Les alertes aux catastrophes ignorées au Sri Lanka

Amantha Perera

IRIN Contributor

Au Sri Lanka, des vies et des moyens de subsistance sont perdus inutilement, car les communautés locales ne tiennent pas compte des alertes aux catastrophes, d'après les autorités.

Au cours des deux derniers mois de l'année 2014, plus de 70 personnes sont mortes dans des inondations ou des glissements de terrain ; le début de l'année a été marqué par une longue sécheresse qui a sérieusement affecté la récolte de riz. 

« Dans les deux cas, les pertes auraient pu être évitées si les alertes avaient été prises en compte, mais, malheureusement, cela n'a pas été le cas », a dit à IRIN Sarath Lal Kumara, le directeur adjoint du Centre de gestion des catastrophes (Disaster Management Centre, DMC) du Sri Lanka. 

Au début de l'année 2014, le gouvernement, par le biais du ministère de l'Agriculture, a demandé aux agriculteurs de réduire la quantité de terres allouées à la culture du riz et de semer plus de cultures résistantes à la sécheresse, car des signes indiquaient que les pluies de mousson risquaient d'être rares. Très peu d'agriculteurs ont répondu à l'appel.

Après dix mois de sécheresse, la récolte de riz du Sri Lanka était plus de 20 pour cent inférieure à la production de quatre millions de tonnes attendue par le gouvernement. D'après l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture, à la fin de l'année 2014, les prix des différentes variétés de riz avaient enregistré une augmentation de 25 à 50 pour cent par rapport à l'année précédente. 

« Le problème ici n'est pas le manque d'eau, il s'agit d'un problème de gestion de l'eau », a dit Ivan de Silva, le secrétaire du ministère de l'Irrigation et de la Gestion des ressources en eau jusqu'en janvier 2015. 

Des menaces potentielles ignorées

Les précipitations sont arrivées à la fin du mois d'octobre, mais au lieu d'apporter du répit, elles ont provoqué de nouvelles tragédies. Le village de Meeriyabedda, dans le district de Badulla, situé dans le centre du pays, a subi un glissement de terrain après trois jours de déluge. Plus d'une dizaine de maisons ont été ensevelies. Onze corps ont été extirpés de la boue et des décombres – 25 autres personnes ont été portées disparues.

La veille, le village avait été alerté sur le risque de glissement de terrain, mais aucune action n'avait été entreprise. Les villageois ont décidé de rester sur place, et ce bien que le Centre national de gestion des catastrophes et la Croix-Rouge du Sri Lanka aient réalisé deux campagnes de sensibilisation aux catastrophes dans le village - en 2009 et en 2011. 

Et pourtant, « Les villageois ne semblaient pas être conscients des dangers auxquels ils étaient exposés », a dit M. Kumara.

Au mois de décembre, des pluies plus fortes ont provoqué de nouveaux glissements de terrain qui ont fait 35 victimes – principalement originaires du district de Badulla. Au total, 22 des 25 districts du pays ont été affectés, à des degrés divers.

Une meilleure évaluation des risques est nécessaire

Les experts disent qu'il est urgent d'identifier et de qualifier les risques potentiels. 

« Il y a un risque important, mais nous devons évaluer le niveau de risque et identifier les zones plus vulnérables pour nous organiser en conséquence », a dit M. Kumara du DMC. 

Suranga Kahandawa, le spécialiste des risques de catastrophes pour la Banque mondiale au Sri Lanka, est d'accord. « Il n'y a pas eu d'évaluation détaillée des risques au Sri Lanka utilisant des données avec une résolution adaptée pour identifier et évaluer l'impact réel en termes de biens corporels et de pertes économiques associées », a-t-il dit à IRIN.

Entre-temps, les résultats d'une évaluation rapide réalisée par le Programme alimentaire mondial (PAM), qui ont été rendus publics en janvier, ont montré l'effet cumulatif que les changements climatiques des dernières années avait eu. 

« Trois années consécutives de catastrophes naturelles (sécheresses en 2012, inondations en 2013, sécheresses et inondations en 2014) avaient miné la résilience des ménages », d'après le PAM. « Les populations des zones affectées avaient développé des niveaux de dettes insoutenables » et le nombre de personnes menacées d'insécurité alimentaire avaient augmenté de façon spectaculaire, passant de 360 000 personnes en 2012 à 768 000 personnes en raison des sécheresses de 2014.

« Globalement, 19 pour cent des populations affectées sont affectées par l'insécurité alimentaire sévère et 41 pour cent sont affectées par l'insécurité alimentaire modérée », a dit le PAM.

La politique gouvernementale modelée par le tsunami de 2004

La vulnérabilité du Sri Lanka aux catastrophes naturelles a été mise en évidence par le tsunami dévastateur de 2004 qui a fait plus de 35 000 victimes et déplacé environ 500 000 personnes. Après la tragédie, le pays a voté la première Loi sur la gestion des catastrophes. Huit mois plus tard, le Centre de gestion des catastrophes était créé.

Dix ans plus tard, en octobre 2014, le gouvernement a annoncé la création d'un nouveau programme pour la résilience au climat. Doté de 100 millions de dollars, il est financé par un prêt de la Banque mondiale. 

Environ 90 millions de dollars seront alloués au renforcement des infrastructures pour faire face aux inondations et aux sécheresses. De plus, neuf des principaux bassins fluviaux du Sri Lanka feront l'objet d'analyses afin de mieux identifier les risques et de développer des stratégies pour réduire les dommages potentiels. 

Un accord séparé signé avec la Banque permet au gouvernement de profiter d'un crédit de 102 millions de dollars dans les 48 heures suivant une catastrophe naturelle déclarée d'urgence nationale. 

« Au moins, le risque climatique est pris en compte dans les différentes décisions politiques et dans les documents-cadres de développement », a dit M. Kahandawa. 

Mais au niveau local, les leçons du passé ne semblent pas avoir été tirées. Les campagnes de sensibilisation de la population sur les risques associés aux phénomènes météorologiques extrêmes se multiplient après une catastrophe. Mais « Après, on retombe dans la routine habituelle », a dit le docteur Ranjith Punyawardena, climatologue en chef du ministère de l'Agriculture. 

M. Kahandawa a dit qu'il fallait une nouvelle approche s'articulant autour des axes suivants : : « Évaluer le risque, établir des plans d'action de réduction des risques, identifier la contribution des populations à ces plans et enfin développer et utiliser des outils ciblés pour informer le public ». 

M. Kumara a dit que, si les risques pouvaient être calculés sur une base annuelle et que les populations vulnérables pouvaient être identifiées, alors la mise en place de mesures d'adaptation efficaces serait simplifiée. 

« Nous aurions alors des informations sur les besoins. Aujourd'hui, nous avons une politique dictée par les catastrophes passées plutôt que par l'évaluation scientifique des événements ». 

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