Les opérations militaires dans le Nord-Waziristan perturbent l'enseignement au Pakistan

La poursuite des opérations militaires dans l'agence tribale du Nord-Waziristan, au Pakistan, perturbe la scolarité de plus de 85 000 élèves de l'école publique.

Selon le dernier rapport du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), 1 016 559 déplacés du Nord-Waziristan ont été recensés au 1er septembre, dont près de 45 pour cent d'enfants.

« Quel sera leur avenir sans éducation et à qui pouvons-nous demander de l'aide ? », a déclaré à IRIN Ashraf Wazir, déplacé et père de trois enfants, qui a fui la ville de Miranshah au Nord-Waziristan. Il a expliqué que ses enfants avaient dû abandonner l'école au milieu de l'année scolaire précédente.

Un fonctionnaire du secrétariat des zones tribales sous administration fédérale (Federally Administrated Tribal Areas, FATA) a déclaré à IRIN, sous couvert d'anonymat, que 86 323 élèves étaient inscrits dans les écoles gouvernementales du Nord-Waziristan. Il a ajouté que 50 429 des élèves étaient à l'école primaire. Il n'a pas été possible d'obtenir de données concernant le nombre d'élèves des écoles privées au Nord-Waziristan.

L'armée pakistanaise a déclaré avoir débarrassé la plupart des régions du Nord-Waziristan des groupes extrémistes. Cependant, les anciens affirment que le gouvernement n'a pas encore pris de mesures pour permettre le retour des déplacés, ce qui a déclenché des mouvements de protestation de la part des étudiants des écoles et des universités du Nord-Waziristan.

« Nous, les étudiants, sommes [les] plus grandes victimes parmi les déplacés », a déclaré Ejazul Haq, qui a mené la manifestation à Bannu, le 28 août. L'étudiant a évoqué les difficultés rencontrées pour préparer les examens annuels prévus le mois prochain.

Le 15 juin, l'armée a lancé l'opération Zarb-e-Azb contre les groupes extrémistes talibans du Nord-Waziristan.

Le 6 septembre, le général Raheel Sharif, chef de l'armée pakistanaise, a visité un camp pour les personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays (PDIP) à Bakakhel, dans la région frontalière de Bannu. D'après les Services de relations publiques de l'armée pakistanaise (ISPR), le général a déclaré que les PDIP du Nord-Waziristan seraient bientôt autorisés à rentrer chez eux.

Le Pakistan est signataire de la Convention relative aux droits de l'enfant et s'est également engagé dans l'Éducation pour tous et les Objectifs du millénaire pour le développement qui visent à ce que tous les enfants, garçons et filles, puissent aller à l'école d'ici 2015.

Cependant, selon les défenseurs de l'éducation, le taux d'alphabétisation dans les FATA est plus faible que dans toutes les autres régions du pays, principalement à cause du radicalisme des talibans et des déplacements qui en résultent. Au Nord-Waziristan, le taux est de 15,7 pour cent, soit 26,9 pour cent des hommes et 1,5 pour cent des femmes, d'après les statistiques fournies par le fonctionnaire du secrétariat des FATA.

Inscription des déplacés

Selon Mushtaq Ahmed Ghani, ministre de l'Enseignement supérieur du gouvernement provincial, les autorités de la province de Khyber Pakhtunkhwa (KP), où sont réfugiés de nombreux déplacés, ont décidé d'accueillir tous les jeunes écoliers et étudiants dans les écoles et universités locales.

Le 1er septembre, le ministère provincial de l'Enseignement a publié des annonces dans la presse ourdoue locale, afin d'encourager les familles déplacées du Nord-Waziristan à inscrire leurs enfants. Le ministère a affirmé que les documents officiels ou les certificats de scolarité n'étaient pas obligatoires pour l'inscription. « Chaque étudiant recevra également 2 000 roupies pakistanaises (200 dollars) par mois », a déclaré à IRIN M. Ghani. La province de KP mène déjà une campagne pour le financement d'une bourse de 200 roupies pakistanaises (20 dollars) par mois, afin d'augmenter le taux d'inscription.

Les écoles de la province de KP ont rouvert leurs portes le 1er septembre, après les trois mois des vacances d'été. Les autorités ont relogé les PDIP qui avaient été installées dans les écoles publiques des districts de la province de KP voisins du Nord-Waziristan. D'après les informations parues dans les médias, les PDIP du Nord-Waziristan occupaient environ 460 établissements scolaires de la province.

