Réfugiés ou migrants : faut-il inventer un nouveau terme ?

Kristy Siegfried

Rédactrice, section Migration

Jamais les réfugiés et les migrants n'ont été aussi présents dans l'actualité qu'au cours de ces derniers mois. La semaine des réfugiés (Refugee Week) qui a débuté le 15 juin et qui se terminera samedi avec la journée mondiale du réfugié devrait leur offrir un supplément de visibilité. Mais qu'est-ce qu'un réfugié ? Qu'est-ce qui distingue un réfugié d'un migrant ? Et pourquoi est-il important de faire la distinction entre les deux?

La Convention des réfugiés de 1951 propose une définition apparemment simple : un réfugié est une personne qui, « craignant avec raison d'être persécutée », a quitté son pays et qui a besoin de protection.

Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) reconnaît que, depuis l'élaboration de la Convention des réfugiés, les schémas de migration internationale sont de plus en plus complexes et que les réfugiés voyagent souvent côte à côte avec des millions de migrants dits « économiques ». 

Le HCR indique sur son site internet que « si les réfugiés et migrants empruntent souvent les mêmes itinéraires, ils sont fondamentalement différents et c'est la raison pour laquelle ils sont traités de manière très différente en vertu du droit international moderne ».

Il poursuit : « Les migrants, en particulier les migrants économiques, font le choix du déplacement pour de meilleures perspectives pour eux et pour leurs familles. Les réfugiés sont dans l'obligation de se déplacer s'ils veulent sauver leur vie ou préserver leur liberté ».

La réalité est plus floue. Les personnes se déplacent souvent pour différentes raisons comme, par exemple, la crainte de la persécution ou l'espoir de trouver de meilleures opportunités économiques, et elles peuvent se déplacer plusieurs fois, à l'image des Syriens qui ont d'abord franchi la frontière turque ou jordanienne avant de prendre un bateau pour rejoindre la Grèce.
  
A une époque où ni les réfugiés ni les migrants ne sont vraiment les bienvenus, il est de plus en plus difficile d'établir une distinction entre ses deux populations et les termes eux-mêmes sont désormais teintés d'une connotation politique. La majorité des bateaux qui traversent la Méditerranée transportent des migrants et des réfugiés ; les chercheurs utilisent l'expression « migration mixte » pour définir ce phénomène. Qualifier tous ceux qui traversent la Méditerranée de migrants clandestins peut servir l'intérêt des représentants politiques ; les groupes et les militants qui défendent les droits de l'homme parlent quant à eux de demandeurs d'asile ou des réfugiés.

Melissa Phillips, chercheur à l'université de Melbourne, a affirmé que ces distinctions étaient importantes, car les migrants sont généralement perçus comme des personnes moins dignes de notre compassion et de notre soutien que les réfugiés.

« Il est temps d'arrêter de ne parler que des migrants et de commencer à utiliser des termes plus précis et plus pertinents d'un point de vue technique », explique-t-elle.

Le problème est que ces termes ne semblent plus adéquats pour parler des personnes qui migrent de leur plein gré ou qui quittent leur pays pour sauver leur vie, des personnes qui subissent un déplacement forcé ou qui font preuve d'autodétermination.

Réfugiés et demandeurs d'asile

Les spécialistes du droit international des réfugiés tendent à s'accorder sur le fait qu'une personne devient un réfugié à partir du moment où elle fuit son pays, même si elle n'est reconnue comme réfugié qu'à partir du moment où elle a déposé une demande d'asile dans un pays hôte.

Les personnes qui tentent de rejoindre ce pays hôte sont des migrants sans papiers qui franchissent les frontières clandestinement, souvent en recourant aux services de passeurs.

« Lorsque des personnes se déplacent, elles sont des migrants ou des demandeurs d'asile », a expliqué Chris Horwood, le coordonnateur du Secrétariat régional des migrations mixtes (Regional Mixed Migration Secretariat), basé à Nairobi.

« Si un Érythréen obtient le statut de réfugié au Soudan et poursuit sa route vers l'Europe (comme le font la plupart des Érythréens), même s'il pense qu'il est un réfugié enregistré, une fois qu'il quitte le Soudan il redevient un migrant/demandeur d'asile ».

Une fois arrivées dans un pays hôte, elles restent des demandeurs d'asile tant qu'elles ne se sont pas soumises à une procédure de détermination du statut de réfugié qui dira si elles ont besoin de la protection internationale.

