La longue attente des réfugiés ivoiriens au Liberia

Alexis Adele

Journalist based in Abidjan

Près de 38 000 réfugiés ivoiriens sont coincés au Liberia depuis que la Côte d’Ivoire a fermé sa frontière avec le Liberia, en juillet 2014, en raison de l’épidémie d’Ebola.

« Les réfugiés eux-mêmes veulent simplement rentrer chez eux », a dit Kassim Diagne, un représentant du Haut Commissariat des Nations Unies (HCR) au Liberia.

La majorité des réfugiés vivent dans des camps au Liberia voisin depuis 2010 ou 2011. Ils ont quitté la Côte d’Ivoire à la suite des violences post-électorales qui ont fait plus de 3 000 morts et plus d’un million de déplacés.

Quelque 220 000 Ivoiriens ont fui au Liberia, où ils ont été accueillis dans six camps de réfugiés.

En mars 2014, il ne restait plus que 46 000 d’entre eux au Liberia et trois des six camps avaient été fermés. Le HCR avait dit, à l’époque, qu’il prévoyait de rapatrier 16 000 réfugiés supplémentaires d’ici la fin 2014.

Puis Ebola est arrivé.

« Ces huit derniers mois ont été les plus difficiles de ma vie », a dit Robert Bah Diézon, un homme de 49 ans qui, il y a trois ans, a fui la ville de Guiglo, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, pour se réfugier au Liberia. Il est l’un des 400 réfugiés qui étaient sur le point de quitter les camps pour entreprendre le trajet de retour vers la Côte d’Ivoire au moment de la fermeture de la frontière.

« Nous étions si près de rentrer à la maison… et on nous a informés que le convoi était annulé à cause de l’épidémie d’Ebola. J’ai pensé que mon monde allait s’effondrer », a-t-il dit à IRIN par téléphone.

Crainte de stigmatisation

Cette semaine, les autorités ont annoncé que certains réfugiés pourraient finalement entreprendre le voyage de retour en avril, puisqu’aucun nouveau cas d’Ebola n’a été enregistré au Liberia depuis plus de trois semaines.

Nombreux sont ceux qui disent que le retour leur apportera le soulagement qu’ils attendent depuis longtemps. Ils sont cependant aussi inquiets de la façon dont ils seront reçus à leur arrivée par les amis, la famille et les voisins.

« Nous savons que notre famille en Côte d’Ivoire est au courant des dommages qu’Ebola a causés au Liberia », a dit M. Diézon. « Pour ceux d’entre nous qui rentrent chez eux, il y a lieu de s’inquiéter. Il se peut que l’on fasse l’objet de stigmatisation dans les jours suivant notre retour. »

Les Ivoiriens partagent ces inquiétudes. S’ils sont nombreux à dire qu’ils sont prêts à accueillir leurs proches et qu’ils ont hâte de les revoir après toutes ces années, ils sont aussi plusieurs à craindre que les réfugiés ne rapportent le virus d’Ebola.

« Il est normal d’avoir peur vu la dévastation qu’Ebola a causée dans les pays voisins », a dit Gaspard Bleu, un fonctionnaire à la retraite de 68 ans qui habite à Tai, une ville située dans l’ouest de la Côte d’Ivoire. « Bientôt, nous accueillerons des parents qui ont vécu pendant plus de sept mois dans des zones infectées. Nous espérons simplement que les mesures de contrôle adoptées par les autorités nous permettront de dissiper rapidement les réserves que nous avons les uns envers les autres. »

Un train de mesures préventives

Afin d’apaiser ces inquiétudes, le HCR a dit avoir pris un certain nombre de mesures préventives. Il évaluera notamment l’état de santé de tous les réfugiés qui souhaitent rentrer chez eux et éduquera les communautés locales au sujet d’Ebola dans le but de réduire le risque de stigmatisation.

« Depuis un certain temps déjà, le HCR mène, en coordination avec les autorités locales, les partenaires locaux et les organisations communautaires, des activités de sensibilisation sur le thème d’Ebola dans plusieurs villes et villages situés dans les zones principales de rapatriement », a dit Nora Sturm, chargée d’information pour le HCR en Côte d’Ivoire.

Les autorités ont dit que l’ensemble des réfugiés seraient examinés à l’approche du départ pour repérer les signes éventuels de maladie. Les résidents des camps soupçonnés d’avoir contracté Ebola seront en outre isolés dans les unités ayant été mises sur pied à l’intérieur de chacun des camps.
Ils seront par ailleurs examinés par des médecins locaux à leur arrivée en Côte d’Ivoire.

Ces mesures supplémentaires sont maintenant en vigueur et le HCR a dit que les réfugiés pouvaient désormais être autorisés à rentrer chez eux.

« Il n’y a jamais eu un seul cas d’Ebola parmi les réfugiés des camps et [le Liberia] est en voie de vaincre l’épidémie », a dit M. Diagne à IRIN. « Nous croyons que les conditions sont favorables à la reprise du rapatriement volontaire. »

aa/jl-gd/amz