Coup de projecteur sur les besoins en énergie des réfugiés

L''approvisionnement en énergie figure en bas de la liste des priorités lorsqu'une crise des réfugiés se produit. Les solutions provisoires s'éternisent, même si elles sont médiocres, coûteuses, nuisibles à l'environnement et non durables.

Le complexe des camps de réfugiés de Dadaab héberge quelque 300 000 réfugiés somaliens dans une zone aride et sans arbres du nord du Kenya, mais 120 000 tonnes de bois de chauffage (principalement acheminées par camion) et trois millions de dollars de carburant (pour le fonctionnement des générateurs) y sont consommés chaque année.

Même dans les camps où il y a du bois de chauffage, il peut être difficile d'en trouver des quantités suffisantes. Dans une étude réalisée par le HCR [Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés] dans deux camps de réfugiés (Kounoungou et Mille) tchadiens l'année dernière, 69 pour cent des ménages ont indiqué que des membres de leur famille avaient été agressés pendant qu'ils ramassaient du bois au cours des six mois précédents. Et il n'y avait pas suffisamment de combustible : 35 pour cent des familles ont indiqué avoir sauté des repas, parce qu'elles n'avaient pas suffisamment de bois pour faire la cuisine et 28 pour cent ont dit avoir consommé des aliments insuffisamment cuits, parce qu'elles n'avait plus de combustible.

« On leur a laissé la responsabilité de répondre à leurs besoins en énergie », dit Ben Good, président de l'organisation Global Village Energy Partnership (GVEP). « On leur a dit 'Trouvez votre bois de chauffage'. Certains le ramassent ; d'autres l'achètent auprès des marchands locaux ». 

Il y a peu d'experts en énergie dans le monde de l'humanitaire. Le HCR en compte seulement deux – l'un est basé à Genève ; l'autre se trouve actuellement en Jordanie, où l'afflux de réfugiés syriens a mis à rude épreuve la capacité de production énergétique du pays.

« Le principe humanitaire 'Ne pas nuire' n'est pas respecté en matière d'impact environnemental », dit Joe Attwood, un expert en énergie du Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC). « En tant qu'acteur humanitaire, je voudrais lancer un débat pour tenter de comprendre pourquoi le concept 'ne pas nuire' n'englobe pas ces questions ». 

Aujourd'hui, en cas d'urgence majeure, le système de « cluster » assure la coordination des agences d'aide humanitaire qui participent aux interventions ; un cluster se consacre aux organisations du secteur de la santé, un autre aux organisations du secteur de l'alimentation et un autre aux organisations du secteur de l'eau et de l'assainissement, par exemple. Mais il n'existe pas de cluster énergie. Faudrait-il en créer un ?

Betsy Lippman, responsable de la Section des solutions opérationnelles et transitoires du HCR, dit que l'on a tendance à envisager l'énergie comme une question transsectorielle. « Cela fait environ deux ans que l'on s'intéresse sérieusement à cette question. Il y aura peut-être un cluster énergie un jour, mais je ne suis pas sûre qu'il faille créer un cluster pour qu'elle soit pertinente ou qu'elle ait un impact ». 

La majorité des camps de réfugiés ne sont pas raccordés aux réseaux électriques locaux, car les gouvernements hôtes refusent de voir les camps comme des installations permanentes – alors qu'ils peuvent être ouverts pendant dix ans ou plus. Aujourd'hui, les agences cherchent un moyen de fournir de l'électricité aux réfugiés et aux communautés hôtes, ce qui permettrait de désamorcer les tensions politiques. C'est le cas en Jordanie, où les réfugiés syriens issus de la classe moyenne vivent dans les zones urbaines, dans des logements privés subventionnés par le HCR. 

Quand les fonds alloués à la location de ces hébergements se sont taris, une personne a eu la brillante idée – un éclair de génie – de proposer aux propriétaires d'installer des panneaux photovoltaïques sur le toit de leur logement ; les travaux étaient financés par le budget des énergies renouvelables de l'UE [Union européenne]. Cette offre a rencontré un vif succès : les panneaux ont été donnés aux propriétaires en guise de loyer ; les réfugiés et les ménages d'accueil avaient l'électricité, et les relations entre les communautés se sont améliorées. Le HCR prévoit également de construire une centrale solaire à Azraq, en Jordanie, pour fournir de l'électricité aux réfugiés du camp et aussi alimenter le réseau national. Elle sera un héritage pour la Jordanie si et quand les réfugiés rentrent chez eux. 

David Nicholson, de Mercy Corps, dit que le monde de l'humanitaire ne doit plus considérer les réfugiés comme des populations isolées. « Bon nombre de ces communautés sont installées depuis de longues années, l'économie bouge à l'intérieur des camps, mais aussi autour des camps .... Nous prétendons vouloir créer des solutions axées sur le marché, mais nous continuons de nous concentrer sur le secteur humanitaire plutôt que sur l'ensemble de l'écosystème ».

Les plus grands camps sont devenus des marchés importants et les résidents consacrent déjà des sommes d'argent importantes à l'achat de bois de chauffage, de kérosène et de piles pour les lampes électriques. Mansoor Hamayun, dont l'entreprise BBOXX vend des systèmes à énergie solaire, ne veut pas se contenter de fournir les dirigeants des camps ; il veut entrer dans le camp et vendre directement aux consommateurs. « Les camps de réfugiés et les populations déplacées, c'est un marché auquel nous n'avons pas accès », dit-il à IRIN. « Il y a des couches de bureaucratie. Nous avons lancé un certain nombre de projets, mais ils sont ponctuels ; on ne crée pas de vraie relation avec le client et c'est ce qu'il nous faudrait pour justifier un investissement à long terme. Nous sommes déjà confrontés à de nombreux risques, mais s'ils nous disaient 'Bonjour, nous avons un camp vraiment formidable, avec plein de clients, alors venez ouvrir un commerce', on leur répondrait 'Génial! C'est un super endroit où s'installer ! ». 

Donner aux fournisseurs privés de solutions énergétiques durables, comme M. Hamayun, un accès direct aux marchés, à l'intérieur et à l'extérieur des camps, représenterait un changement majeur, mais ce changement est peut-être nécessaire. 

L'objectif de l'initiative Moving Energy - un projet auquel travaillent le GVEP, le NRC, le HCR et Chatham House, un groupe de réflexion en matière de politique étrangère basé à Londres - est de réformer les politiques et pratiques humanitaires qui affectent l'approvisionnement énergétique plutôt que de se concentrer sur des technologies spécifiques comme les fours solaires. Bon nombre de camps de réfugiés sont jonchés de fours et de lampes, les vestiges de projets qui n'ont jamais été développés à grande échelle ou de projets à court terme qui ont été abandonnés une fois les financements épuisés. 

Les personnes à l'origine de l'initiative, qui est financée par le DFID, le Département britannique pour le développement international, disent qu'elles veulent renforcer la contribution du secteur privé. 

L'initiative Moving Energy est toujours en cours de développement, mais elle soulève déjà quelques questions importantes. Michael Keating, le directeur associé des partenariats de recherche de la Chatham House, dit : « Nous constatons que l'intérêt porté à la question de l'énergie permet d'aborder des enjeux plus généraux – les moyens de subsistance, les possibilités d'économies de coûts, les relations avec les communautés hôtes, la protection de l'environnement, la sécurité et la santé des personnes déplacées ». 

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