Les Nations Unies écartées de l'opération « conjointe » contre les rebelles en RDC

Une offensive militaire longtemps attendue a été lancée la semaine dernière contre un groupe rebelle rwandais basé dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC). Cette offensive avait été conçue comme une opération conjointe des forces armées congolaises et d'une unité de combat spéciale des forces de maintien de la paix des Nations Unies, mais quand les  premiers tirs ont résonné mardi, la collaboration avait été rompue et les Nations Unies avaient été exclues de l'opération.

Jeudi, la Mission des Nations Unies en République démocratique du Congo, la MONUSCO, a publié un message sur Twitter : « Les #FARDC [armée de la RDC] mènent l'opération seules après avoir renoncé au soutien de la #MONUSCO.” Comment en est-on arrivé là ?

Politique et droits de l'homme

Deux résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies ainsi que des forces politiques régionales ont appelé l'armée de la RDC (les FARDC) et la Brigade d'intervention de la MONUSCO, une force de maintien de la paix, à lancer une « action militaire décisive » contre les rebelles des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), si celles-ci ne rendaient pas les armes avant le 2 janvier 2015. La Brigade d'intervention est la seule force des Nations Unies qui dispose d'un mandat pour intervenir contre les groupes rebelles.

Une semaine après l'expiration d'un ultimatum qui n'a jamais vraiment été suivi d'effet, Martin Kobler, le chef de la MONUSCO et le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies en RDC, s'est dit « très impressionné par le haut niveau de préparation et par l'esprit d'équipe qui prévaut entre les FARDC et la MONUSCO. Je suis confiant quant à l’engagement des troupes dans les opérations conjointes à venir contre les FDLR ».

Mais aucune opération n'a été menée.

Le 26 janvier, le président congolais Joseph Kabila a annoncé un remaniement militaire : le général Fall Sikabwe a été nommé commandant de la 34ème région militaire, qui inclut des zones où les FDLR sont actifs, et le général Bruno Mandevu a été nommé à la tête des opérations contre les FDLR.

Les Nations Unies ont réexaminé leur rôle, car les deux généraux seraient placés sur la « liste rouge » de la MONUSCO suite à des violations des droits de l'homme qui auraient été commises par des unités sous leur commandement. Les nominations « étaient un vrai problème pour nous », a dit  Hervé Ladsous, le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, le 2 février.

D'après plusieurs médias, les Nations Unies ont demandé la révocation des nominations, mais le gouvernement a opposé un refus catégorique.

 

La Monusco affirme que les FARDC ont refusé son soutien

Aucun détail n'a été donné sur la participation présumée des deux généraux aux violations des droits de l'homme et plusieurs officiers supérieurs des FARDC ont dit à IRIN que la présence de M. Mandevu sur la liste rouge les laissait perplexes. Certains ont noté que la MONUSCU avait déjà travaillé avec M. Sikabwe, mais son nom avait été retiré de la liste rouge.

Le gouvernement du Rwanda voisin, que les FDLR veulent renverser, a accusé  les Nations Unies de temporiser, pour des raisons politiques.

La fin de la collaboration entre la RDC et les Nations Unies est devenue plus évidente le 29 janvier, quand le chef d'état-major Didier Etumba a présenté un nouveau plan pour l'opération anti-FDLR excluant la participation de la Brigade d'intervention, mais prévoyant la mise en œuvre d'un soutien logistique par quelques éléments de la MONUSCO.

Trois thèses au moins circulent sur les raisons de la fin de cette collaboration. La première thèse est que les FARDC ne sont pas décidés à neutraliser les FDLR ; la seconde thèse est qu'elles ne veulent pas partager le mérite d'une éventuelle victoire. La troisième thèse est que la rupture est liée à la montée du mécontentement de la RDC contre la mission des Nations Unies et la communauté internationale en général.

La troisième thèse a été accréditée par un long communiqué indigné publié par le gouvernement le 16 février, c'est-à-dire un jour après que M. Kabila avait critiqué des ambassadeurs, accusés de s'être mêlés des affaires souveraines de la RDC.

 Il y a une longue histoire  d'accords et d'alliances entre les FARDC et les FDLR, notamment durant la guerre civile de 1998 à 2003. Aujourd'hui, les principaux acteurs de Kinshasa sont divisés : les colombes optent pour un accord négocié, les faucons sont favorables à une offensive militaire et un troisième groupe considèrent que les FDLR sont un rempart utile contre les menaces régionales et qu'il serait bon de les maintenir en place.

Les FDLR, qui ne comptent pas plus de 1 500 combattants, sont eux aussi plongés dans des divisions idéologiques internes entre leur général Sylvestre Mudacumura, leur commandant opérationnel Pacifique Ntawuguka et leur président Victor Byiringiro.

Jusqu'ici, les FARDC ont rencontré peu de résistance dans le territoire d'Uvira, dans la province du Sud-Kivu. (La plupart des membres des FDLR sont basés dans la province voisine du Nord-Kivu). Comme on pouvait s'y attendre, les civils ont fui certaines zones, comme Kanyovu, pour échapper aux affrontements.

Depuis le lancement de l'offensive, la MONUSCO s'exprime régulièrement sur Twitter et relève que les FARDC n'ont pas commis de violences, par exemple des pillages ou des mauvais traitements à l'égard des populations civiles.

Autre signe de rapprochement : la MONUSCO a publié un rapport sur une mission menée par ses personnels et des représentants du gouvernement dans la zone de combat pour attirer l'attention sur les besoins des populations déplacées par l'opération.

Christoph Vogel est chercheur à l'université de Zurich et analyste indépendant  www.christophvogel.net

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