Des milliers de Burundais fuient à l’approche du scrutin présidentiel

Des milliers de Burundais ont fui leur pays par crainte des violences qui pourraient éclater à l’approche de l’élection présidentielle qui doit avoir lieu en juin.

« Le Burundi est assis sur une bombe à retardement. Il est triste que le monde extérieur en fasse aussi peu de cas », a dit à IRIN Justin Rwasa, qui fait partie des quelque 4 000 Burundais qui ont trouvé refuge au Rwanda voisin.

Le Burundi est plongé dans l’incertitude : la population se demande si le président Pierre Nkurunziza briguera un troisième mandat. Nombreux sont ceux qui estiment que cela irait à l’encontre des règles de la constitution et des conditions de l’accord de paix ayant permis de mettre fin à une violente guerre civile qui avait fait environ 300 000 victimes.

Lundi, M. Nkurunziza a rencontré son homologue rwandais Paul Kagamé pour discuter des mesures adoptées pour assurer le maintien de la paix pendant la période pré-électorale. Des responsables ont dit que les deux chefs d’État avaient également envisagé des moyens de favoriser le retour des réfugiés au Burundi afin qu’ils puissent participer au scrutin.

IRIN s’est entretenu avec des réfugiés installés dans le district de Bugesera, dans l’est du Rwanda, où la plupart sont hébergés dans deux centres de transit. Ils ont dit qu’ils avaient fui parce qu’ils craignaient les Imbonerakure, c’est-à-dire les membres de l’aile jeunesse du parti au pouvoir au Burundi.

Ces jeunes ont été accusés à plusieurs reprises d’avoir harcelé, enlevé et même tué des figures et des sympathisants de l’opposition. Le weekend dernier, le gouvernement de M. Nkurunziza a nié les affirmations selon lesquelles des armes avaient été distribuées aux Imbonerakure.

Des responsables burundais ont rendu visite aux réfugiés au Rwanda dans le but de les persuader qu’il était sécuritaire de rentrer chez eux – sans succès.

Le ministre de l’Intérieur Édouard Nduwimana a tenté de rassurer les réfugiés en leur disant qu’il n’y avait « pas de mérite » à affirmer que les Imbonerakure avaient commis des exécutions extrajudiciaires.

Il a ajouté que le gouvernement burundais n’appuyait pas les « gangs » et que quiconque harcelait les civils le faisait de manière individuelle et sans la « bénédiction » de l’armée ou de la police.

Malgré tout, les réfugiés ont dit à IRIN qu’il n’était pas question qu’ils retournent chez eux pour le moment.

« Certains de nos proches ont disparu et le gouvernement continue de le nier », a dit M. Rwasa, 34 ans.

D’après Beata Mukamusoni, des listes noires ont été dressées et les maisons de ceux qui sont pris pour cibles ont été marquées.

Mme Mukamusoni, qui est restée cachée près de la frontière pendant une semaine avant de réussir à s’introduire au Rwanda, a dit que certains membres de sa famille s’étaient affichés comme des partisans de M. Nkurunziza « au cas où des violences éclateraient ».

« Nous ne pouvons pas retourner maintenant. Peut-être après les élections », a dit à IRIN Stan Rutskikiri, un autre réfugié.

Les défenseurs des droits de l’homme burundais affirment depuis longtemps que les Imbonerakure ont plus de pouvoir et d’influence que les autorités légitimes dans certaines régions rurales.

Yvette Ndikuman, 25 ans, a dit que les policiers de son village, situé dans la province de Kirundo, craignaient de réprimander des membres des Imbonerakure « parce qu’ils bénéficient du soutien du pouvoir ».

« Nous ne sommes pas des politiciens. Nous cultivons [nos champs] pour nourrir nos familles », a-t-elle dit à IRIN.

Certains réfugiés ont dit avoir été ciblés en raison de leur appartenance à la communauté minoritaire tutsie. L’un d’eux a dit à IRIN que les Imbonerakure les menaçaient en disant : « Vous [les Tutsis] avez survécu par le passé, mais vous verrez que les choses seront différentes cette fois. »

La guerre civile qui a déchiré le Burundi avait une nature profondément ethnique. L’objectif principal de l’accord de paix et de réconciliation de 2000 était d’assurer, grâce à un système de quotas, un équilibre de pouvoir entre la minorité tutsie, dont les membres occupent depuis longtemps des postes à responsabilité, et la majorité hutue, qui compte pour 85 pour cent de la population.

Les efforts de réconciliation ont porté leurs fruits au cours des dernières années. Les lignes de fracture politique sont moins souvent fondées sur l’opposition Hutu-Tutsi qu’auparavant. À l’heure actuelle, le peuple est surtout divisé sur la question de savoir si M. Nkurunziza devrait être autorisé ou non à briguer un nouveau mandat.

Le président n’est pas seul : environ 20 000 de ses partisans sont descendus dans les rues de la capitale samedi dernier pour chanter ses louanges et l’exhorter à se présenter de nouveau.

Les tensions ont cependant déjà créé des divisions importantes au sein du parti au pouvoir. Cent quarante hauts cadres ont signé une pétition appelant le président à ne pas se représenter. Trente d’entre eux ont été expulsés du parti depuis. Le chef du service national des renseignements, Godefroid Niyombare, a quant à lui été licencié après avoir conseillé à M. Nkurunziza de ne pas briguer un troisième mandat.

Cinq partis d’opposition ont appelé ceux qui s’opposent à la candidature de M. Nkurunziza à participer à une manifestation pacifique dans la capitale ce mercredi.

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