Boko Haram menace les élections au Nigeria

Obi Anyadike
Rédacteur pour l'Afrique

L'explosion de trois bombes en l'espace de deux jours dans le nord du Nigeria indique le retour des actes de terrorisme urbain instigués par Boko Haram, un groupe djihadiste qui veut montrer qu'il est encore redoutable malgré les revers militaires qu'il a subis récemment, d'après les analystes.

Lundi, deux attentats-suicides visant des gares routières à Potiskum et à Kano, villes distantes de 360 km, auraient fait 27 morts. Dimanche, une fillette bardée d'explosifs s'est fait exploser au poste de sécurité d'un marché de Potiskum.

Mardi, le président Goodluck Jonathan a condamné « l'attaque impitoyable contre des cibles vulnérables » commis par les militants ; il a établi un lien entre les attaques et les succès enregistrés par l'armée, qui auraient permis de reprendre le contrôle de villes tenues par Boko Haram au cours des dernières semaines. Le groupe n'a pas encore revendiqué les dernières attaques. 

Mercredi, l'atmosphère était calme mais « grave » à Kano, a dit à IRIN Michael Sodipo, le directeur du Réseau des initiatives pour la paix, basé à Kano. 

« Comme d'habitude, Boko Haram est arrivé [à Kano et] a fait exploser des bombes », a-t-il dit. « Depuis l'attaque [militaire] contre eux dans le Nord-Est, ils se déplacent et nous devons nous attendre à de nouvelles attaques dans d'autres zones ». 

Contre-coup

Kano est la capitale économique du nord du Nigeria et la deuxième plus grande ville du pays ; elle a subi quatre explosions en l'espace de 10 mois. L'attaque la plus meurtrière a eu lieu en novembre 2014, après que l'Emir de Kano – l'une des autorités les plus influentes de l'islam au Nigeria – a appelé la population à s'armer contre Boko Haram. Dix jours plus tard, une bombe a détruit la mosquée centrale de la ville et fait plus de 100 victimes. 

Le terrorisme urbain est l'arme des insurgés de Boko Haram. Leur stratégie actuelle qui consiste à s'emparer de territoires dans le but d'établir un califat dans les zones isolées du nord-est du Nigeria a été mise en place l'année dernière, a noté Ryan Cummings, le chef analyste pour l’Afrique de la société de sécurité Red 24.

La bataille que se livrent Boko Haram et une armée de terre et de l'air nigériane rééquipée - et qui a reçu le soutien des alliés régionaux d'Abuja – pour obtenir le contrôle des villes favorise les forces armées conventionnelles. Revenir aux opérations à fort impact, relativement simples à mettre en place, de la « guerre asymétrique » permettrait de soulager la pression militaire et de contrebalancer l'échec de sa propagande, a dit M. Cummings.

« Le retour de la campagne de guérilla urbaine nécessite peu de ressources. Les explosifs utilisés semblent assez rudimentaires, mais une personne seule sur un marché peut faire de graves dégâts », a dit à IRIN M. Cummings. « Les [explosions] sapent la légitimité du gouvernement et entraînent l'affectation des ressources allouées à la sécurité aux zones urbaines, loin du théâtre des opérations dans le Nord-Est ». 

Perturber les élections

Il revient sur l'incapacité de l'armée nigériane à prédire le changement de tactiques et à fournir une meilleure sécurité. Au début du mois, les journalistes d'IRIN ont parcouru les 590 km qui séparent Maiduguri et Kano : ils ont recensé plus de 40 postes de contrôle, mais les passagers n'ont montré leurs papiers qu'à deux reprises et aucun des véhicules n'a été fouillé. 

M. Cummings prévient que l'élection présidentielle qui se déroulera le 28 mars au Nigeria pourrait inciter Boko Haram à multiplier les attentats à la bombe et que le groupe pourrait viser des régions autres que le nord du pays. Le groupe djihadiste, opposé au concept d’État nigérian et de démocratie multipartite, a commencé à distribuer des prospectus invitant la population à boycotter le scrutin.

« Il y aura probablement de nouvelles attaques dans les grandes villes du Nord, mais nous ne pouvons pas écarter la possibilité d'une attaque sur Abuja et peut-être sur Lagos [le poumon économique du pays] », a dit M. Cummings. « Ils aimeraient attaquer des régions dont les habitants se sentent relativement en sécurité pour montrer qu'ils ont l'intention et la capacité opérationnelle de frapper n'importe où sur le territoire ».

Les élections qui devaient avoir lieu le 14 février ont été repoussées, parce que l'armée avait besoin de plus de temps pour sécuriser l'Etat de Borno, bastion de Boko Haram. Un nouveau report de l'élection pourrait provoquer une crise constitutionnelle – si l'on se base sur la date butoir pour l'investiture d'un président.

«Il semble clair que Boko Haram souhaite utiliser la violence pour perturber les élections et faire monter la pression », a dit M. Cummings.

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