Lancement du débat international sur l'action humanitaire

L'évènement n'aura lieu que dans un peu moins de deux ans, mais les « pré-sommets » battent leur plein. Développement de notes conceptuelles, lancement de consultations régionales et création de forums en ligne ouverts aux commentaires - en amont du Sommet humanitaire mondial qui se tiendra en Turquie, probablement en mai 2016.

Le sommet a été convoqué par le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, et il est programmé pour se dérouler à la fin de son second mandat. S'il est couronné de succès, il établira son héritage de défenseur du rôle humanitaire des Nations Unies.

Les organisateurs du Sommet soulignent que son agenda n'est pas prédéterminé - c'est à cela que serviront les consultations de grande ampleur qui permettront aux bailleurs de fonds de l'aide humanitaire, aux bailleurs d'aide et aux bénéficiaires de l'aide de décider collectivement des questions à aborder. « L'agenda », dit Breanna Ridsdel, la porte-parole du Sommet, « sera établi sur la base des consultations régionales et des recherches internationales ».

Mais ces consultations sont d'une telle ampleur, a dit Mme Ridsdel à IRIN, qu'elles ne doivent pas être considérées comme une fin en soi. « Tout cela, y compris le Sommet de 2016, est un moyen d'arriver à une fin. Cela sera plutôt un moment clé dans une conversation qui dure depuis plusieurs dizaines d'années et qui se poursuivra plusieurs dizaines d'années encore ».

L'un des objectifs est de faire participer un maximum de personnes à cette conversation, et notamment les nouveaux acteurs du domaine humanitaire, dont la présence contribue à l'évolution de l'environnement et rend la conversation nécessaire.

Auparavant, les organisations humanitaires évitaient délibérément toute entité qui avait un objectif militaire ou commercial. Aujourd'hui, il leur est vivement conseillé de travailler avec le secteur privé et, dans certains cas, avec l'armée. Auparavant, l'aide était donnée par des pays riches et développés à des pays pauvres et sous-développés. Aujourd'hui, les choses ne sont plus aussi claires. Les anciens bénéficiaires de l'aide humanitaire sont devenus des pays à revenu moyen et des bailleurs de l'aide, et ils ont une approche différente. Les grandes organisations non gouvernementales (ONG) multinationales, basées en Occident, ont été rejointes par de nombreuses ONG locales et organisations de la société civile qui interviennent dans leur propre pays. Et il y a eu une prise de conscience du rôle déterminant joué par les communautés qui ont reçu de l'aide.

Ainsi, si cet évènement est qualifié de « Sommet » et que ses organisateurs espèrent que les chefs d'Etat et de gouvernement y participeront, il n'est pas organisé comme une rencontre intergouvernementale. Sara Pantuliano, directrice du groupe de politique humanitaire de l'Institut de développement d'outremer britannique, indique qu'il faudra trouver le bon équilibre entre les différents acteurs pour assurer la réussite de l'évènement.

« Il s'agit d'un sommet des Nations Unies, pas d'un sommet intergouvernemental », a-t-elle dit à IRIN. « Si les recommandations qui émergent sont suffisamment solides, cela pourrait favoriser les changements dont l'architecture humanitaire a tellement besoin, et un processus intergouvernemental ne permettrait probablement pas d'aller aussi loin. Mais les Etats doivent être présents pour pouvoir exposer les conclusions du Sommet devant l'Assemblée générale et obtenir les décisions nécessaires. Il faut qu'ils fassent les choses correctement. Les gouvernements seront invités, mais ils ne piloteront pas le processus ».

Les acteurs locaux sont essentiels

Jusqu'à présent, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), qui organise le Sommet, a tenu deux consultations régionales, à Abidjan et Tokyo, et la troisième - à Johannesburg - aura lieu le mois prochain. Une évidence est apparue : il est nécessaire que l'action humanitaire internationale prenne en compte les points de vue, les connaissances et les capacités des acteurs locaux - ONG locales, membres des communautés affectées, gouvernements locaux et nationaux.

« Il risque d'y avoir des attentes non satisfaites et l'agenda pourrait être pris en otage par des intérêts politiques. Et il y a un risque de sous-financement. Si nous n'avons pas l'argent nécessaire pour investir dans une nouvelle architecture, alors il n'atteindra pas ses objectifs »

Les conclusions de la réunion organisée dans la région de l'Asie du Nord et du Sud-Est l'ont soulignée. « L'action humanitaire est une responsabilité partagée », indiquent-elles, « chacun a un rôle clairement défini et les gouvernements sont en première position.
L'inclusion et l'autonomisation des communautés locales et de leurs représentants devraient être prises en compte dans toute nouvelle réflexion sur l'action humanitaire pour qu'ils soient en mesure de répondre de manière plus efficace.

L'accent mis sur le rôle des gouvernements nationaux n'est pas vraiment inattendu ; ces consultations régionales sont organisées par les gouvernements de la région et menées par des ministres gouvernementaux, et le groupe asiatique inclut la Chine. Mais les participants aux consultations en ligne, qui ont été lancées au début du mois d'août, interviennent pour beaucoup en tant qu'individus et un scepticisme plus important commence à transparaître concernant le rôle des gouvernements. Pour l'instant, le nombre de messages laissés dans ces groupes de discussion - organisés sur les quatre principaux thèmes de la conférence, c'est-à-dire l'efficacité, le risque et la vulnérabilité, l'innovation et le conflit - est relativement modeste, mais cela n'est qu'un début.

Un manque de propositions radicales ?

Les principales agences internationales participent déjà activement aux consultations régionales et aux évènements qu'elles organisent en parallèle. Juliano Fiori, le conseiller en affaires humanitaires pour Save the Children, a dit à IRIN qu'ils avaient eu de bons retours sur la réunion de Tokyo et qu'ils pensaient que l'évènement avait été positif. « Il n'y a pas vraiment eu la diversité que l'on a d'habitude dans cette région en matière de réponses aux crises - les organisations du secteur privé, par exemple - mais nous avons eu l'occasion d'exprimer nos principaux points de vue. La déception était liée au fait que personne n'a fait de propositions vraiment radicales pour améliorer le système humanitaire. Ce sommet est une grande opportunité pour faire plus que bricoler et mettre en ouvre des améliorations techniques, ce que nous avons fait jusqu'à présent ».

M. Fiori est l'un de ceux qui se sentent freinés par les quatre thèmes de discussion proposés par les organisateurs. « Certaines des questions que nous souhaitons aborder sont plus structurelles et ne rentreraient pas dans ces quatre thèmes. On nous demande de réfléchir à des changements de transformation, mais les idées qui pourraient favoriser les changements de transformation - comme la réforme du Conseil de sécurité, les questions relatives à la souveraineté, etc. - ne sont pas évoquées ».

Les acteurs et les organisations semblent encore chercher leur voie, ils essayent de comprendre la nature du Sommet et se demandent s'il permettra de faire ce qui est nécessaire. Mme. Pantuliano veut croire qu'il y parviendra. « Il arrive au bon moment », dit-elle, « et il est nécessaire. Nous avons besoin de parler de la réorganisation de l'action humanitaire. Il a l'ambition de mobiliser la communauté internationale et d'inclure des personnes de traditions aussi diverses que possible. C'est exactement ce qu'il faut ».

Mais, dit-elle, il y a toujours des risques. « Il risque d'y avoir des attentes non satisfaites et l'agenda pourrait être pris en otage par des intérêts politiques. Et il y a un risque de sous-financement. Si nous n'avons pas l'argent nécessaire pour investir dans une nouvelle architecture, alors il n'atteindra pas ses objectifs ».

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