L'Allemagne peine à loger un nombre croissant de demandeurs d'asile

La diffusion le mois dernier d'une vidéo montrant des agents de sécurité qui maltraitent un homme dans un centre d'accueil pour réfugiés de la ville allemande de Burbach a provoqué un tollé général. Cet acte met en lumière un système d'asile dépassé par la charge d'un volume record de dossiers de demandes d'asile à traiter.

La vidéo montre un jeune homme menotté et étendu sur un matelas couvert de vomi avec un agent de sécurité debout à côté de lui. Une photo a ensuite été trouvée dans l'un des téléphones portables des agents de sécurité que la police a confisqués, montrant un des agents qui place son pied sur le cou d'un réfugié algérien.

Cette année, plus de 130 000 demandes d'asile ont été déposées en Allemagne entre les mois de janvier et de septembre. C'est de loin le plus grand volume de demandes dans l'Union européenne (UE) en termes de nombres absolus. En termes de pourcentages de population, plusieurs petits pays comme la Suède, Malte et l'Autriche ont une « charge » de demandeurs d'asile plus importante que l'Allemagne qui est le plus gros pays de l'UE. D'après les estimations de l'Office fédéral des migrations et des réfugiés (BAMF), ce nombre dépassera les 200 000 d'ici la fin de l'année, soit le plus gros volume depuis l'arrivée massive de demandeurs d'asile à la suite de la guerre en Bosnie au début des années 1990.

En juin, le gouvernement a approuvé le projet d'accorder provisoirement l'asile à 10 000 Syriens supplémentaires, en priorité à ceux qui ont des proches vivant déjà en Allemagne. Deux programmes similaires en 2013 ont permis l'arrivée de 10 000 réfugiés supplémentaires dans le pays. Si le nombre de réfugiés syriens en Allemagne se situe loin derrière - en termes de nombres absolus comme relatifs - la Turquie, le Liban et la Jordanie, un quart des demandes d'asile en Allemagne en septembre 2014 concernait des Syriens.

Le BAMF, chargé de traiter les demandes d'asile, enregistre un retard de plus de 100 000 dossiers. Afin de réduire le temps d'attente - qui est de sept mois en moyenne - pour traiter chaque demande d'asile, le BAMF s'apprête à recruter des centaines de nouveaux employés au cours des prochains mois.

Pénurie de logements

En attendant, les infrastructures allemandes destinées à loger les demandeurs d'asile sont à bout de souffle et les conditions se détériorent dans les centres d'accueil pour réfugiés qui sont surpeuplés.

Une fois qu'ils ont rempli le formulaire de demande d'asile, les nouveaux migrants doivent séjourner pendant une durée maximale de trois mois dans un centre d'accueil temporaire. Ensuite, ils sont censés être transférés dans un centre d'hébergement prévu pour des séjours plus longs ou dans un appartement privé, selon les États. Or, à cause de la pénurie de logements de ce type, les migrants doivent rester plus longtemps dans des centres d'accueil temporaires de plus en plus surpeuplés.

À la suite des révélations de mauvais traitements dans la ville de Burbach, située à 92 km au sud-est de Cologne, des demandeurs d'asile dans les centres d'Hambourg et de Saxe ont également déclaré avoir subi des mauvais traitements de la part des agents de sécurité.

Début octobre, la chaîne de télévision régionale publique NDR a révélé des cas de maltraitance dans un centre d'accueil à Schnackenburgallee, dans la banlieue d'Hambourg. Ce centre héberge actuellement environ 1 200 demandeurs d'asile, dont un peu plus de 300 dormaient dans des tentes à la mi-octobre, faute de place. La plupart des autres migrants vivent dans des conteneurs que l'on trouve habituellement sur les chantiers de construction. Les conteneurs, reconvertis en petits logements de quatre à cinq lits, sont désormais un type d'hébergement courant pour les demandeurs d'asile en Allemagne.

Les 16 États allemands reçoivent un nombre de demandeurs d'asile proportionnellement à leur population ; les États les plus peuplés prennent en charge un plus grand nombre de personnes. Seul 2,5 pour cent des migrants sont envoyés à Hambourg, mais les centres de la ville font plus ou moins face aux mêmes problèmes que ceux du reste du pays ; la surpopulation, les mauvaises conditions de vie et des membres du personnel du centre accusés de maltraitance.

Le centre d'accueil à Hambourg

Un vendredi après-midi d'octobre, un groupe de Syriens se tient à l'entrée du centre de Schnackenburgallee ; certains d'entre eux vivent ici depuis bien plus de six mois. Pourtant, Schnackenburgallee est un centre d'accueil temporaire qui a ouvert cette année, de même qu'un ancien bureau de poste à Harburg, un quartier de la ville d'Hambourg, afin de loger un nombre croissant de réfugiés.

Les deux centres d'hébergement sont déjà surpeuplés à cause du manque de places dans les logements prévus pour les séjours à long terme, a affirmé Frank Reschreiter, un représentant du ministère de l'Intérieur de la ville d'Hambourg. Il a fallu monter des tentes dans le centre de Schnackenburgallee et devant les locaux d'Harburg il a quelques mois. Mais, M. Reschreiter a déclaré qu'il s'agissait d'une mesure provisoire pour les réfugiés. « Nous voulons que toutes les tentes disparaissent cet hiver », a-t-il affirmé.

