Des vies népalaises en danger, alors que les financements d'aide s'amenuisent

Phulmaya Biswakarma était assise sur les gravats de sa maison : elle surveillait la route qui serpente la montagne, guettant un véhicule acheminant des fournitures d'urgence dans son village isolé du Népal, pays dévasté par un tremblement de terre.

Le vent battait contre les abris temporaires érigés par sa famille au milieu des décombres, et le soleil se couchait derrière les montagnes du district de Nuwakot, situé à une centaine de kilomètres au nord de la capitale, Katmandou.

Son espoir s'est amenuisé, alors que le jour tombait.

« J'imagine que l'on ne verra pas de camion aujourd'hui », a dit Mme Biswakarma, 70 ans. « Cela fait une semaine que nous n'avons pas reçu d'aide ».

Nombre de Népalais habitant dans des régions isolées risquent d'être confrontés à des pénuries croissantes de denrées comme le riz, les bâches et les médicaments, préviennent le gouvernement et les agences d'aide humanitaire.

Une vague de financements d'urgence a déferlé sur le pays au lendemain du tremblement de terre du 25 avril qui a fait plus de 8 000 victimes. Aujourd'hui, 8,1 millions de personnes ont besoin d'une aide humanitaire.

Mais des vies sont en danger, car les financements arrivent désormais « au compte-goutte » et les pluies de la mousson sont attendues dans les semaines à venir, ce qui complique la mise en œuvre des efforts d'urgence dans un pays où beaucoup de villages ne sont accessibles qu'à pied, a expliqué l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). 

Lundi, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) a indiqué qu'il n'avait reçu que 92,4 millions de dollars sur les 423 millions de dollars demandés dans le cadre de « l'appel éclair » lancé le 11 mai. 

L'OIM a indiqué que 735 millions de dollars avaient été engagés dans le mois qui avait suivi le tremblement de terre de 2010 en Haïti et que 275 millions de dollars avaient été engagés dans le mois qui avait suivi le passage d'un typhon sur les Philippines en 2013.

L'OIM a dit que, sans financements supplémentaires, ses prestataires devraient cesser leur travail de déblaiement des décombres dans un délai de dix jours et que l'aide médicale apportée aux personnes souffrant de blessures débilitantes serait suspendue. La fourniture des matériaux nécessaires à la construction d'abris temporaires sera également réduite, ce qui veut dire que des dizaines de milliers de familles n'auront que des bâches en plastique pour se protéger de la mousson et de l'hiver à venir.

Ce que le gouvernement craint le plus, c'est que les pluies ne provoquent des glissements de terrain qui compliqueraient encore davantage l'accès aux villages isolés, car le Népal n'a pas d'équipements lourds pour déblayer les décombres, a indiqué Laxmib Prasad Dhaka, le porte-parole du ministère de l'Intérieur.

« Notre principale priorité est d'accélérer la fourniture d'abris sûrs aux nombreuses familles déplacées, car la mousson va bientôt arriver, mais les financements sont très insuffisants », a-t-il dit à IRIN .

Les principales priorités de Plan International sont l'accès à l'éducation et la construction de logements temporaires, a indiqué Mike Bruce, un porte-parole de l'association dans la région. Il est arrivé dans le pays deux jours après le tremblement de terre et est resté sur place trois semaines.

Mais la planification à long terme est également importante et des financements continus seront nécessaires, a-t-il souligné.

« Il faut non seulement rouvrir les écoles, mais aussi les sécuriser », a dit M. Bruce. « Si nous ne saisissons pas cette occasion pour reconstruire en mieux, alors nous risquons d'être confrontés à de nouvelles catastrophes ».

Ce risque a été mis en évidence lorsqu'un second tremblement de terre a frappé le Népal le 12 mai, faisant 65 nouvelles victimes et entraînant des destructions supplémentaires.

Plus de 500 000 logements ont été détruits et 269 190 habitations ont été endommagées par les tremblements de terre ou l'une des nombreuses répliques, a dit OCHA dans son dernier rapport, publié lundi.

Près d'un million d'enfants ne pourront pas retourner à l'école lorsque les cours reprendront lundi, car leurs salles de classe ont été détruites ou gravement endommagées, d'après OCHA. On estime que 2,8 millions de personnes ont encore besoin d'aide humanitaire et que 860 000 d'entre elles ont besoin d'une aide immédiate, a expliqué le rapport.

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