Aucun signe d’un assouplissement potentiel du blocus de Gaza

Près d’une semaine après la signature de l’accord de cessez-le-feu, les humanitaires et les garde-frontières constatent qu’aucune restriction n’a été assouplie. Or, nombreux étaient ceux qui croyaient que l’accord prévoyait une levée partielle du blocus imposé à Gaza.

Les organisations non gouvernementales (ONG) souhaitent augmenter l’aide accordée à la région palestinienne, mais les restrictions d’accès continuent d’entraver leur travail. La campagne de bombardement israélienne qui vient de se terminer a duré 50 jours ; elle a fait plus de 2 000 morts, des milliers de blessés et détruit la majeure partie des infrastructures de l’enclave.

Les conditions exactes de l’accord de cessez-le-feu signé la semaine dernière par Israël et diverses factions palestiniennes n’ont pas été révélées, mais de nombreux médias ont rapporté que Tel-Aviv s’était engagé à assouplir les règles de circulation aux frontières en échange d’une cessation des hostilités et qu’on s’attendait à ce que l’Égypte allège elle aussi son blocus.

Parmi les questions les plus litigieuses, un grand nombre ont été laissées ouvertes et seront abordées lors des négociations qui doivent avoir lieu dans trois semaines. Les travailleurs humanitaires espéraient malgré tout des changements rapides dans les politiques en matière d’accès humanitaire et d’autres types d’accès.

La bande de Gaza est soumise à un blocus terrestre et maritime imposé par les autorités israéliennes et égyptiennes depuis la prise de contrôle du territoire par le Hamas, en 2007.

Les politiques appliquées avant le cessez-le-feu sont demeurées en vigueur dans les trois principaux postes-frontières : ceux d’Erez et de Kerem Shalom, à la frontière israélienne, et celui de Rafah, à la frontière égyptienne. « Pour le moment, il n’y a eu aucun changement dans le régime de circulation des personnes et des marchandises aux postes d’Erez et de Kerem Shalom », a dit Maria José Torres, directrice adjointe de la branche régionale du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) dans les Territoires palestiniens occupés (TPO).

Elle a dit que l’organisation espérait davantage de transparence de la part des autorités au sujet de l’ouverture des frontières. « Nous nous attendions à ce que l’accord de cessez-le-feu comprenne une sorte de calendrier pour l’allégement et la levée du blocus, mais rien n’a été annoncé publiquement jusqu’à présent. Il est possible que nous ne soyons pas au courant de tout », a-t-elle dit, faisant référence aux négociations indirectes qui ont actuellement lieu entre les factions palestiniennes et Israël.

La réduction du nombre de marchandises dont l’accès est limité est l’un des principaux points de friction. Israël impose notamment des restrictions à l’entrée sur les engrais, le ciment, les câbles d’acier et même certains tissus. Tel-Aviv estime que ces marchandises peuvent avoir un « double usage », c’est-à-dire qu’elles peuvent être utilisées par la population civile, mais aussi par des groupes militants à l’occasion d’attaques.

Wael Abu Omar, un porte-parole des autorités gazaouies, a également dit que les responsables s’attendaient à un assouplissement immédiat des restrictions et à une augmentation de la circulation après le cessez-le-feu. Il a cependant ajouté que les politiques n’avaient pas changé et que le nombre de camions commerciaux qui entraient quotidiennement était resté plus ou moins semblable à celui qui prévalait pendant le conflit, soit entre 200 et 250.

« Il ne nous reste plus qu’à attendre et à voir ce que les prochains jours nous réservent. Nous attendons qu’on nous donne ce qu’on nous a promis, mais rien n’a changé jusqu’à présent », a-t-il dit.

Fikr Shaltoot, directrice des programmes à Gaza pour Medical Aid for the Palestinians (MAP), une œuvre de bienfaisance basée au Royaume-Uni, a dit que les membres de son organisation avaient eux aussi été déçus par l’absence de changement. « Nous espérions constater des changements immédiats à tous les postes frontaliers. Je n’ai remarqué aucune amélioration jusqu’à maintenant », a-t-elle dit, ajoutant que les besoins médicaux à Gaza sont criants. « Il y avait déjà de graves pénuries de médicaments avant l’agression – les réserves de 28 pour cent des biens essentiels étaient épuisées », a-t-elle dit. « La situation est maintenant critique. »

Selon Paul Hirschson, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères israélien, la majeure partie de ces attentes sont fondées sur de pures conjectures, car les conditions exactes de l’accord de cessez-le-feu n’ont pas été révélées.

