Tirer les leçons de l’expérience asiatique en matière d’intervention humanitaire

En préparation du Sommet mondial sur l’aide humanitaire, des gouvernements, universitaires, acteurs humanitaires, responsables militaires et activistes de toute la région Asie-Pacifique se réunissent à Tokyo aujourd’hui, le 23 juillet, pour tirer des enseignements de l’expertise de la région en matière de réponse aux crises humanitaires.

« Ce que j’attends de ce sommet, ce sont des conseils capables de changer la donne – pas les conseils habituels », a dit Oliver Lacey-Hall, le responsable de l’antenne régionale du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) pour l’Asie et le Pacifique, à IRIN. « Je souhaite que les acteurs humanitaires écoutent réellement les personnes qui n’ont pas l’habitude d’exprimer leurs besoins – les personnes affectées, les universitaires, le secteur privé, les gouvernements locaux – ces personnes qui n’ont habituellement pas voix au chapitre. »

L’Asie est la région du monde la plus exposée aux catastrophes. De 1975 à 2011, l’Asie a enregistré le plus grand nombre de décès en lien avec une catastrophe naturelle au monde, soit 1,5 million. Des études ont également révélé que plus de 130 millions d’habitants de la région étaient affectés par des conflits sous-nationaux. À l’échelle de la planète, 89 pour cent de l’ensemble des personnes affectées par une situation d’urgence se trouvent en Asie.

Le Sommet mondial sur l’aide humanitaire organisé par les Nations Unies, qui se tiendra à Istanbul en 2016, est précédé de 8 sessions consultatives visant à recueillir des informations et des points de vue sur l’action humanitaire à travers le monde. Il intervient dans un contexte marqué par une hausse des dépenses et une multiplication des besoins en assistance humanitaire travers le monde.

« Nous peinons à trouver la définition exacte de ce qu’est une action humanitaire efficace », a dit M. Lacey-Hall. « Les gouvernements ont des conceptions très différentes de ce que représente une intervention humanitaire efficace. Les anciens mécanismes et l’époque où l’aide humanitaire n’était qu’une affaire de logistique – l’affrètement d’avions pour distribuer de la nourriture et des fournitures, par exemple - seront bientôt révolus. »

Les participants à la session consultative de Tokyo sont très enthousiastes à l’idée d’inspirer les pratiques humanitaires mondiales avec leurs expériences locales.

Victoria Lanting est membre du conseil d’administration de la Croix-Rouge philippine qui participe à l’intervention mise en place à la suite du typhon Haiyan en novembre 2013. « Les Philippines sont souvent citées comme le pays du monde le plus exposé aux catastrophes. Cela signifie, entre autres choses, que les Philippins connaissent l’aide humanitaire sous toutes ses formes. »

Mais « les catastrophes de la magnitude du typhon Haiyan ne devraient pas devenir quelque chose d’habituel, contrairement aux interventions humanitaires rapides, efficaces et transparentes. Doter la population de certaines compétences apparaît aujourd’hui plus pertinent que jamais », a ajouté Mme Lanting.

Le sommet se concentre sur quatre domaines thématiques : « L’efficacité humanitaire »,« Réduction de la vulnérabilité et gestion des risques », [  ] « La transformation par l’innovation » et « Assister les personnes affectées par les conflits ».

L’expérience d’Aceh

Rina Meutia, qui coordonnera une session sur les besoins en situation de conflit, a dit à IRIN qu’elle était très impatiente de partager les leçons tirées de l’expérience d’Aceh et ainsi d’apporter son concours au système humanitaire mondial.

« Aceh fut l’une des plus vastes opérations humanitaires à l’époque, lorsque tout le monde commença à affluer après le tsunami », a dit Mme Meutia en faisant référence au séisme et au tsunami de 2004 qui balayèrent maisons, immeubles et routes sur leur passage et firent plus de 167 000 victimes dans la province d’Aceh, au nord de l’Indonésie. Plus de 7 milliards de dollars US de dons et de fonds publics furent destinés à Aceh, une région déjà éprouvée par trois décennies de guerre civile.

« Lorsque les acteurs humanitaires sont arrivés pour prodiguer des secours, nombre d’entre eux n’avaient pas la moindre idée du conflit en cours. Lorsqu’ils ont appris par la suite à quel point la situation était complexe, ils ont été surpris de réaliser que les populations qu’ils aidaient à se relever d’une catastrophe naturelle étaient affectées de si longue date par un conflit et que le monde humanitaire les avait délaissés durant tout ce temps. »

« Parfois, les intervenants humanitaires qui débarquent avec un mandat précis pour prodiguer de prétendus secours peuvent ne faire qu’embrouiller les idées des populations, et même faire plus de tort que de bien », a-t-elle indiqué. « Il est controversé et très complexe ne serait-ce que de suggérer que les interventions humanitaires devraient se mêler des réalités politiques sur le terrain, mais c’est une question qui mérite d’être débattue à l’occasion de cet échange international si nous souhaitons améliorer l’efficacité des futures interventions. »

Les spécialistes s’accordent à dire que les débats portant sur l’engagement en situation de conflit seront un facteur clé d’amélioration du système mondial – y compris les considérations sur la manière dont sont financées les activités dans les zones de conflit.

« La question de l’action humanitaire en situation de conflit me préoccupe. Nous devons prendre le temps de débattre ouvertement de la question de savoir si une organisation dont l’essentiel des financements provient d’une même source peut toujours être considérée comme étant neutre », a dit M. Lacey-Hall.

Selon le Centre de surveillance des déplacements internes (IDMC), basé à Genève, 33,3 millions de personnes à travers le monde étaient déplacées par des conflits à la date de janvier 2014 – « le plus grand nombre jamais recensé de personnes déplacées en raison des conflits et de la violence ».

« Nous devons nous pencher sur nos principes fondamentaux – humanité, impartialité, neutralité et indépendance – pour voir si nous réussissons à nous y tenir à la lumière des appels de fonds », a dit M. Lacey-Hall.

Travailler en situation de conflit requiert de faire des compromis, a-t-il dit, en évoquant les complexités du travail humanitaire là où « les civils ont désespérément besoin d’aide [mais] où nous devons être vigilants au message que nous véhiculons – les sensibilités contextuelles – et trouver l’équilibre vis-à-vis de notre engagement envers les principes humanitaires »

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