Les conditions du nouvel accord des Nations Unies pour Gaza

Les Nations Unies ont annoncé le 16 septembre un nouvel accord censé atténuer les restrictions imposées à la bande de Gaza. Dans une déclaration prononcée à cette occasion, Robert Serry, émissaire des Nations Unies au Moyen-Orient, a donné peu de détails sur l'accord. Il a simplement précisé qu'il allait « permettre des travaux d'ampleur nécessaires dans la bande [de Gaza], avec la participation du secteur privé, et donner un rôle de premier plan à l'Autorité palestinienne dans l'effort de reconstruction. »

IRIN s'est penché sur les conditions de ce nouvel accord.

Pourquoi est-il nécessaire ?

Après 50 jours de guerre entre Israël et le Hamas et d'autres groupes islamistes à Gaza, l'enclave est en grande partie en ruines. Au moins 18 000 habitations ont été détruites et Israël a largué des milliers de bombes sur cette région densément peuplée. Des infrastructures essentielles, dont des centrales électriques et des réseaux d'eau, ont été sévèrement endommagées.

Les efforts de reconstruction sont rendus d'autant plus difficiles par le blocus imposé par Israël et l'Égypte depuis 2007, limitant ou interdisant l'entrée de nombreux produits essentiels dans la bande de Gaza. Les restrictions appliquées par Israël concernent notamment les engrais, le ciment, les câbles d'acier et même certains tissus. Tel-Aviv qualifie ces produits de biens « à double usage », c'est-à-dire que, bien qu'ils soient nécessaires à la population civile, ils peuvent éventuellement servir à des groupes extrémistes pour mener des attentats.

Étant donné le niveau catastrophique de destruction et la crise humanitaire actuelle, la reconstruction serait presque impossible sans un assouplissement du blocus. Un grand groupe sectoriel sur le logement a estimé que si les restrictions sur le ciment et d'autres matériaux à double usage n'étaient pas levées, il faudrait une vingtaine d'années pour reconstruire Gaza telle qu'elle était avant la guerre.

Les Nations Unies, le gouvernement israélien et l'Autorité palestinienne sont donc parvenus à un accord visant à augmenter l'accès à certains matériaux tout en garantissant à Israël qu'aucun produit ne tombera entre les mains du Hamas ou d'autres groupes que le pays qualifie de terroristes.

Quelles en sont les clauses ?

Toutes les dispositions de l'accord n'ont pas encore été mises à plat et les décisions prises concernant certains produits tels que le ciment n'ont pas encore été rendues publiques. Les responsables israéliens et du Hamas interrogés par IRIN se sont montrés réticents à parler des clauses exactes de l'accord.

Ce que l'on sait pour l'instant, c'est qu'il s'applique à deux domaines : les projets des Nations Unies et les projets palestiniens privés. Les premiers ont déjà bénéficié d'un assouplissement des restrictions ces dernières années, mais le gouvernement a accepté d'approuver des projets des Nations Unies simplement sur réception d'informations basiques comprenant notamment leur situation géographique. Cela devrait, en théorie, accélérer les opérations des Nations Unies.

La seconde catégorie, à savoir les projets privés palestiniens, suscite davantage de controverse. Selon les nouvelles dispositions, les entreprises palestiniennes qui cherchent à faire entrer des produits « à double usage » doivent les enregistrer au préalable dans une base de données mise en ouvre par le gouvernement palestinien en Cisjordanie et non pas à Gaza. Cette base de données recensera les importations et les transferts de ces produits.

Deux procédures de surveillance seront appliquées : l'une pour les petits travaux - par exemple, des habitants reconstruisant leur maison - l'autre pour les projets de construction privés à plus grande échelle. Des équipes de surveillance des Nations Unies contrôleront ces deux types de projets.

Quelles sont les garanties pour Israël ?

Israël s'inquiète que des matériaux « à double usage » soient déjà tombés entre les mains d'extrémistes. Paul Hirschon, porte-parole du ministère des Affaires étrangères israélien, a dit à IRIN que son gouvernement pensait que le Hamas et d'autres groupes avaient détourné de l'argent destiné à l'aide humanitaire après des séries de violences antérieures, en 2009 et en 2012. « Nous ne voulons pas voir se répéter ce qui s'est passé il y a deux ou six ans, quand trop [de fonds et de matériaux] avaient été détournés pour des actes terroristes », a-t-il dit. « Nous devons nous assurer que l'argent versé pour la reconstruction de Gaza ne soit pas simplement placé entre les mains du Hamas et passe ainsi dans l'économie souterraine. »

En théorie, un certain nombre de mécanismes ont été prévus pour dissiper les craintes des Israéliens. Tout d'abord, le contrôle du côté palestinien des frontières est maintenant pris en charge par l'Autorité palestinienne, basée en Cisjordanie, et non plus par le Hamas. Contrairement à ce dernier, l'Autorité palestinienne conserve des relations diplomatiques avec Israël.

D'autre part, la base de données en ligne devrait permettre un meilleur suivi des biens qui entrent dans la bande de Gaza. En théorie, cela devrait permettre d'éviter qu'ils tombent entre les mains du Hamas ou d'autres groupes armés. Enfin, comme il a été souligné plus haut, des équipes de surveillance des Nations Unies sont censées contrôler les projets et s'assurer qu'aucun produit ne disparaisse.


Le Hamas a-t-il été consulté concernant cet accord ?

Il ne semble pas que le Hamas, le parti islamiste qui dirige la bande de Gaza, ait explicitement participé aux discussions ayant mené à cet accord et on ignore dans quelle mesure le groupe a été consulté.

Le porte-parole du Hamas, Sami Abu Zuhri, a refusé de discuter de l'étendue de leur participation aux négociations. Il a simplement dit que le processus ne devrait pas porter atteinte à la résistance - terme généralement utilisé pour désigner l'opposition militaire à Israël.

« Nous saluons les efforts internationaux et autres [pour la] reconstruction de Gaza et nous demandons [aux puissances internationales] d'accélérer ces efforts. En attendant, nous rejetons tout compromis [qu'impliquerait cet accord] concernant les droits de notre peuple et la résistance », a-t-il dit. Passer un accord sans le soutien du Hamas pourrait être problématique.


Combien de temps l'accord va-t-il durer ?

Cela dépend. M. Serry a rapidement souligné qu'il s'agissait d'un « mécanisme temporaire » qui ne remplaçait aucunement le but ultime d'une levée du blocus de Gaza par Israël et l'Égypte.

Des pourparlers à ce sujet sont prévus le 12 octobre au Caire, la capitale égyptienne. Les analystes pensent cependant qu'un tel accord a peu de chances d'aboutir, en tout cas pas à court terme. Si les parties prenantes ne parviennent pas à s'entendre en octobre, ce dernier accord pourrait bien être le meilleur espoir d'amélioration de l'accès à Gaza.

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