« J’ai moi aussi entendu dire qu’Israël et/ou d’autres avaient accepté telle condition [mais], à ma connaissance, toutes les parties se sont entendues pour cesser les hostilités et pour que des négociations au sujet de l’avenir aient lieu sous l’égide des Égyptiens », a-t-il dit. « Je propose que nous laissions les diplomates faire leur travail. »

Des restrictions semblables sont en vigueur à la frontière égyptienne. L’entrée sur le territoire palestinien de 18 camions de vivres du Programme alimentaire mondial (PAM) par le point de passage de Rafah, le 28 août, a cependant soulevé l’espoir d’un assouplissement potentiel. C’était la première fois depuis 2007 que l’organisation utilisait ce poste-frontière pour l’acheminement d’une aide humanitaire. Celle-ci doit généralement passer par Israël.

Les responsables du PAM ont cependant insisté sur le fait que l’entente avait été négociée dans les semaines précédant le cessez-le-feu. « Notre bureau régional a négocié pendant cinq semaines avec des ministres au Caire pour obtenir l’autorisation de faire entrer ces 18 camions en Palestine », a dit Sune Kent, responsable de la logistique, de la préparation aux urgences et de la sécurité du PAM pour la Palestine. « L’acheminement de marchandises par le poste-frontière de Rafah exige des négociations étroites et continues avec les autorités égyptiennes. »


Régler la question des marchandises à double usage

L’inquiétude face à la possibilité que le blocus ne soit pas allégé continue de croître. On peut comprendre, dans ce contexte, que la population de Gaza ait un sentiment de déjà-vu. En novembre 2012, après huit jours d’affrontements, Israël et le Hamas s’étaient entendus sur un accord qui prévoyait prétendument un allégement du blocus.

« On ne peut pas amener de l’eau embouteillée pour 500 000 personnes. Il faut réparer les systèmes d’approvisionnement en eau. Et il faut, pour ce faire, faire rentrer des équipements techniques »

Une grande partie des principes de base de cet accord étaient semblables à ceux que l’on a signalés comme faisant partie du nouvel accord. À la suite de sa signature, les restrictions aux frontières avaient été brièvement assouplies et les Palestiniens de Gaza avaient pu se rendre plus facilement en Égypte et en Israël.

En dépit de ces premiers signes prometteurs, toutefois, l’accord n’a jamais été intégralement appliqué, en raison notamment du renversement en Égypte du gouvernement des Frères musulmans, pro-Hamas, par l’armée nationale, une initiative appuyée par des manifestations populaires massives. Le nouveau leader du pays, l’ancien général Abdel Fattah el-Sisi, est hostile au Hamas, ce qui explique le renforcement des sanctions imposées à Gaza.

Cette fois-ci encore, la menace d’un échec de l’accord est bien réelle, d’autant plus que peu de mécanismes d’application semblent avoir été prévus. M. Hirschson a confirmé à IRIN que les conditions de l’accord ne comprennent aucune garantie quant au respect des engagements des deux parties.

Les analystes disent que si des changements ne sont pas apportés aux politiques dans les prochains jours, l’accès humanitaire dépendra ultimement de la recherche d’un consensus pendant les négociations qui doivent avoir lieu au Caire dans les semaines à venir. Il risque d’être extrêmement difficile de trouver un terrain d’entente. Le Hamas demande notamment la libération de centaines de prisonniers et la construction d’un port et d’un aéroport qui permettraient aux Palestiniens d’avoir une plus grande liberté de mouvement et d’accéder au reste du monde sans être contrôlés par les Israéliens.

