Royaume-Uni : Le rapport sur la détention des migrants appelle à un « changement radical »

À la suite d’une enquête parlementaire sur le recours à la détention des migrants au Royaume-Uni, un panel regroupant des députés de l’ensemble des partis a publié un rapport percutant appelant à une réforme en profondeur d’un système qu’il décrit comme « coûteux, inefficace et injuste ».

« Nous gardons inutilement en captivité un nombre beaucoup trop élevé d’individus, et ce, pendant des périodes beaucoup trop longues », a dit Sarah Teather, la parlementaire libérale-démocrate qui a dirigé l’enquête lancée en juillet 2014 à la suite de la médiatisation de plusieurs incidents de mauvais traitements survenus dans les 11 centres de détention (Immigration Removal Centre, IRC) du pays.

Selon les directives officielles du gouvernement, « la détention doit être utilisée avec modération et pendant la période la plus courte possible ». Or, l’enquête a révélé que cette politique n’était pas respectée dans la pratique. Le Royaume-Uni détient plus de migrants et de demandeurs d’asile que les autres pays européens et les périodes de détention y sont généralement plus longues. Le rapport indique que plus de 30 000 personnes ont séjourné dans les centres de détention du Royaume-Uni en 2013, contre un peu plus de 4 000 seulement en Allemagne, un pays qui reçoit pourtant quatre fois plus de demandes d’asile. Le Royaume-Uni est aussi le seul pays de l’Union européenne (UE) où il n’y a pas de délai de détention des migrants.

Pendant trois séances consacrées aux preuves orales, les membres du panel ont écouté des témoignages de détenus actuels faits par téléphone. Certains d’entre eux vivaient depuis trois ans dans des centres de détention dont les conditions rappellent le milieu carcéral. Dans un témoignage écrit, un ancien détenu indique : « Le pire, c’est l’absence de délai de détention, car vous ne savez pas quand/si vous sortirez. Vous ne pouvez pas vous dire que ça ira mieux demain. Le lendemain, vous serez probablement encore enfermé ou on vous renverra dans un pays que vous avez quitté parce que vous craigniez pour votre vie. »

Des professionnels de la santé mentale ont dit au panel que les individus qui passaient moins d’un mois en détention avaient surtout besoin d’être traités pour des problèmes mentaux sous-jacents. « Après plus d’un mois, les professionnels nous ont dit qu’ils devaient gérer des problèmes associés à la détention elle-même », a dit Mme Teather à IRIN.

Recommandations

Le rapport recommande de limiter à une durée maximale de 28 jours la détention des migrants et d’y avoir recours beaucoup moins souvent. Les auteurs suggèrent de recourir à des solutions communautaires comme celles qui sont utilisées dans des pays comme la Suède et l’Australie. Les systèmes de ces deux pays donnent de bons résultats et sont beaucoup moins coûteux que le système britannique actuel.

Le rapport formule également un certain nombre de recommandations en lien avec les conditions des centres de détention et le traitement des détenus. Il précise que les détenus devraient bénéficier d’un meilleur accès à une représentation légale et à des soins de santé et que les processus de sélection devraient être améliorés afin d’éviter la détention de personnes ayant été victimes de traite humaine ou de torture ou souffrant de maladies mentales.

« De nombreux individus actuellement détenus ont vécu des traumatismes par le passé ; la détention est totalement inadaptée à leur situation », indique le rapport.

Plus fondamentalement, toutefois, le rapport appelle à « un changement global dans la culture » et à « une transformation très radicale de la mentalité actuelle » au sujet du recours à la détention pour l’application de la politique en matière d’immigration.

Soutien de plusieurs partis

Mme Teather a insisté sur le fait que le panel était composé de députés issus de tous les horizons politiques ayant des opinions différentes sur la politique en matière d’immigration, mais qu’ils étaient « tous d’accord sur le fait que le système actuel […] ne fonctionne pas et qu’il doit être réformé en profondeur ».

Alors que le Royaume-Uni se prépare à l’élection générale qui aura lieu en mai, Mme Teather a dit à IRIN : « Nous espérons que le prochain gouvernement prendra conscience que plusieurs partis sont en faveur d’une réforme, mais aussi que cela donnera une certaine impulsion aux candidats à l’approche de l’élection. »

Jerome Phelps, directeur général de l’organisation non gouvernementale (ONG) Detention Action, basée à Londres, a accueilli le rapport comme « un premier pas important » vers une réforme de ce qu’il a décrit comme un système « dysfonctionnel ». « Le rapport montre clairement que la réforme [du système de détention des migrants] est une préoccupation pour plusieurs et que le parti qui formera le prochain gouvernement, quel qu’il soit, devra s’y coller », a-t-il dit.

Pour en savoir plus sur le sujet : Royaume-Uni : la politique de détention aggrave les maladies mentales chez les migrants

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