Première politique asiatique sur les PDIP - De la théorie à la pratique

La nouvelle politique afghane sur les personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays (PDIP), adoptée plus tôt cette année au terme d'une longue attente, n'a pas encore été mise en ouvre. Il s'agit d'un document historique. La politique, qui s'inspire fortement des principes directeurs des Nations Unies relatifs au déplacement de personnes à l'intérieur de leur propre pays, est en effet considérée comme la première du genre en Asie. Elle accorde un ensemble de droits aux personnes ayant été contraintes de quitter leur foyer en raison d'un conflit ou d'une catastrophe, mais n'ayant pas franchi de frontière internationale.

En vertu de cette politique, de nombreuses PDIP, souvent confrontées à des services de mauvaise qualité et à un accès limité à l'eau potable, bénéficieront de nouveaux droits, et notamment de la sécurité d'occupation foncière à long terme. Fait décisif, le document précise que les PDIP disposent de trois options pour mettre un terme à leur déplacement : retourner d'où elles viennent, s'installer sur un troisième site ou, ce qui est plus controversé, rester là où elles sont, même s'il s'agit de terres privées. Les PDIP étaient auparavant encouragées à retourner dans leur région d'origine, même si plus de 75 pour cent d'entre elles souhaitent s'installer de manière permanente dans leur nouveau foyer.

Le défi est maintenant de faire appliquer les dispositions de la politique. Pour le moment, rares sont les PDIP qui semblent être au courant de la nouvelle politique et les efforts destinés à la faire connaître n'en sont qu'à leur début. À l'occasion du tout premier atelier de mise en ouvre, qui s'est tenu la semaine dernière à Jalalabad, une ville de l'est du pays, des responsables du gouvernement, des représentants d'ONG, des PDIP et des résidents locaux ont débattu du sujet pendant deux jours.

Les émotions sont vives dans les deux camps. De nombreux citoyens afghans s'opposent à ce que des personnes originaires d'autres régions s'installent chez eux de manière permanente, alors que les PDIP accusent régulièrement le gouvernement et les Nations Unies de les négliger. Un homme d'âge mûr qui habite Jalalabad a profité de la séance de questions pour demander que la politique soit réécrite de façon à forcer les déplacés à rentrer chez eux.

« Toutes les franges du gouvernement afghan se sont entendues là-dessus », a répondu Sarah Khan, une représentante du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). L'homme n'a pas semblé satisfait de sa réponse.

Selon le HCR, l'Afghanistan, ébranlé par 35 années de guerre et plusieurs catastrophes naturelles, compte environ 700 000 PDIP. Certaines sont déplacées depuis peu en raison de la campagne de bombardement menée par l'armée pakistanaise le long de la frontière afghane ; d'autres, ayant quitté leur foyer depuis plusieurs décennies, ont réussi à repartir de zéro, mais rien ne leur garantit qu'elles ne se retrouveront pas de nouveau sans domicile.

Il y a plus de 20 ans, Obedallah, qui n'a pas voulu révéler son nom de famille, a fui les violences qui régnaient dans la capitale, Kaboul. Il a fini par s'installer à Jalalabad, la capitale de la province de Nangahar. Depuis lors, il vit avec sa famille à « Kabul Camp », en périphérie de Jalalabad, où il s'est bâti une nouvelle vie. Deux décennies plus tard, il risque de devoir quitter de nouveau son foyer, car le gouvernement local souhaite utiliser le site pour loger les membres des forces de police.

Le nouveau terrain sur lequel ils seront relocalisés est situé près d'une montagne et Obedallah dit que les installations y sont « horribles ». Il espère que la nouvelle politique leur permettra de rester là où ils sont.

« Je suis très optimiste. Si la politique est mise en ouvre, tous nos droits seront couchés sur papier », a-t-il dit.