Nir Bons, chargé de recherche au Centre Moshe Dayan pour les études du Moyen-Orient, basé à Tel-Aviv, a dit à IRIN que de tels objectifs demeureraient inacceptables pour les politiques israéliens tant que le Hamas serait au pouvoir. Il a dit, en faisant référence à l’ouverture potentielle d’un port et d’un aéroport à Gaza : « Israël ne laissera pas les Palestiniens les avoir à moins d’un changement radical dans la configuration [du pouvoir]. Nous sommes donc de retour à la case départ : le Hamas reste au pouvoir, déterminé à poursuivre [ses attaques jusqu’à ce qu’il atteigne] Jérusalem […] Israël ne peut pas accepter ça. »

De la même façon, la principale demande d’Israël – la démilitarisation de la bande de Gaza – n’est « pas envisageable », selon Hugh Lovatt, coordonnateur de projets pour Israël et la Palestine auprès du Conseil européen des relations étrangères. « Ce n’est pas du tout réaliste », a-t-il dit.

On craint dès lors que la crise ne ramène la région au statu quo qui prévalait avant le conflit – et que les contrôles aux frontières ne soient pas assouplis – si des pourparlers plus approfondis échouent.

M. Lovatt a dit que les bailleurs de fonds pourraient, dans de telles circonstances, se montrer hésitants à financer des programmes d’aide d’urgence, en particulier s’ils sentent qu’un autre conflit risque de se produire si les problèmes sous-jacents ne sont pas abordés. « Dans l’esprit du contribuable européen, l’argent qu’il donne à Gaza sert à rebâtir des infrastructures qui sont ensuite bombardées par Israël. Il y a une question de responsabilité ici », a-t-il dit.

Le défi des Nations Unies est d’aider les parties à trouver des solutions de compromis. Le statut des marchandises à double usage risque notamment de faire l’objet de pressions de la part des deux camps. « Nous sommes pleinement conscients des problèmes d’ordre sécuritaire soulevés par Israël. Les parties qui facilitent les négociations, incluant les Nations Unies, cherchent des solutions qui seront considérées comme acceptables [par les Israéliens] », a dit Mme Torres, de l’OCHA. On songe notamment à confier l’acheminement des marchandises à double usage à des organisations spécifiques.

M. Kent, du PAM, a dit que les autorités israéliennes avaient accordé relativement facilement à l’organisation l’autorisation de faire entrer des vivres à Gaza pendant le conflit et qu’il n’avait fallu attendre, en moyenne, qu’un ou deux jours aux postes-frontières. « L’acheminement de l’aide humanitaire nécessaire à la survie des Gazaouis n’a pas été problématique. Les Israéliens ont gardé ouvert le point de passage beaucoup plus souvent que lors des conflits précédents », a-t-il dit.

Il a cependant fait remarquer que l’aide alimentaire n’était qu’une solution à court terme et qu’il faudra éventuellement parvenir à des accords sur l’acheminement de marchandises faisant l’objet de restrictions – comme le ciment et la machinerie lourde – si l’on souhaite endiguer la crise humanitaire à long terme, car la majeure partie des infrastructures de Gaza ont été détruites. « On ne peut pas amener de l’eau embouteillée pour 500 000 personnes. Il faut réparer les systèmes d’approvisionnement en eau. Et il faut, pour ce faire, faire rentrer des équipements techniques […]. C’est la façon la plus rentable de donner de l’eau potable aux Gazaouis », a-t-il dit.

Selon Salman Shaikh, directeur de la Brookings Institution, un groupe de réflexion basé à Doha, la poursuite des initiatives en faveur de la création d’une mission internationale ayant pour mandat de contrôler les frontières pourrait permettre d’améliorer l’accès.

Au cours des dernières semaines, des gestes diplomatiques ont été faits dans le but d’aborder la création potentielle d’une force, dirigée par l’Union européenne, qui aurait pour mandat de surveiller les points de passage entre la bande de Gaza, d’une part, et Israël et l’Égypte, d’autre part. La présence de cette force pourrait permettre d’apaiser certaines des préoccupations d’Israël en matière de sécurité tout en assurant un meilleur accès. Le ministre des Affaires étrangères israélien Avigdor Liberman a accueilli favorablement l’idée.

« La nécessité d’une implication accrue de la communauté internationale sur le terrain est de plus en plus reconnue », a dit M. Shaikh, ajoutant qu’il est trop tôt pour dire précisément quelle forme prendrait cette force.

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