Escalade du conflit: les Yéménites se précipitent pour acheter de la nourriture et du carburant

La guerre au Yémen s’est encore intensifiée ce mercredi. L’Arabie saoudite a mené des frappes aériennes dans la plupart des grandes villes et des échanges de tirs ont eu lieu dans tout le pays.

L’Arabie saoudite et ses alliés cherchent à chasser les rebelles houthis qui se sont emparés de Sana’a, la capitale, en septembre dernier.

Après une nouvelle nuit de bombardements intenses mardi, des milliers de personnes se sont ruées hors de la capitale pour se réfugier à la campagne, où la situation est relativement moins dangereuse.

Dans les stations-essence de la ville, les habitants ont fait la queue pendant des heures pour faire le plein après avoir entendu des rumeurs selon lesquelles les avions militaires prendraient pour cible les véhicules transportant de l’essence. Lundi, 14 civils ont été tués et 31 autres blessés lorsqu’un camion-citerne transportant de l’essence a été frappé dans le gouvernorat d’Ibb, dans l’intérieur du pays.

Dans l’après-midi, de nombreuses stations-essence étaient déjà à court de carburant.

« Nous attendons pour acheter du carburant, car nous avons entendu que les avions de combat saoudiens commençaient à viser les véhicules transportant du [combustible]. Je suis très inquiet, car si c’est le cas, les gens ne vont pas pouvoir se déplacer », a expliqué Majid Nassar, 22 ans.

Selon les Nations Unies, environ 120 000 personnes ont dû fuir de chez elles depuis que la campagne de bombardements aériens a commencé, il y a une semaine.

Mohammed Baggash, 48 ans, a emmené sa famille hors de la ville, car il s’attend à ce que la situation empire. « Le premier jour des bombardements saoudiens, ils ont [frappé] des civils près de l’aéroport international de Sana’a, faisant des dizaines de morts et de blessés et nous nous sommes dit que c’était peut-être une erreur. Mais comme ils ont continué à prendre des civils pour cible, j’ai été obligé d’évacuer ma famille, malgré la pénurie d’eau qui affecte mon village », a dit M. Baggash par téléphone.

L’aide humanitaire menacée

Bien que les principaux importateurs de nourriture aient dit qu’ils avaient suffisamment de réserves pour les semaines à venir, la population a commencé à paniquer.

IRIN a pu observer des habitants faisant la queue sur plusieurs mètres devant un magasin pour s’approvisionner en denrées de bases telles que du blé, du pain et du riz.

Le Yémen importe près de 90 pour cent de sa nourriture, ce qui accroit le risque de crise alimentaire. Le pays est en effet partiellement isolé, car de nombreux ports et aéroports ont fermé.

« J’ai [une famille] de 28 membres [à ma charge]. Si nous perdons nos emplois ou que les Saoudiens empêchent les navires de venir au Yémen, comment allons-nous nous nourrir ? », s’est inquiété Moneer Rajeh, 34 ans.

Hamdi Naser, 41 ans, achetait en gros, pour le cas où il devrait quitter la ville. « Mon village se trouve à 47 kilomètres de Sana’a », a-t-il dit. « [Si je dois fuir] je ne pourrai pas trouver de nourriture, même s’il y en a encore à Sana’a. »

L’aide humanitaire, vitale pour des centaines de milliers de Yéménites, est également interrompue, principalement à cause de l’insécurité.

Les Nations Unies ont retiré la majorité de leur personnel international de la capitale et les diplomates et les employés expatriés des entreprises pétrolières et des organisations non gouvernementales ont également été évacués

Bien que les Nations Unies se soient engagées à poursuivre leurs activités par le biais de partenaires locaux, on ignore encore dans quelle mesure l’aide pourra être acheminée.

« Très peu d’acteurs humanitaires sont restés dans le pays, alors que les besoins augmentent et que davantage de ressources matérielles et humaines sont nécessaires sur le terrain », a dit Dounia Dekhili, directrice de programme de Médecins sans Frontières (MSF) au Yémen, dans un communiqué.

« Le conflit se poursuivant, le risque de pénurie de médicaments et de matériel médical est réel », a ajouté Mme Dekhili. « Il faut que nous ayons la possibilité d’acheminer de l’aide humanitaire dans le pays par voie aérienne, maritime ou terrestre. »

Farea al-Muslimi, chercheur invité au Carnegie Middle East Center, a dit à IRIN que le risque de pénurie alimentaire augmentait de jour en jour. « Ce pays importe près de 100 pour cent de son blé. Nous avions déjà une crise humanitaire et cela ne fait que l’aggraver. »

La chute d’Aden

Mercredi, d’après les médias, la ville d’Aden serait tombée aux mains des rebelles houthis.
Cela faisait des semaines que les Houthis et les forces alliées au président Abdu Rabu Mansour Hadi se disputaient la ville.

D’après les Nations Unies, les prix des denrées alimentaires ont augmenté de 15 à 20 pour cent dans cette ville.

Une antenne chirurgicale d’urgence dirigée par MSF y a reçu plus de 550 patients au cours des deux dernières semaines. D’après MSF, l’établissement commence à manquer d’espace et de matériel.

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