La réponse du Mali à Ebola soulève des questions

L’incapacité d'un grand hôpital malien à détecter des cas d'Ebola a soulevé des questions quant à la préparation du système de santé du pays pour enrayer la maladie.

« Nous avons plusieurs cas confirmés », a dit à IRIN Samba Sow, directeur du Centre national d'appui à la lutte contre la maladie (CNAM). « Notre objectif est d'empêcher le virus de se propager ». Mais le gouvernement n'a publié un plan d'urgence contre Ebola que le 30 octobre, soit une semaine après le premier cas.

À Kayes, où Ebola a été diagnostiqué chez une petite fille de deux ans le 23 octobre, l'hôpital a été pris au dépourvu. Seulement deux de ses 160 employés avaient suivi une formation sur la manière de détecter et de traiter des patients atteints d'Ebola tout en se protégeant, a dit le directeur de l'hôpital, Toumani Konaré. « Le personnel avait un équipement de protection adéquat, mais il ne savait pas comment l'utiliser », a-t-il dit à IRIN.

Avant que l'épidémie y soit apparue, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) avait classé le Mali dans les pays à risque en raison de sa longue frontière et de ses liens économiques étroits avec la Guinée, premier pays où l'épidémie s'est déclarée. Le Mali devait donc recevoir une assistance technique, notamment des formations sur la prévention des infections, sur la surveillance épidémiologique et sur la recherche des contacts.

Selon M. Sow, les préparations ont débuté en avril, mais elles se sont concentrées sur les 805 km de frontière que le pays partage avec la Guinée. Le gouvernement a commencé à y envoyer quelques travailleurs de la santé pour prendre la fièvre des voyageurs et contrôler d'éventuels signes de la présence du virus dans le chaos des camions, bus, taxis de brousse et motos qui passent la frontière. D'après le ministère de la Santé, le poste-frontière de Kouremalé, par lequel était passé l'imam mort d'Ebola au mali le 27 octobre, contrôle plus de 1 000 personnes et 150 véhicules par jour.

Mais certains Maliens sont inquiets : « Je me demande comment ce patient guinéen a pu traverser notre frontière et être admis aussi facilement dans une clinique aussi renommée que la clinique Pasteur, » a dit Moussa Camara, du Conseil national de la jeunesse. « Le fait que le patient venait de Kourémalé en Guinée, centre de l'épidémie d'Ebola, aurait dû alerter les autorités. »

Le 11 novembre, les autorités ont placé en quarantaine la clinique Pasteur, l'un des hôpitaux les plus fréquentés de Bamako, quand Ebola a été diagnostiqué chez deux membres du personnel, dont l'un est depuis décédé.

Un imam âgé originaire de Guinée était mort à l'hôpital le 27 octobre. Les experts soupçonnent aujourd'hui qu'il était atteint d'Ebola. Il avait été traité pour insuffisance rénale, ce qui pouvait être la conséquence d'une maladie du rein, mais aussi un symptôme d’un stade avancé d'Ebola. Aucune prise de sang n'avait été faite.

« C'était une erreur de la part de la clinique de ne pas avoir détecté ou signalé le cas avant qu'un deuxième membre du personnel tombe malade », a dit aux journalistes Ibrahima Socé-Fall, représentant de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) au Mali. Le président malien, Ibrahim Boubacar Keïta, a ordonné une enquête.

Le 17 novembre, les autorités locales ont annoncé qu'elles tentaient de retrouver plus de 500 personnes pouvant avoir été exposées au virus.


Selon Ibrahima Socé-Fall, représentant de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) au Mali, le pays a la capacité suffisante pour enrayer la maladie. « On ne peut pas dire que le Mali n'était pas préparé, des gens avaient été formés », a-t-il dit à IRIN sans préciser leur nombre.

Une note plus positive...

Les autorités maliennes travaillent main dans la main avec des partenaires internationaux, dont l'OMS, les Centres américains de contrôle des maladies (Centres for Disease Control), l'UNICEF, l'organisation non gouvernementale Alima et la Croix-Rouge malienne pour rechercher, isoler et surveiller plus de 400 contacts de malades décédés.

Plusieurs épidémiologistes de l'OMS vont bientôt rejoindre les médecins, infirmiers, travailleurs sociaux et techniciens de laboratoire de l'équipe d'intervention rapide du CNAM.

Selon Oumar Ouologuem, responsable des communications du ministère de la Santé, le gouvernement prévoit l'ouverture d'un centre d'isolement et de traitement à Siby, à 50 km au sud-ouest de la capitale. « Lorsque nous avons commencé à envisager l'ouverture d'un centre en ville, les habitants s'y sont opposés », a-t-il dit. « C'est pourquoi nous avons décidé de trouver un lieu en dehors de la capitale ».

Les autorités ont dit que le site ouvrirait si de nouveaux cas étaient signalés, mais elles n'ont pas donné de date précise.

Médecins Sans Frontières (MSF) a mis sur pied deux centres de traitement, l'un à Bamako et l'autre à Kayes. Pour le moment, son centre de traitement à Bamako est le seul de la capitale. Natalia Torrent, coordinatrice de la réponse à Ebola au Mali pour MSF-Espagne, a dit à IRIN que le centre comptait six lits pour les cas suspects et six autres pour les cas confirmés. « Nous cherchons à élargir le site et à donner des conseils techniques sur la manière de mettre en place le centre de traitement du CNAM. »

Dans une région au moins, le système de santé malien semble déjà être au point pour répondre à la maladie. Le laboratoire national malien, SEREFO, juché sur l'une des collines qui surplombent Bamako, compte un laboratoire de niveau trois de biosûreté équipé par les Instituts américains de la santé (NIH) pour diagnostiquer les cas suspects de tuberculose, de VIH et d'Ebola.

Selon le directeur de SEREFO, Ousmane Koita, le laboratoire peut donner des résultats aux tests d'Ebola en quelques heures. Mais si le nombre de cas suspects continue d'augmenter, il risque d'avoir du mal à suivre le rythme.

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