Les personnels de santé appellent à la sécurité et à la solidarité

Hanna Majanen résume le mieux la situation : « Ce sont les gestes que l'on fait automatiquement qui sont difficiles. Les gens se touchent le visage, se frottent les yeux et se rongent les ongles. Ce sont des choses auxquelles on ne pense pas ».

En tant que point focal médical pour Médecins Sans Frontières (MSF) au Liberia, Mme Majanen connait bien les règles et recommandations établies par l'organisation pour ses employés qui sont les premiers à intervenir dans le traitement des patients atteints d'Ebola.

Comme d'autres organisations - telles que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Centre américain de contrôle et de prévention des maladies (US Centers for Disease Control and Prevention, CDC) - MSF a appelé les personnels de santé à se rapprocher autant que possible du « risque zéro » dans leur travail. Pour y parvenir, il faut non seulement suivre une règlementation rigoureuse sur le port des équipements de protection individuels (EPI) et observer les mesures d'hygiène les plus strictes dans chaque aspect du travail, mais aussi assurer l'accompagnement psychologique des personnels qui soignent les patients atteints d'Ebola et réduire les rotations.

L'organisation non gouvernementale (ONG) américaine International Medical Corps (IMC), qui étend ses opérations anti-Ebola à travers le Liberia, a mis en place un programme de formation de cinq jours. Cette formation, destinée aux recrues qui seront envoyées sur le terrain, met l'accent sur les EPI ; elle témoigne de la fierté de l'IMC de s'occuper du « bien-être, de la sûreté et de la sécurité de tous ».

La vulnérabilité des travailleurs de première ligne

Les épidémies ont toujours fait des victimes chez les travailleurs de la santé, notamment au Soudan et au Zaïre, où le virus est apparu pour la première fois en 1976. Mais l'épidémie qui frappe l'Afrique de l'Ouest a mis en lumière leur extrême vulnérabilité. Selon le Rapport de situation sur la mise en ouvre de la feuille de route de l'OMS pour la riposte au virus Ebola, qui a été rendu public le 8 octobre, environ 401 travailleurs de la santé ont contracté Ebola et 232 décès confirmés ou suspects ont été annoncés.

Les graves insuffisances observées en matière d'isolement et de traitement ainsi que le manque de ressources ont eu de graves répercussions, car elles ont fait naître des risques pour toutes les personnes entrées en contact avec des patients atteints du virus Ebola. L'incapacité à suivre la trace des personnes infectées et à enterrer les cadavres de manière appropriée a également eu des répercussions.

Des mesures ont été prises tardivement pour remédier à certaines de ces insuffisances. Mais il y a un décalage important entre les pratiques idéales décrites dans le guide destiné au personnel de santé (Flambées épidémiques de maladie à virus Ebola et Marburg : préparation, alerte, lutte et évaluation). Il met l'accent sur la préparation, la lutte et la mobilisation sociale, et sur les réalités auxquelles le personnel de santé est confronté.

Tout est question de propreté

En l'absence d'un traitement connu contre le virus Ebola, les soins aux patients se concentrent généralement sur le traitement des infections existantes, la lutte contre la déshydratation et l'équilibre entre les fluides et les électrolytes du patient. Le respect de mesures d'hygiène élémentaires est un impératif évident pour les établissements médicaux et au sein de la communauté en général.

Outre les consignes strictes de ne pas toucher les vêtements souillés des patients, les experts médicaux n'ont eu de cesse de recommander l'utilisation d'eau de javel et de détergents, et la décontamination des surfaces. Les pratiques de bon sens, comme le lavage régulier des mains, sont devenues sacrées. Concernant le port des EPI, la spécialiste de l'hygiène médicale Terri Rebmann a noté que les travailleurs de la santé se lavaient en général les mains pendant 10 minutes au lieu des 15 minutes recommandées. Elle les a exhortés à utiliser de l'eau froide et non pas de l'eau chaude (pour éviter toute irritation de la peau) tout en leur rappelant de ne pas toucher le robinet après le lavage (pour éviter tout risque d'infection).

Mme Majanen a souligné que toute personne travaillant dans un contexte d'Ebola ne doit pas oublier que les risques d'infection existent, même après le travail. « Ebola est partout », a-t-elle dit. Dans le centre ELWA (le centre de soins dirigé par MSF), les risques devraient être évidents, « mais nous avons tendance à faire plus attention aux autres qu'à nous », a reconnu Mme Majanen.

D'où la nécessité pour un employé de MSF de vérifier qu'un collègue a mis son kit EPI correctement (gants, blouse, charlotte, lunettes de protection, masque pour les yeux, bottes) et qu'il l'a enlevé après utilisation. Il faut une quinzaine de minutes pour mettre un équipement de protection individuel et 15 minutes pour l'enlever. Les lunettes de protection et les blouses peuvent être désinfectées et réutilisées, mais d'autres équipements sont à usage unique et doivent être incinérés après avoir été mis de côté soigneusement. L'EPI pour se protéger d'Ebola tient chaud et il est encombrant, il est conçu pour être porté pendant une durée d'une heure. En dépit de ces inconvénients, Mme Majanen a reconnu que : « C'est là que je me sens le plus en sécurité ». Malgré la barrière entre le patient et la personne qui porte un EPI, Mme Majanen a dit qu'il y avait toujours un niveau d'intimité essentiel. « Pouvoir toucher quelqu'un quand l'on porte un EPI, cela fait toute la différence ».

Rechercher les cas positifs

Mme Majanen a dit que certains aspects de son travail lui permettaient de garder son optimisme : l'amélioration des taux de survie des patients du centre ELWA ; la guérison surprise d'un bébé de trois mois contrôlé positif à Ebola ; l'aide et les encouragements entre patients. « C'est le genre de choses auxquelles je me raccroche ». Mais Mme Majanen a aussi dit que le fait de traiter des patients atteints d'Ebola entraînait des pressions supplémentaires qu'elle n'avait jamais connues. « C'est plus dur, c'est plus difficile. Il y a plus de décès. Même si vous essayez de ne pas créer des liens avec les patients, il est parfois impossible de ne pas en avoir, spécialement quand vous les côtoyez depuis un certain temps ».

Selon Mme Majanen, MSF refuse des personnes dans ces centres de soins tous les jours. « Il est très difficile de refuser des patients et de savoir qu'il y a beaucoup de personnes qui n'ont pas les moyens de venir ». Elle a mis en garde contre les idées selon lesquelles la crise s'apaiserait au Liberia, notamment dans le cadre de l'intervention médiatisée des Etats-Unis. « Nous espérons que l'attention que reçoit le virus Ebola aura une répercussion sur le terrain, mais la situation ne s'améliore pas. Nous avons encore le sentiment que l'histoire n'aura pas de fin ».

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