Une ligne de téléassistance au service des agriculteurs éthiopiens

Les agriculteurs africains produisent considérablement moins que leurs homologues d’autres régions du monde, ce qui s’explique notamment par leur accès limité aux connaissances techniques et aux conseils pratiques susceptibles d’accroître notablement le rendement. Mais ce déficit d’information recule à mesure que le continent gagne en connectivité.

D’autres facteurs - notamment des infrastructures déficientes et un accès restreint au crédit et aux marchés - ont contribué à l’évolution quasi nulle du rendement moyen en Afrique depuis les années 1960, mais l’accès rapide à des informations détaillées est de plus en plus reconnu comme un élément fondamental permettant aux niveaux de production agricole d’atteindre leur plein potentiel.

En Éthiopie, où existe déjà l’un des systèmes de formation les plus étendus de la planète pour les personnes vivant du travail de la terre - soit 85 pour cent de la population - cette reconnaissance a motivé le développement d’un centre de ressources multilingue accessible par téléphone portable.

La ligne de téléassistance, gérée par le ministère de l’Agriculture, l’Institut éthiopien de recherche agricole et Ethio Telecom, et créée par l’Agence éthiopienne de transformation agricole (ATA), remporte un franc succès. Depuis son lancement en juillet, et bien qu’il n’en soit encore qu’à sa phase pilote, plus de trois millions d’agriculteurs des régions d’Amhara, Oromia, Tigray et de la région des nations, nationalités et peuples du Sud (SNNPR) ont composé le 8028 depuis leur téléphone portable pour accéder au système, qui combine serveur vocal interactif (SVI) et SMS.

« En moyenne, le système reçoit environ 226 nouveaux appels et 1 375 rappels par heure », a dit Elias Nure, le chef de projet technologies de l’information et de la communication de l’ATA, à IRIN. Lorsque le nombre de lignes – 90 à l’heure actuelle – aura doublé, « ces chiffres devraient connaître une hausse importante », a-t-il dit.

Plus de 70 pour cent des utilisateurs sont de petits exploitants agricoles, a-t-il ajouté.

Des informations pertinentes, disponibles en temps utile

L’Éthiopie possède le système de vulgarisation agricole le plus étendu d’Afrique subsaharienne, le troisième au monde après la Chine et l’Inde, d’après le Programme des Nations Unies pour le développement.

Ce système a organisé l’instauration d’environ 10 000 centres de formation agricole, et la formation d’au moins 63 000 agents de vulgarisation agricole - également appelés agents de développement. Il facilite les échanges d’information entre chercheurs, agents de vulgarisation et agriculteurs.
Toutefois, le recours à des agents de vulgarisation signifie que les données agronomiques parviennent parfois trop tard aux agriculteurs, ou sont déformées.

Facteurs d’attraction et d’impulsion

Le succès de la ligne de téléassistance agricole s’explique par ses facteurs d’attraction et d’impulsion, selon Khalid Bomba, le directeur général de l’ATA.

Les agriculteurs peuvent en tirer des conseils pratiques, et des contenus personnalisés peuvent en ressortir, lors d’infections parasitaires ou de maladies par exemple, en fonction du type de culture et des critères géographiques ou démographiques que les agriculteurs renseignent lors de leur enregistrement initial sur le système.

Récemment, les agriculteurs enregistrés ont ainsi été avertis de la menace posée par la rouille de la tige du blé. 

« Les petits exploitants agricoles n’avaient pas accès à ce type d’alertes et de notifications par le passé, et le système pourrait grandement bénéficier à ses utilisateurs en leur donnant accès à des alertes en temps réel », a dit M. Elias de l’ATA.

D’après Tefera Deribew, le ministre éthiopien de l’Agriculture, l’ATA devrait développer ses contenus pour répondre à davantage de besoins.

« Le système SVI délivre aux utilisateurs des informations pertinentes pour les principaux types de céréales et les cultures les plus rentables, mais j’envisage la possibilité, dans un futur proche, d’étendre le service en y incorporant des contenus pertinents pour tous les principaux produits agricoles du pays, y compris le bétail », a dit M. Deribew.

La ligne de téléassistance se focalise actuellement sur des cultures céréalières telles que l’orge, le maïs, le sorgho et le blé, mais il est prévu de diversifier les conseils agricoles à d’autres cultures comme le sésame, le pois chiche, le haricot blanc et le coton et d'introduire les retours d’information des agriculteurs concernant leurs besoins.

Pour Ayele Worku, qui cultive le teff dans la zone de Gurage (région des nations, nationalités et peuples du Sud), les avantages du système l’emportent sur la frustration d’un réseau mobile lacunaire.

« Cette forme d’agriculture, notamment la plantation en lignes du teff, est nouvelle pour moi, même si j’avais eu vent de ses avantages il y a peu », a-t-il dit à IRIN.

Cette rupture avec les méthodes traditionnelles de plantation du teff a entraîné une hausse du rendement allant jusqu’à 75 pour cent.

« Le nouveau service pourrait fonctionner en synergie avec les approches antérieures du système public de vulgarisation, qui repose largement sur l’effet de retombée de la communication », a dit Seyoum Ayalew, un expert en vulgarisation agricole et développement rural travaillant à l’université d’Addis-Abeba.

M. Seyoum a souligné qu’au sein du système de vulgarisation agricole traditionnel, « dans lequel l’information passe par différents canaux avant d’atteindre les agriculteurs [cette dernière] est susceptible d’être déformée par filtrage ou par erreur de traduction ».

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