Les nouveaux déplacés attendent eux aussi beaucoup de la politique. Amanullah, un père de quatre enfants de 32 ans qui a lui aussi préféré ne pas donner son nom de famille, a fui son foyer situé près de la frontière pakistanaise il y a quatre mois en compagnie de 77 autres familles. Les déplacés se sont d'abord réfugiés dans une autre ville, mais le propriétaire de la terre où ils s'étaient installés a fini par les expulser. Ils se plaignent de n'avoir presque pas reçu d'aide à Jalalabad, où ils se sont finalement installés. Les familles dorment blotties sous des bâches et craignent l'arrivée de la saison froide.

« Il pleuvait la nuit dernière, et personne n'a pu dormir. Les enfants ont pleuré toute la nuit », a raconté Amanullah.

Le gouvernement et le HCR ont donné des raisons différentes pour justifier les retards relatifs dans la fourniture d'un soutien. Jawed Snanikza, chef de la réponse d'urgence du Directorat des réfugiés et des rapatriements de cette région de l'est du pays, a dit que la situation avait été signalée à six reprises aux Nations Unies, tandis que Mahir Safarli, le chef du bureau du HCR de la région, a dit que la réticence du gouvernement à créer des camps ralentissait parfois le processus.

Quoi qu'il en soit, Amanullah est convaincu que la nouvelle politique aurait pu lui permettre de rester là où il s'était d'abord installé avec sa famille. Les dispositions de la politique incluent notamment l'interdiction de chasser les PDIP de terres privées sans leur offrir un autre endroit où aller.

« Nous disposerons de structures, et cela ne peut que nous aider. Si cette politique fonctionne, nous pourrions avoir accès à des maisons. C'est ce que nous espérons », a-t-il dit, ajoutant qu'il retournerait chez lui s'il pouvait le faire en toute sécurité.

M. Safarli a dit que l'objectif de l'atelier était de développer une stratégie pour la région de Nangahar, qui accueille à elle seule plus de 92 000 PDIP. Il faut en effet trouver un équilibre entre les demandes des PDIP et les hostilités potentielles des communautés hôtes. « Certaines régions font preuve d'hospitalité et d'une certaine tolérance [envers les PDIP], d'autres non. Cela dépend des spécificités de la situation », a-t-il dit.

Au cours des mois à venir, deux autres zones d'essai accueilleront des événements semblables avant que la politique soit mise en ouvre dans l'ensemble du pays.

Un nouvel élan

Ce regain d'optimisme s'explique en partie par la formation d'un nouveau gouvernement avec l'arrivée au pouvoir d'Ashraf Ghani. M. Ghani, qui a fini par être désigné comme le vainqueur des élections après une dispute prolongée avec son principal rival, Abdullah Abdullah, a abordé la situation désespérée des PDIP à l'occasion de son récent discours d'investiture.

Mark Bowden, Représentant spécial adjoint du Secrétaire général des Nations Unies et Coordinateur humanitaire pour l'Afghanistan, a dit à IRIN que M. Ghani avait fait preuve, lors de leurs rencontres, d'un engagement en faveur de l'amélioration du sort des déplacés qui avait peut-être manqué à son prédécesseur, le président Hamid Karzaï.

« Le plus important, selon moi, c'est que le président tient réellement à résoudre les problèmes des PDIP. Il m'a dit qu'il considérait comme un sujet de honte nationale le fait que de nombreuses PDIP ont vécu dans de mauvaises conditions pendant de très longues périodes.

« Nous attendons toujours de voir ce qui adviendra, mais je crois qu'il souhaite véritablement redresser la situation. Ce ne sera pas une tâche facile compte tenu de tous les problèmes que nous avons ici et du phénomène de l'accaparement des terres. »

On s'attend à ce que la nouvelle priorité du gouvernement rende les bailleurs de fonds internationaux plus disposés à investir dans des solutions à long terme pour les PDIP. Toutes les parties sont cependant d'accord pour dire que des efforts considérables seront nécessaires pour mettre en ouvre la politique et qu'il ne s'agit que d'un début.

Comme l'a malicieusement lancé un employé du gouvernement à l'occasion de la conférence : « Les lois afghanes sont parmi les meilleures au monde. du moins par écrit. »

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