Barbara Harrell-Bond, qui a fondé le Centre d'études des réfugiés de l'université d'Oxford et l'Initiative internationale pour les droits des réfugiés, a souligné que « bon nombre de réfugiés risquent de ne « pas être crédibles » et d'être rejetés s'ils ne bénéficient pas d'une aide juridique pendant le processus de détermination ».

Si les demandeurs d'asile déboutés se voient comme des réfugiés, l’État qui rejette leurs demandes les considère comme des migrants clandestins qui doivent quitter le pays ou seront expulsés.

Le problème de « la course au droit d'asile » est apparu, car les systèmes d'asile varient considérablement d'un pays à l'autre. Ainsi, la Norvège a accordé l'asile à 95 pour cent des Érythréens qui ont déposé une demande l'année dernière, alors que la France n'a accordé l'asile qu'à 15 pour cent des demandeurs. Comme on peut s'y attendre, les demandeurs d'asile se dirigent vers les pays où ils ont la meilleure chance d'obtenir le statut de réfugié.

« Il faut se rappeler que tant que chaque individu n'aura pas le droit à une procédure équitable, nous ne pourrons pas savoir s'il est un réfugié ou pas », a commenté Michael Kagan, le co-directeur de l'Immigration Clinic de l'université du Nevada.

Dans les cas de mouvements de masse de réfugiés – qui sont généralement entraînés par une guerre – et dans les cas où il n'y a pas de nécessité ou de capacité pour mener une détermination individuelle du statut de réfugié, les gouvernements hôtes prennent parfois la décision de donner à tous les nouveaux arrivants en provenance de ce pays le statut de réfugiés « prima facie ».

Migrants, réfugiés ou les deux ?

Quand les commentateurs tentent d'établir une distinction entre les différents groupes qui tentent de traverser la Méditerranée dans les bateaux des passeurs, ils ont tendance à dire que les Syriens et les Érythréens sont de vrais demandeurs d'asile, tandis que les Africains de l'Ouest qui arrivent dans le sud de l'Italie sont tous classés dans la catégorie des « migrants économiques ». De la même façon, dans la crise qui secoue l'Asie du Sud-Est actuellement, la communauté internationale s'est principalement intéressée au sort des Rohingyas, une minorité persécutée du Myanmar, tandis que les Bangladais qui sont montés à bord des bateaux des passeurs étaient simplement considérés comme des migrants économiques.

« Cette vision de la situation ne prend pas en compte les raisons très complexes pour lesquelles des individus entreprennent des voyages très dangereux », a dit Ruben Andersson, anthropologue à l’École d'économie de Londres et auteur de « Illegality, Inc ».

Il a noté que bon nombre d'Africains de l'Ouest ont subi des violences et la répression dans des pays comme la Gambie, le Mali et le Nigeria, et qu'ils ont rejoint la Libye, un pays qu'ils ont été contraints de quitter à cause des détentions arbitraires et des violences visant les étrangers.
 

Le terme de « migrants forcés » est parfois utilisé, surtout par les universitaires, pour prendre en compte les nombreuses personnes qui migrent contre leur gré, mais qui ne correspondent pas à la définition technique de la Convention relative au statut des réfugiés et qui n'ont donc pas droit à la protection internationale. Cela inclut les personnes qui ont quitté leur foyer et leur pays à cause de la sécheresse ou d'une autre catastrophe naturelle.

« La politique publique s'appuie sur l'idée qu'il existe des catégories clairement distinctes », a commenté Loren Landau du Centre africain pour la migration et la société de l'université du Witwatersrand à Johannesburg.

« [Mais] les recherches que nous avons menées en Afrique australe montrent que les personnes qui demandent l'asile ou qui deviennent des réfugiés ont, pour la plupart, connu les mêmes expériences et ont les mêmes besoins que les autres ».

Il a ajouté qu'il était de plus en plus difficile de le dire publiquement, car cela reviendrait à apporter de l'eau au moulin des personnes qui souhaitent limiter l'asile.

« La terminologie relative aux déplacements humains est vraiment floue », a conclu M. Andersson. « Nous devons repenser en profondeur notre terminologie pour prendre en compte les mouvements secondaires et les motivations mixtes tout en préservant la protection internationale ».

ks/ag-mg/amz