Un accueil mitigé pour le nouveau chef de l’OCHA

Louise Redvers

Freelance journalist and regular IRIN contributor

En mai prochain, le parlementaire britannique Stephen O’Brien remplacera Valerie Amos, la Secrétaire générale adjointe aux affaires humanitaires, à la tête du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), l’organe responsable de la coordination des réponses aux crises.

Sa nomination intervient alors que les Nations Unies sont aux prises avec des défis humanitaires sans précédent. L’organisation est simultanément confrontée à quatre situations d’urgence de niveau 3 – les plus graves selon le classement des Nations Unies –, soit les crises en Irak, en République centrafricaine (RCA), au Soudan du Sud et en Syrie.

La nomination de M. O’Brien – annoncée tard lundi soir – met un terme à plusieurs mois de spéculations sur le successeur de Mme Amos. L’homme marié, père de trois enfants, travaille actuellement comme envoyé spécial du Premier ministre britannique David Cameron pour le Sahel. L’annonce de sa nomination a été bien reçue, bien que sans un enthousiasme excessif.

« C’est mieux que ce à quoi on s’attendait », a dit à IRIN un professionnel de l’humanitaire. « Cela aurait pu être pire », a renchéri un autre.

 

Alexander Betts, directeur du Centre d’études sur les réfugiés de l’Université d’Oxford, a dit : « Il a déjà travaillé sur des sujets comme le paludisme et le commerce international et il a exprimé des opinions sur des questions liées aux affaires humanitaires. »

 

« Je pense que la courbe d’apprentissage sera abrupte. Il ne sera pas facile de passer d’une position ministérielle junior à celle de plus haut responsable humanitaire du système des Nations Unies, mais je lui souhaite du succès dans son nouvel emploi. »

Anne Street, analyste humanitaire pour l’Organisation catholique pour le développement d’Outre-mer (CAFOD), s’est montrée plus optimiste : « Nous souhaitons la bienvenue à Stephen O’Brien. Il a été un bon ministre junior au Département britannique pour le développement international [et] il a démontré un engagement très important dans le domaine du développement international. »

Un processus politisé

L’annonce de la nomination de M. O’Brien a cependant été éclipsée, dans une certaine mesure, par la controverse au sujet du processus de sélection et de la règle non écrite qui veut que les membres permanents du Conseil de sécurité se partagent les postes importants au sein des Nations Unies.

...le combat pour éviter que les hauts responsables des Nations Unies soient choisis par patronage politique plutôt que par méritocratie se poursuit.

La France dirige actuellement le Département des opérations de maintien de la paix, les États-Unis, le Département des affaires politiques, la Chine, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et le Royaume-Uni, l’OCHA.

 Peu de temps après que Mme Amos eut signalé son intention de se retirer après ses cinq années à la tête de l’OCHA, il est apparu que le Premier ministre britannique David Cameron avait suggéré au Secrétaire général Ban Ki-Moon de nommer Andrew Lansley, son ancien ministre de la Santé, comme successeur potentiel de Mme Amos.

 M. Lansley, un ami proche de M. Cameron, n’était pas un candidat très populaire, notamment en raison de son manque d’expérience internationale et des réformes mal vues qu’il avait entreprises au sein du système de santé britannique (National Health Service, NHS).

 En décembre, plus de 80 organisations non gouvernementales (ONG) importantes, notamment Oxfam et Save the Children, ont co-signé une lettre adressée à M. Ban. Les auteurs soulignaient la complexité des crises actuelles et appelaient à la nomination d’un « leader humanitaire hautement qualifié et expérimenté » pour diriger OCHA.

Une pétition en ligne lancée par le groupe de pression Avaaz a en outre exhorté M. Ban à ne pas désigner M. Lansley. Environ 70 000 personnes l’ont signée en l’espace de quelques semaines seulement.

D’après un analyste humanitaire chevronné, M. Ban aurait demandé à M. Cameron de proposer un autre candidat à la suite de ces protestations. C’est à ce moment que M. O’Brien et une autre parlementaire britannique, Caroline Spelman, auraient rejoint la course, selon Inner City Press.

Selon certaines informations, Martin Kobler, représentant spécial de M. Ban en République démocratique du Congo (RDC), et Sheikha Lubna Bint Khalid Al Qasimi, ministre du développement et de la coopération internationale des Émirats arabes unis (EAU), étaient aussi dans la course. Vu le secret entourant le processus de sélection, toutefois, IRIN n’a pas pu obtenir confirmation officielle des noms des candidats.

Transparence

On s’inquiète depuis un certain temps déjà du manque de transparence et de supervision en ce qui concerne la nomination des hauts responsables des Nations Unies.

Des questions semblables avaient été soulevées au moment de la nomination de Mme Amos, en 2010. Cette fois-ci, afin d’apaiser les inquiétudes des ONG, le Secrétaire général a invité le président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) Peter Maurer à l’aider dans le processus de sélection.

En dépit de cette concession, la récente nomination a relancé le débat concernant le processus de sélection. Les candidats sont en effet proposés par les leaders politiques au lieu d’être sélectionnés dans le cadre d’un processus de candidature ouvert basé sur le mérite.

En réaction à l’annonce de la nomination de M. O’Brien, Avaaz a souligné : « Le pouvoir populaire a peut-être permis d’empêcher la nomination de Lansley, mais le combat pour éviter que les hauts responsables des Nations Unies soient choisis par patronage politique plutôt que par méritocratie se poursuit. »

Martin Barber, vétéran des Nations Unies et auteur de Blinded by Humanity, un ouvrage sur le travail humanitaire de l’organisation publié en 2014, a dit à IRIN : « Il est décevant que le Secrétaire général ne cherche pas à trouver le candidat individuel qui convient le mieux. »

 Il a ajouté que le poste ne devait pas être occupé par un membre permanent du Conseil de sécurité parce que « cela peut compromettre la perception d’impartialité de l’action humanitaire des Nations Unies ».

Un autre expert humanitaire a dit à IRIN : « Je suis certain que M. O’Brien fera preuve de professionnalisme et d’intégrité, mais était-il réellement le meilleur candidat parmi tous les humanitaires au monde capables d’assumer cette responsabilité ? »

M. O’Brien appartient au Parti conservateur, qui est actuellement au pouvoir au Royaume-Uni. Il est membre du parlement depuis 15 ans et a occupé la fonction de Sous-Secrétaire d’État parlementaire au développement international de 2010 à 2012. Il a en outre fondé le groupe parlementaire multipartite sur le paludisme et les maladies tropicales négligées, qu’il préside depuis 2004.

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