Des ONG critiquent l'action des Nations Unies en Syrie

Selon certaines des plus grandes organisations non gouvernementales (ONG) du monde, le Conseil de sécurité des Nations Unies a manqué à son devoir envers la population syrienne.

Dans une évaluation réalisée par une vingtaine d'organisations humanitaires travaillant en Syrie ou aux alentours — dont Oxfam, Save the Children et World Vision – le Conseil de sécurité et le monde dans son ensemble ont été recalés pour ne pas avoir réussi à mettre un terme aux tueries ni à venir en aide aux plus vulnérables. 

Ce jugement accablant précède le quatrième anniversaire du conflit, qui a déplacé plus de 7,6 millions de Syriens à l'intérieur du pays et poussé 3,8 millions d'autres à se réfugier à l'étranger.

 Il y a un an, le Conseil de sécurité a adopté la résolution 2139, qui exhortait les États à accroître largement l'aide destinée aux populations démunies du pays. 

Cette résolution a été suivie d'une deuxième en juillet qui permettait l'acheminement de l'aide depuis la Turquie sans autorisation préalable du gouvernement syrien. Ces deux textes ont fait naître l'espoir d'un accroissement de l'aide pour les plus vulnérables.  

Il n'y a pas de solution humanitaire […]. On ne résoudra pas le problème avec des couvertures. 

L'évaluation des ONG montre cependant que ces résolutions ont sonné creux aux oreilles des civils syriens. Toutes les parties au conflit ont failli à leurs promesses. La Syrie compte actuellement 5,6 millions d'enfants dans le besoin, soit plus d'un million de plus que fin 2013.

Selon les ONG, cette situation humanitaire difficile est principalement due aux différents groupes armés, forces du gouvernement syrien comprises, mais elles ont ajouté que le Conseil de sécurité n'avait pas assuré comme il se doit le respect de ses résolutions.

Seulement 1,1 million de personnes dans les zones les plus gravement touchées de Syrie ont bénéficié des convois humanitaires des Nations Unies en 2014, soit près de 1,8 million de moins que l'année précédente, précise l'évaluation.

Les ONG participantes ont noté le Conseil de sécurité sur quatre critères : la protection des civils, les avancées politiques, le soutien financier à l'intervention humanitaire et l'accès humanitaire. Sur les trois premiers critères, la communauté internationale a obtenu un F, signifiant que la situation s'est détériorée. En ce qui concerne l'accès humanitaire, elle a reçu un D, ce qui signifie qu'aucune amélioration n'a été observée.

« Nous étions tous fous de joie quand la résolution [2139] a été adoptée il y a un an. Je pensais que ça allait s'améliorer », s'est souvenu Jan Egeland, secrétaire général du Conseil norvégien pour les réfugiés, l'un des signataires de l'évaluation. « Mais un an après, la situation s'est aggravée — le nombre de personnes dans des zones difficiles d'accès a doublé. Un demi-million d'enfants de plus sont déscolarisés. »

M. Egeland a expliqué à IRIN que l'objectif de cette évaluation était de ramener l'attention sur le conflit qui, d'après lui, a causé le déplacement le plus massif de populations d'un même pays depuis la Deuxième Guerre mondiale.

« Le message le plus important est qu'il n'y a pas de solution militaire. Cela n'est possible pour aucune des parties au conflit. Le deuxième message est qu'il n'y a pas de solution humanitaire non plus. On ne résoudra pas le problème avec des couvertures. La seule solution est politique. Il faut que le monde entier, y compris l'Iran, l'Arabie saoudite, les États-Unis et la Russie mettent la pression maximale. »

Alliances mondiales

Le conflit syrien a été complexifié par des alliances régionales et mondiales. L'Iran, la Russie et la Chine se sont rangés derrière le président Bachar al-Assad, tandis que les États-Unis, l'Arabie saoudite et d'autres États du Golfe appellent à sa démission. Cette situation a paralysé les débats aux Nations Unies. La Russie et la Chine, toutes deux membres permanents du Conseil de sécurité, avaient précédemment bloqué des résolutions sur la Syrie soutenues par les États-Unis. Cette absence de réponse internationale cohérente a permis à des groupes extrémistes comme l'autodésigné État islamique de se développer. 

Selon Nigel Pont, directeur de Mercy Corps pour le Moyen-Orient, le Conseil de sécurité ainsi divisé n'a pas réussi à appliquer une pression politique suffisante pour résoudre la crise syrienne.
« La priorité est de faire pression en faveur d'une solution politique et de vraiment insister sur ce point. On dirait que cette idée ne s'impose toujours pas — pour moi, c'est ça le principal échec », a-t-il dit. « Tout ce qu'il reste alors, c'est [l'action] humanitaire. »

« On n'a pas l'impression que les Nations Unies ont augmenté leur aide transfrontalière autant qu'elles auraient pu […]. Bien que le Conseil de sécurité leur en ait donné le mandat, les organes opérationnels ne semblaient pas avoir reçu d'ordres suffisamment impératifs pour réellement multiplier les [convois] transfrontaliers. »

Stephane Dujarric, porte-parole du secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon, a lui aussi exhorté le Conseil de sécurité à faire front commun pour arrêter le bain de sang.

« Le secrétaire général a incité à plusieurs reprises la communauté internationale à redoubler d'efforts pour résoudre le conflit en Syrie et il est clair, après quatre ans d'affrontements et de massacres, que trop peu est fait en ce sens », a-t-il dit.

Il a cependant ajouté que des progrès importants avaient été faits et salué la position unie du Conseil de sécurité concernant le démantèlement de l'arsenal d'armes chimiques de la Syrie. « [Le Conseil de sécurité] doit maintenant faire la même chose pour mettre un terme aux souffrances une bonne fois pour toutes. »

jd/am-ld/amz