il a trouvé des terres pour les habitants du village d'Umm al-Hiran - qui sont des citoyens israéliens - dans une ville bédouine proche du village. La majorité des villageois refusent cette solution.

Destructions de colonies juives

Les colonies juives implantées dans la Zone C font, elles aussi, l'objet de démolitions. Les colons jouissent d'un régime de planification différent de celui des Palestiniens et il leur est plus facile de construire en toute légalité. Mais les extensions des colonies juives, baptisées « postes avancés », apparaissent souvent sans l'autorisation du gouvernement et elles peuvent faire l'objet de démolitions.
Cependant, les ordres de démolition sont souvent délivrés et exécutés de manière inégalitaire, d'après les chiffres gouvernementaux obtenus en réponse aux demandes d'accès à l'information déposées par Dror Etkes, spécialiste de la question des implantations et militant.

Depuis 1988, l’État d’Israël a émis 14 782 ordres de démolitions de structures palestiniennes et 7 091 ordres de démolitions de constructions juives – soit un peu moins de la moitié – indiquent les chiffres.
Le fait que 14,2 pour cent des bâtiments palestiniens visés par un ordre de démolition soient détruits, contre seulement 6,5 pour cent des constructions juives, aggrave cette inégalité.

Il ne s'agit pas que de briques et de mortier

D'après le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), 280 Palestiniens ont perdu leur logement suite aux 243 démolitions menées cette année. Six Palestiniens ont été déplacés cette semaine.

L'impact humanitaire de la campagne de démolitions menée par Israël est considérable. D'après OCHA et l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), la démolition des logements entraîne une détérioration significative des conditions de vie des familles touchées qui risquent d'être privées d'un accès à l'eau potable, à l'éducation, à l'assainissement et à d'autres services de base. A Susiya, on craint que les panneaux solaires qui produisent de l'électricité en quantité limitée pour alimenter les habitants du village ne soient détruits, ce qui les priverait de leur seule source d'énergie.

D'après le rapport sur les démolitions de logements en Cisjordanie présenté en 2009 par l'organisation caritative Save the Children, il est extrêmement difficile pour les familles déracinées de se rétablir. Plus de la moitié des familles contactées dans le cadre du rapport ont mis au moins deux ans à trouver un logement permanent.

Les enfants sont particulièrement touchés. Ceux dont les maisons ont été détruites ont plus de risques de souffrir de problèmes de santé mentale, comme la dépression et l'anxiété, ou de tomber dans la délinquance et d'avoir des comportements violents.

Save the Children s'inquiète aussi de l'état mental des parents  et OCHA a noté que « l'impact sur le bien-être psychosocial des familles peut être dévastateur ».

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