Alaa Hegazi, un Syrien de 28 ans est à Schnackenburgallee depuis neuf mois et partage un petit conteneur avec quatre autres hommes. Il a dit qu'il pensait être transféré dans un nouveau logement une quinzaine de jours plus tard, mais une semaine après s'être entretenu avec IRIN, les autorités municipales l'ont informé qu'il serait expulsé en Espagne à la fin du mois.

D'après le règlement Dublin II de l'UE, l'Allemagne peut expulser les migrants dans le pays européen où ces derniers ont déposé leur première demande d'asile. Il s'agit le plus souvent de pays méditerranéens comme l'Italie ou la Grèce ; c'est par ces pays que la majorité des demandeurs d'asile entrent dans l'UE. Alaa Hegazi était arrivé en Allemagne après avoir déposé une demande d'asile en Espagne.

« L'Allemagne doit être capable de répondre à un certain degré de fluctuation dans le nombre de réfugiés. Il faut construire des logements sociaux capables d'accueillir sur le long terme les réfugiés et les personnes qui en ont besoin »

Les migrants hébergés à Schnackenburgallee se plaignent de la nourriture qui les rend malades, de devoir attendre des heures pour pouvoir parler à des travailleurs sociaux et du fait qu'ils partagent une salle de bain avec des dizaines d'autres personnes. Ils accusent également certains agents de sécurité d'être agressifs et incapables de communiquer avec eux.

Même si les conteneurs où la plupart des migrants vivent ne sont pas très spacieux, ils sont jugés préférables aux tentes, où 20 ou 30 personnes dorment sur des rangées de lits superposés.

Zeneb*, une Afghane de 29 ans, a dû dormir dans l'une des tentes installées devant les locaux d'Harburg avec ses trois enfants lorsqu'elle est arrivée à Hambourg il y a un mois, alors qu'elle était enceinte de huit mois. « Ils m'ont mise dans une tente, car il n'y avait pas de place dans le bâtiment. Il faisait vraiment froid la nuit et le lit était très inconfortable », a-t-elle raconté. Quand elle est tombée malade, Zeneb et sa famille ont pu avoir une chambre à l'intérieur du bâtiment.

Les autorités municipales ont récemment annoncé que la ville d'Hambourg allait fournir des logements à 2 800 réfugiés supplémentaires en 2015. La plupart d'entre eux seront logés dans des logements provisoires tels que des tentes ou des conteneurs, d'après le Conseil d'Hambourg pour les réfugiés.

Selon une nouvelle étude (en allemand) menée par Pro Asyl, une organisation allemande de défense des droits des réfugiés, sept des 16 États allemands ne suivent pas de normes minimales concernant l'hébergement des réfugiés. Bernd Mesovic, directeur adjoint de Pro Asyl, a déclaré que, selon les États, les demandeurs d'asile étaient logés dans des appartements, dans des grands centres d'accueil ou des logements de fortune provisoires tels que les conteneurs.

En Bavière, où sont logés 15,2 pour cent de réfugiés, le journal Süddeutsche Zeitung a récemment publié des photos de réfugiés qui dorment dehors ou entassés sous une tente qui avait récemment servie à l'installation de l'Oktoberfest (festival de la bière). Pendant ce temps, plus de 2 300 réfugiés à Munich logent dans une ancienne caserne militaire reconvertie en centre d'accueil.

« L'Allemagne doit être capable de répondre à un certain degré de fluctuation dans le nombre de réfugiés », a fait observer M. Mesovic. « Il faut construire des logements sociaux capables d'accueillir sur le long terme les réfugiés et les personnes qui en ont besoin. »

Un droit au travail largement symbolique

Le mois dernier, le Bundesrat allemand (la chambre haute du parlement) a approuvé une nouvelle loi qui accorde le droit au travail aux demandeurs d'asile au bout de trois mois de présence dans le pays. Auparavant, les demandeurs d'asile devaient attendre neuf mois avant de pouvoir travailler. D'après cette nouvelle loi, qui entrera en vigueur une fois signée par le président Joachim Gauck, un demandeur d'asile pourra être embauché pendant une période initiale de 15 mois dès son arrivée, à condition qu'aucun Allemand ou étranger régularisé, ne se présente pour le même poste avec les qualifications requises.

Selon M. Mesovic, il est peu probable que cette nouvelle loi améliore les conditions de vie des demandeurs d'asile. Il la décrit comme largement « symbolique ». Selon lui, les demandeurs d'asile ont peu de chances de trouver du travail dans les mois qui suivent leur arrivée en Allemagne. « Peu de personnes accepteraient de les embaucher », a-t-il dit, ajoutant que de nombreux demandeurs d'asile auraient d'abord besoin d'aide pour apprendre l'allemand et faire valider leurs qualifications professionnelles.

Alors que le débat politique se poursuit sur la façon de financer et de gérer des logements pour réfugiés adaptés, l'Allemagne fait partie des 25 pays de l'UE qui ont déclanché Mos Maiorum, une opération coup de filet visant à démanteler les filières d'immigration clandestine. Lancée le 13 octobre, l'opération devrait durer deux semaines.

Sur 240 contrôles d'identité et contrôles aux frontières consignés en ligne sur un site Internet qui publie depuis le début de Mos Maiorum les informations envoyées par les utilisateurs, 104 de ces actions ont eu lieu en Allemagne. Cependant, un porte-parole de la police fédérale allemande a déclaré que le nombre d'arrestations dans le cadre de Mos maiorum ne serait annoncé qu'à l'issue de l'opération qui doit se terminer le 26 octobre.

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