Une nouvelle idée pour permettre l'acheminement de l'aide britannique

Des millions de livres d'aide britannique ont été bloqués par les banques, ce qui prive les régions les plus touchées par les crises d'un soutien ô combien nécessaire.
  
Un certain nombre de conclusions du rapport rendu public par l'Institut de développement d'outre-mer (Overseas Development Institute, ODI) ont déjà l'objet de débats. De plus en plus souvent, les organisations non gouvernementales (ONG), en particulier les ONG musulmanes ou les ONG qui interviennent au Moyen-Orient, voient les banques leur couper les vivres pour s'assurer qu'elles n'enfreignent pas les lois anti-terroristes par inadvertance.

Toutes les inquiétudes ne sont pas justifiées – quelques ONG de moindre importance ont été accusées d'avoir alimenté, de manière involontaire, le terrorisme. Pourtant, des interventions légitimes ont été abandonnées ou suspendues, car les ONG sont tiraillées entre le gouvernement et les banques.

Pire encore, les ONG ont souvent le sentiment que personne n'assume la responsabilité des décisions. Les banques blâment le gouvernement pour les lois anti-terroristes, car, selon elles, il devient trop coûteux et trop risqué d'avoir des ONG comme clientes, tandis que le gouvernement soutient que les banques prennent des décisions purement financières qui ne les concernent pas.

La solution est une meilleure communication entre ces trois groupes. Chacun en reconnaît la nécessité, mais les progrès vers cet objectif ont été extrêmement lents.

Une nouvelle stratégie est nécessaire

Ce ne sont pas les conclusions présentées dans le rapport de l'ODI qui sont originales, c'est la stratégie proposée pour atteindre cet objectif. Le rapport recommande la mise en place d'un « comité ou mécanisme pangouvernemental permanent » pour gérer les relations entre les trois groupes, éviter les réactions instinctives et la fermeture inutile de comptes bancaires.

Sara Pantuliano, la directrice du Groupe de politique humanitaire de l'ODI, a dit que toutes les parties prenantes sont trop dogmatiques dans la poursuite de leurs objectifs :

« Le gouvernement veut mettre un terme au détournement de l'aide, les banques veulent contrôler les risques autant que possible… et les ONG, plus particulièrement les jeunes organisations caritatives, donnent parfois la priorité aux causes au détriment des cadres institutionnels », a-t-elle dit. « Chaque partie doit chercher ce qu'elle peut améliorer ».

Elle a dit que le groupe de travail gouvernemental aiderait « les ONG à travailler avec le gouvernement et les banques pour trouver un cadre et éviter le gel des comptes [bancaires] ».

« Un mécanisme de ce genre permet à chacune d'entre elles d'exposer leurs inquiétudes et de trouver des accords pour que les mesures nécessaires pour prévenir le détournement de l'aide humanitaire britannique n'entravent pas l'aide qui permet de sauver des vies ».

 Tom Keatinge, chercheur indépendant dans le domaine de la finance, a pris l'exemple d'une action de groupe similaire en matière de paiement qui pourrait inspirer le comité.

« On pourrait associer le DFID [le ministère du Développement international], le ministère de l'Intérieur, la commission de surveillance des œuvres de bienfaisance et des représentants de l'Association des banques britanniques et le ministère des Finances. Ils seraient chargés d'examiner les problèmes et de trouver un modèle de travail qui garantirait aux banques qu'elles ne seraient pas poursuivies pour avoir soutenu, sans le savoir, des ONG dont les marchandises seraient tombées dans les mains des terroristes ».

Des ministères ont essayé de faire « disparaître » le problème, a-t-il dit. En trouvant une solution au problème, le comité aiderait à « responsabiliser plusieurs organes gouvernementaux ».

Une stratégie populaire

Les ONG et les banques semblent apprécier cette idée. Abdurahman Sharif, directeur administratif du Forum des organisations caritatives musulmanes (Muslim Charities Forum), y est extrêmement favorable. Les organisations caritatives musulmanes disent qu'elles se sentent stigmatisées, car les comptes bancaires de plusieurs ONG musulmanes ont été gelés sans avertissement.

« Je pense qu'il est absolument nécessaire d'avoir [un groupe parlementaire]. Chaque fois que l'on essaye d'aborder ces questions, on tourne en rond, on a affaire à différents ministères », a dit M. Sharif. « Il faut un lieu où toutes les parties prenantes peuvent s'exprimer sur ces questions ».

Il a dit que, si le gouvernement britannique ne prend pas des mesures supplémentaires pour réguler la situation, les organisations caritatives se sentiront stigmatisées et seront peut-être enclines à prendre des risques plus importants – y compris l'envoi de petits convois d'aide vers le Moyen-Orient, convois qui ont souvent été détournés au cours de ces dernières années.

« Les banques ferment des comptes bancaires, les communautés ressentent de la frustration, ce qui conduit à plus de radicalisation », a-t-il dit.

L'Association des banques britanniques a donné son soutien aux nouveaux canaux officiels de communication entre les banques, les ONG et le gouvernement.

« Les banques et les organisations caritatives se sont assises à la table des discussions et nous essayons de trouver des solutions, mais, en substance, nous répondons aux inquiétudes exprimées par le gouvernement et les autorités chargées de la réglementation, donc elles doivent se joindre à la table des discussions pour donner leur accord »,  a dit à IRIN Justine Walker, directrice du département des crimes financiers de l'Association des banquiers britanniques, au mois de décembre.

Ce mécanisme apparemment raisonnable et populaire a été proposé pour que l'aide humanitaire britannique continue d'arriver tout en apaisant les inquiétudes du gouvernement en matière de terrorisme. Reste à savoir si le gouvernement écoutera ces propositions.

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