Choisir de rester au Waziristan du Nord

Lors de l’actuelle offensive militaire pakistanaise contre les rebelles au Waziristan du Nord, l’attention humanitaire s’est focalisée sur les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDIP), estimées à un million. Mais il existe un autre groupe, moins accessible : celui des personnes qui ont choisi de rester.

« Dans chaque village où le conflit se poursuit, il y a des personnes qui choisissent de rester – pour s’occuper de leur maison ou de leur bétail », a dit Hassan Ahmad*, une PDIP du Waziristan du Nord à Peshawar. « Mon cousin en fait partie. »

Pour l’essentiel, ceux qui ont choisi de ne pas fuir se retrouvent coupés des services de base et de toute aide humanitaire. « Nous avons essayé de leur faire parvenir de la nourriture, mais les camions en provenance de Bannu ne sont pas autorisés à entrer », a dit Safdar Dawar, le président de l’Union tribale des journalistes. « Les conditions sont terribles. »

L’accès au Waziristan du Nord est extrêmement limité du fait de l’opération militaire, mais M. Dawar estime que près de 40 pour cent de la population est restée sur place en dépit de l’offensive, une estimation contestée par les responsables de la sécurité.

« Ceux qui sont restés sur place sont prêts à tout pour protéger leur maison et leurs biens », a dit Ahsan Wazir, qui vit dans un camp du district de Bannu, dans la province de Khyber Pakhtunkhwa, depuis fin juin. Le recensement de 1998 avait conclu à une population d’environ 400 000 personnes, bien que ce chiffre ait été récemment réévalué à près d’un million.

M. Ahmad a raconté que les forces armées détruisaient les maisons dans les villages, laissant des centaines de personnes sans abri. « Il n’y a plus d’assistance médicale non plus depuis que les seuls hôpitaux du Waziristan sont ceux des villes principales, Miramshah et Mirali, qui ne sont pas fonctionnels à l’heure actuelle », a-t-il dit.

Plusieurs tribus ayant refusé de quitter leur foyer ont été déplacées de force, rapportent certaines PDIP, et n’ont toujours pas été autorisées à retourner chez elles.

Selon l’Autorité de gestion des catastrophes des zones tribales sous administration fédérale (Federally Administrated Tribal Areas, FATA), plus de 630 000 PDIP ont été identifiées par l’Autorité nationale chargée des bases de données et de l’enregistrement (National Database Registration Authority, NADRA) comme provenant du Waziristan du Nord depuis la fin mai, a dit Jacques Franquin, le responsable de l’antenne de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés à Peshawar. Environ 74 pour cent des personnes déplacées sont des femmes et des enfants, révèle le dernier bulletin humanitaire du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA).

Très peu d’organisations humanitaires travaillent actuellement au Waziristan du Nord, d’après OCHA. L’action humanitaire s’est plutôt focalisée sur les PDIP dans les régions voisines.

« De ce que l’on sait, la situation au Waziristan du Nord est lugubre », a dit Shaukat Saleem, un militant des droits de l’homme établi à Mingora. Il a expliqué avoir tenté de dépêcher des observateurs au Waziristan du Nord, mais que ça n’avait pas été possible jusqu’à présent car les routes étaient bloquées par l’armée.

« Personne n’a été laissé sur place »

La situation des personnes restées au Waziristan du Nord n’a pas été commentée par le gouvernement ou par les différentes agences.

Les responsables de la sécurité nationale nient la présence de civils au Waziristan du Nord. « La population du Waziristan du Nord excède le million, et personne n’a été laissé sur place. Personne n’y garde de maisons », a dit un responsable de la sécurité à IRIN, en demandant à garder l’anonymat. Il a dit ne pas bien savoir combien de temps l’opération militaire allait se poursuivre.

Les personnes qui se trouvent encore au Waziristan du Nord, comme M. Ahmad, disent que l’armée gère désormais toutes les questions administratives de la région. Un responsable administratif qui a souhaité rester anonyme a dit que les personnes qui avaient choisi de rester l’avaient fait « de leur propre gré », et qu’il s’agissait essentiellement de jeunes hommes tandis que les femmes, les enfants et les personnes âgées avaient été invitées à partir. Il a dit que beaucoup avaient ressenti la nécessité de rester – en dépit des avertissements militaires – pour protéger leurs biens. Certains ont dit en avoir assez des déplacements à répétition.

Un habitant du Waziristan du Nord resté sur place, qui a souhaité rester anonyme, a dit qu’il était très inquiet pour sa femme et ses enfants qu’il avait poussés à partir. « Je m’inquiète sans arrêt au sujet de ma femme, qui est enceinte du troisième, et de mes deux jeunes enfants qui sont avec elle au camp de l’agence de Kurram », a dit l’homme originaire d’un village proche de Mirali, une grande ville de la région.

Il a expliqué qu’il lui était difficile de communiquer avec sa famille car la couverture téléphonique était mauvaise, et souvent interrompue dans les zones où les conflits se poursuivent. Il a entendu dire que les conditions dans les camps étaient « très mauvaises », mais ne peut pas rejoindre sa famille car sa mère, très âgée, n’est pas en mesure de voyager et parce que de nombreuses routes sont bloquées.
Pour l’heure, les problèmes au Waziristan du Nord ont l’air partis pour continuer. En dépit des progrès que l’armée pakistanaise dit avoir enregistrés, de violents affrontements continuent de secouer de nombreuses régions, d’après des médias citant l’armée, et on ne sait toujours pas quand les personnes ayant quitté leur foyer pourront retourner chez elles.

Pendant ce temps-là, les personnes restées sur place doivent composer avec les maisons bombardées et les terres anéanties, ce qui ne fait qu’ajouter à la difficulté de trouver de quoi subvenir à leurs besoins.

*Nom fictif

kh/jj/cb-xq/amz