Banque mondiale : « Nous ne sommes pas en concurrence »

Louise Redvers

Freelance journalist and regular IRIN contributor

Dans un entretien accordé à IRIN en vue du troisième sommet des Nations Unies sur le financement du développement, Bertrand Badré, directeur général et financier du Groupe de la Banque mondiale, a expliqué pourquoi il pense que les secteurs de l’humanitaire et du développement sont « étroitement liés » et pourquoi ils devraient faire preuve d’une plus grande synergie.

« Les crises humanitaires sont de véritables bouleversements, qu’elles découlent d’une guerre ou d’une catastrophe naturelle », a-t-il dit.

« À la Banque mondiale, nous ne participons pas directement à des activités humanitaires telles que la gestion des camps de réfugiés, par exemple, mais notre travail consiste à améliorer la préparation et la capacité des pays à faire face aux chocs », a-t-il expliqué.

« On ne peut pas empêcher un séisme de se produire, mais nous avons le pouvoir de faire en sorte que le pays touché soit davantage préparé à mieux faire face aux conséquences, plus rapidement et à moindre coût. »

Selon M. Badré, le financement du développement pourrait être utile de bien des manières, en renforçant les systèmes de santé, par exemple.

Dans le cas d’Ebola, des services de santé plus solides se seraient traduits par moins de pertes humaines, une intervention humanitaire moins importante et moins onéreuse et des coûts moins élevés pour l’économie et le développement des pays touchés, a-t-il expliqué.

Les catastrophes naturelles sont un autre domaine dans lequel la Banque mondiale souhaite faire davantage, tant en matière d’intervention postcatastrophe que de réduction des risques. En 2013, le groupe a lancé un mécanisme pilote d’assurance contre les risques liés aux catastrophes dans la région Pacifique et, l’année dernière, après le cyclone Ian, Les Tonga ont reçu un dédommagement, tout comme le Vanuatu après le cyclone Pam cette année.

« Nous avons pu verser de l’argent au Vanuatu et aux Tonga dans un délai de deux semaines dans le cadre de ce programme », a dit M. Badré. « C’était un financement spécifique et à petite échelle, mais l’idée est que l’on peut le faire à plus grande échelle et même si l’on ne peut pas remplacer complètement le système d’intervention d’urgence classique, qui reste nécessaire, c’était une manière bien plus rapide de mobiliser des fonds. »

D’après M. Badré, des discussions ont court entre les Nations Unies, la Banque mondiale et le G20 pour trouver un mécanisme visant à assurer le monde contre de nouvelles épidémies semblables à Ebola.

La question des déplacements, souvent considérée comme un problème uniquement humanitaire, devient de plus en plus prioritaire pour la Banque mondiale. Elle travaille étroitement avec les gouvernements de la Jordanie et du Liban, qui peinent à accueillir les millions de réfugiés syriens qui ont afflué dans les deux pays.

« Beaucoup de gens pensent à tort que les réfugiés ne sont là que pour quelques mois. Ils ne réalisent pas que des personnes peuvent être déplacées pour 10 à 15 ans, voire plus longtemps encore », a dit M. Badré à IRIN.

Pour en savoir plus : Durable solutions for refugees prove elusive [Les solutions durables pour les réfugiés s’avèrent hors d’atteinte] 

« C’est très difficile pour les réfugiés, mais nous devons aussi nous assurer que les pays d’accueil ont la capacité de faire face à la situation. C’est pourquoi nous avons noué le dialogue avec le Liban et la Jordanie, afin d’aider ces gouvernements avec leurs politiques budgétaires et fiscales et leurs cadres macro-économiques. »

« Dans le cas du Liban, par exemple, qui était déjà un pays très fragile, le nombre de réfugiés est maintenant très élevé, alors comment peut-on [aider un pays à s’adapter] pour y faire face et s’assurer qu’il y a assez d’écoles et de médecins ? »

Selon M. Badré, la démarche de la Banque mondiale au Liban et en Jordanie complète très bien l’intervention humanitaire.

« Les humanitaires répondent à l’urgence, mais nous pouvons apporter les fonds nécessaires pour aider les pays dans leurs perspectives de développement à plus long terme », a-t-il expliqué.

M. Badré a reconnu qu’au sein du secteur humanitaire et des organisations non gouvernementales, certains n’avaient pas toujours bien accueilli les interventions de la Banque mondiale à cause de problèmes passés et que les prêteurs de Washington accordaient la priorité aux réponses des gouvernements. Mais selon lui, rien n’empêche les différents acteurs d’intervenir chacun à leur manière.

Pour en savoir plus : Aid: it’s complicated [Aide humanitaire : c’est compliqué] 


« Nous ne sommes pas en concurrence avec les humanitaires, nous sommes ici pour compléter et soutenir leurs actions », a-t-il dit.

« C’est la même relation qu’entre le pompier et l’architecte : lorsqu’il y a un incendie, il faut quelqu’un pour l’éteindre, puis il faut reconstruire pour être sûre [qu’en cas de] nouvelle catastrophe on sera mieux préparés et plus résilients. »

« C’est une question de coopération, d’apporter des capacités et des moyens supplémentaires. Personne ne peut apporter seul une solution. »

« Chacun est confiné dans son secteur, mais nous devons communiquer, nous mettre d’accord et accepter que nous puissions de plus en plus travailler ensemble. Nous devons cesser de chercher des points de discorde, cela n’a pas de sens. »

Cette semaine, lors du sommet des Nations Unies sur le financement du développement à Addis Abeba, la capitale de l’Éthiopie, la Banque mondiale défendra son programme visant à multiplier par mille les milliards de dollars alloués au financement du développement. 

Ce programme cherche à aller au-delà de l’assistance au développement des gouvernements pour mettre à profit de nouvelles sources de financement pour les Objectifs de développement durable et à atteindre ses propres objectifs pour réduire la pauvreté dans le monde.

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