La Hongrie : une étape difficile pour les demandeurs d'asile

Récemment, la Hongrie est devenue une porte d'entrée dans l'Union européenne (UE) pour les dizaines de milliers de migrants et de demandeurs d'asile qui traversent la Turquie, la Grèce et les Balkans pour bénéficier d'une protection internationale et trouver une vie meilleure. Les autorités hongroises font cependant tout leur possible pour fermer cette route de plus en plus empruntée.

Lundi, les députés hongrois ont adopté une nouvelle loi ouvrant la voie à l'expulsion accélérée des « migrants économiques » et à la construction d'une clôture sur les 175 km de la frontière entre la Hongrie et la Serbie - le principal point d'entrée des migrants sans papier et des demandeurs d'asile.
   
Les députés ont adopté un autre amendement : tout individu qui rejoint la Hongrie via un pays tiers « sûr », y compris la Serbie, est classé dans la catégorie des « migrants économiques » et peut être expulsé sans qu'il soit nécessaire de procéder à l'examen de sa demande d'asile. Les détracteurs de la loi soulignent que 75 pour cent des réfugiés qui arrivent en Hongrie viennent d'Afghanistan, de Syrie et d'Irak ; les renvoyer vers un pays comme la Serbie, dont le système d'asile ne fonctionne pas correctement, constitue une violation des obligations de la Hongrie en vertu de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés.

Les amendements à la loi sur l'asile adoptés par les députés hongrois lundi ont rappelé que les demandeurs d'asile peuvent être placés en détention en cas de procédure d'examen accélérée ; et il peut être mis fin aux procédures des demandeurs d'asile hébergés dans les centres « ouverts » s'ils s'absentent pendant plus de 48 heures. Ces amendements pourraient entrer en vigueur à la mi-août.  

Márta Pardavi, co-présidente du Comité Helsinki hongrois, a dit à IRIN que la nouvelle législation ne répond pas au problème du manque de place dans les centres d'accueil de demandeurs d'asile et que, en conséquence, les réfugiés seront moins bien protégés.

Un rapport sur le traitement des réfugiés et des migrants en Macédoine, en Serbie et en Hongrie, a été publié par Amnesty International mardi. Il explique que les réfugiés qui demandent l'asile après être entrés sur le territoire de la Hongrie sont systématiquement détenus « dans des conditions de surpopulation, parfois dégradantes » pendant que leur identité est établie et que leurs empreintes digitales sont relevées.

« Si la majorité des demandeurs d'asile sont ensuite relâchés et dirigés vers des centres d'accueil ouverts, ceux qui présentent un risque de fuite – cela peut représenter jusqu'à 40 pour cent des hommes célibataires – peuvent être placés dans un centre de détention », ajoute le rapport.

Mme Pardavi a expliqué que le système était tellement surchargé que certains établissements affichent un taux d'occupation de 200 pour cent. « Le système est incapable de répondre aux vulnérabilités individuelles, aux besoins spéciaux, etc. », a-t-elle dit. « Nous avons entendu dire que des fratries d'adultes et des familles avaient été séparées, et que des femmes seules avaient été exposées à diverses formes de harcèlement ».

L'enfer bureaucratique

Hussein* est un demandeur d'asile âgé de 28 ans. Depuis sept mois, il vit en Hongrie où il attend que soit rendue la décision sur son statut. Il fait partie des quelque 2 000 demandeurs d'asile hébergés dans une ancienne base de l'armée soviétique, non loin de la ville de Debrecen, dans l'est de la Hongrie. Le site, qui se compose d'un grand camp ouvert et d'un centre de détention, peut accueillir environ 1 000 personnes. La Hongrie compte 10 de ces sites ; ils sont dirigés par le Bureau de l'immigration et de la nationalité (Office of Immigration and Nationality, OIN) qui perçoit une aide financière substantielle de l'UE. 

Hussein explique qu'il a quitté son pays après avoir a été menacé d'être jeté en prison en raison de son militantisme politique. Il est arrivé de Serbie en décembre dernier et a été arrêté par la police à Szeged, près de la frontière. 

Une fois arrivé au commissariat de police, il a été placé dans une cellule de trois mètres sur quatre avec plusieurs autres migrants. « Je ne veux même plus repenser à ces couvertures – utilisées et réutilisées – et à cette odeur, on dormait sur le sol bien sûr. Ensuite, ils sont venus prendre nos affaires personnelles et ils ont dit en rigolant qu'ils allaient mettre des gants pour faire une « fouille anale ». Les officiers de police ont jeté des morceaux de pain sur les musulmans qui ont été traités comme des animaux », a-t-il dit à IRIN.

Quelques semaines plus tard, Hussein a été transféré à Debrecen. Depuis son arrivée, il vit dans la section « ouverte » et il a eu trois entretiens relatifs à sa demande d'asile. Six mois se sont écoulés entre le premier et le deuxième entretien ; aujourd'hui, il vit dans un enfer bureaucratique que la nouvelle loi vise à éliminer.

Les demandeurs d'asile de Hongrie peuvent bénéficier d'une aide juridique gratuite, mais les avocats payés par l’État sont rarement disponibles, d'après Mme Pardavi. L'avocat de Hussein n'a assisté qu'au premier entretien. Quant aux personnes qui lui ont fait passer les entretiens, elles ont reconnu qu'elles savaient peu de choses sur son pays.