Cependant, un certain nombre de familles déplacées ont refusé de quitter les écoles. « Nous ne pourrions jamais habiter dans un camp à cause de nos règles socioculturelles », a affirmé Haji Akbar, un habitant de Mir Ali âgé de 45 ans, qui vit dans une école gouvernementale à Bannu avec les 25 membres de sa famille élargie qui compte 18 femmes et enfants.

Ils occupent quatre des 20 classes de l'école. « C'est considéré comme contraire aux règles et aux valeurs pachtounes de partager une tente avec des femmes », a déclaré à IRIN M. Akbar.

Intervention humanitaire

Un certain nombre d'agences des Nations Unies et d'organisations non gouvernementales (ONG) locales mettent également sur pied des écoles informelles pour les enfants déplacés du Nord-Waziristan.

Selon le porte-parole du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), l'organisation va financer, en partenariat avec le ministère provincial de l'Enseignement, la scolarité de 9 000 enfants déplacés (dont 4 500 filles) dans les districts de la province qui accueillent les PDIP. Des enseignants des écoles gouvernementales du Nord-Waziristan ont été mobilisés pour faire la classe aux 1 334 enfants déplacés (dont 513 filles), recensés et inscrits dans 16 écoles gouvernementales des environs. Les autorités politiques du Nord-Waziristan ont également envoyé tous les enseignants déplacés dans les écoles des différents districts de la province de KP, à Bannu notamment.

BEFARE, une ONG partenaire de l'UNICEF, effectue des évaluations de besoins auprès des PDIP et encourage les parents à envoyer leurs enfants à l'école. Des fournitures scolaires, ainsi que 27 tentes et kits de retour à l'école ont été envoyés à Bannu pour les centres d'apprentissage temporaires (CAT).

Les organisations locales ne sont pas en reste. L'ONG Initiative for Social Transformation (IST) a mis en place plusieurs CAT pour les enfants déplacés dans les zones rurales de Bannu et dans le reste de la province de KP, a déclaré Nizam Dawar, de l'IST. Il a ajouté que l'ONG travaillait en étroite collaboration avec un comité de 67 membres, composé d'anciens de différents clans du Nord-Waziristan.

Cependant, les PDIP n'inscrivent pas leurs enfants dans les écoles de Bannu ou des autres districts de KP, car elles ont bon espoir de pouvoir rentrer chez elles bientôt. « Nous sommes ici temporairement et, dans quelques semaines ou quelques mois, nous devrons retourner dans notre ville d'origine. Alors, pourquoi devrions-nous inscrire nos enfants dans les écoles locales ? », a demandé Zar Wali, un habitant de Mir Ali qui a six enfants.

Étudiants pakistanais en Afghanistan

Les familles déplacées par les récents combats ne restent pas toutes dans le pays ; des milliers se réfugient en Afghanistan, le pays voisin. « Les familles, notamment celles qui vivaient près de la frontière, ont choisi de quitter le pays pour les provinces voisines de l'Afghanistan, en particulier la province de Khost, à cause des problèmes de transport et de la prolongation du couvre-feu au Nord-Waziristan », a expliqué Malik Ghulam Khan Madakhel, un ancien d'une tribu du Nord-Waziristan. Selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), plus de 75 000 personnes qui fuient le conflit au Nord-Waziristan ont émigré dans les provinces afghanes de Khost et Paktika.

Cependant, un certain nombre de familles déplacées qui avaient fui dans un premier temps en Afghanistan sont ensuite revenues au Pakistan en passant par l'agence de Kurram, une zone voisine du Nord-Waziristan et de la province de Khost. L'enregistrement des PDIP du Nord-Waziristan a été arrêté dans les districts de Bannu et de Peshawar. Cependant, l'opération d'enregistrement continue au poste de contrôle d'Ali Zai, dans l'agence de Kurram, pour les familles de retour d'Afghanistan, d'après le dernier rapport d'OCHA.

Le 3 septembre, à l'occasion d'une réunion officielle organisée par le gouverneur de la province de Khost, Abdul Jabbar Naeemi, et à laquelle ont également assisté le HCR et les ONG, il a été décidé que les enfants déplacés du Nord-Waziristan seraient admis dans les écoles locales, afin qu'ils ne perdent pas leur année scolaire.

Mubarez Zardan, un fonctionnaire du ministère de l'Enseignement de la province de Khost, a déclaré que le gouverneur provincial avait demandé l'ouverture de 80 écoles informelles pour les familles réfugiées dans la région de Gullan, où les autorités afghanes ont mis en place des camps pour les Pakistanais.

« Les enseignants pakistanais du Nord-Waziristan, qui ont également émigré dans différentes zones de la province de Khost, feront la classe aux enfants déplacés et seront payés par les autorités afghanes », a déclaré à IRIN M. Mubarez dans un entretien téléphonique.

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