*Nom d'emprunt

 

La réponse du gouvernement à l'afflux de réfugiés

D'après le gouvernement, plus de 73 000 « migrants clandestins » sont arrivés en Hongrie cette année. A la fin du mois de juin, 61 000 avaient déposé une demande d'asile. Au début de l'année, la majorité des nouveaux arrivants venaient du Kosovo, de Syrie et d'Afghanistan. L'arrivée d'une troisième vague de réfugiés, composée de nombreux migrants africains, exerce une pression supplémentaire sur les centres d'accueil surpeuplés et insalubres, comme celui de Debrecen, qui a été le théâtre d'une émeute lundi dernier après qu'un détenu turc a marché sur un coran. D'après Hussein, bon nombre des nouveaux arrivants dorment à l'extérieur, à l'ombre des arbres ou sous une tente.

Les amendements adoptés ce lundi font partie des solutions controversées trouvées par le gouvernement populiste et nationaliste pour répondre à la hausse du nombre de migrants. Le mois dernier, la Hongrie a dit qu'elle n'accepterait plus les demandeurs d'asile renvoyés par les autres États membres de l'UE, comme le prévoit pourtant le Règlement de Dublin qui indique que les demandes doivent être traitées dans le premier pays de l'UE où les migrants ont été enregistrés. Le gouvernement est revenu sur cette décision le lendemain.

Le parti au pouvoir, Fidesz, a essayé d'attiser des sentiments anti-migrants avec une campagne d'affichage nationale et des slogans tels que : « Si tu viens en Hongrie, tu ne peux pas prendre le travail des Hongrois ». Le HCR [Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés] a dénoncé cette campagne qui alimente la xénophobie, alors que les détracteurs du gouvernement disent que Fidesz essaye de détourner l'attention des allégations de corruption dont il fait l'objet.

La campagne semble avoir eu des résultats mitigés. Migszol Szeged, une ONG [organisation non gouvernementale] qui distribue de la nourriture et des vêtements aux demandeurs d'asile, a dit que 17 000 Hongrois avaient proposé leur aide l'organisation en seulement un jour, la semaine dernière ; et un sondage réalisé par la chaîne de télévision RTL a montré que 55 pour cent des Hongrois interrogés étaient prêts à venir en aide aux migrants.

Cependant, lundi, Facebook a supprimé la page d'un groupe de supporters de foot proche de l'extrême droite, baptisé Ultras Liberi, après avoir reçu de nombreuses plaintes suite à la publication d'un message disant que les membres du groupe avaient distribué de la nourriture et des boissons contenant des laxatifs aux réfugiés dans les gares ferroviaires et sur l'île Marguerite de Budapest. Des membres du groupe ultra-nationaliste Betyáreseg (l'armée des hors-la-loi) auraient également tenté d'intimider des migrants ainsi que les militants qui leur venaient en aide.

« Beaucoup trop de monde »

La plupart des centres d'accueil et de détention des migrants et des demandeurs d'asile sont situés dans des zones isolées. L'un de ces centres se trouve en périphérie de Bicske, une petite ville située à 40 km de la capitale, Budapest. Deux frères somaliens de 19 et 29 ans, apparemment « ouverts », ont rencontré des journalistes d'IRIN près des portes du camp : ils ont expliqué que « si la police nous voit vous parler, ils risquent de nous placer en détention pendant trois mois ».

Accroupi sur un trottoir devant un supermarché, le plus âgé des deux frères retrousse les manches de sa chemise pour montrer les profondes cicatrices qui marquent ses avant-bras. « Un membre d'al-Shabaab m'a fait ça », explique-t-il, en mimant une barbe. Sa femme et ses deux enfants sont restés au camp ; il est manifestement plus inquiet que son frère. Ils disent qu'ils n'avaient pas l'intention de rester en Hongrie, mais qu'une fois leurs empreintes digitales relevées dans le pays, ils ont été contraints de rester tant que leurs demandes d'asile n'avaient pas été traitées ou alors ils risquaient d'être renvoyés conformément au Règlement de Dublin.

D'après le rapport d'Amnesty International, la majorité des demandeurs d'asile prennent leur chance et se rendent dans d'autres pays de l'UE, où ils pensent avoir une meilleure chance de trouver un travail et de s'intégrer.

Une Somalienne mère de trois enfants a raconté à IRIN qu'elle avait quitté son pays à l'âge de 17 ans et qu'elle était arrivée en Europe par la Hongrie. A l'époque, elle était enceinte de son premier enfant. Un permis de séjour provisoire lui a été octroyé en Suisse, mais elle a été renvoyée en Hongrie conformément au règlement de Dublin.

Un demandeur d'asile ukrainien, Vladislav, dit que Bicske accueille « beaucoup trop de monde », mais que le site est quand même mieux que le centre fermé de Nyírbátor, où il a passé trois mois. « Nyírbátor, c'est le Guantánamo de la Hongrie. Ils nous enchaînaient, nous menottaient et nous donnaient de la nourriture périmée », dit-il.

Il ajoute que la procédure de demande d'asile est lente. « Les deux premiers mois, tout le monde vit sans argent. Ensuite, si votre entretien se passe bien, vous recevez 30 000 forints (104 dollars) par mois », explique-t-il, avant d'ajouter que cet argent sert généralement à acheter de la nourriture pour compléter les deux petits pains et le bol de soupe que les résidents reçoivent au petit-déjeuner et au déjeuner. « Le soir, on ne nous donne rien et je peux vous dire qu'il n'y a pas d'eau en ce moment ».

Hussein est pessimiste sur ses chances d'obtenir le statut de réfugié en Hongrie. Sur les presque 43 000 demandes d'asile reçues par le pays en 2014, seuls 508 ont reçu une réponse positive, alors qu'un tiers des demandeurs venaient de Syrie et d'Afghanistan.

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