Pénurie de fournitures médicales à Gaza

Tandis que les bombardements israéliens contre plusieurs centaines de cibles se poursuivent dans la bande de Gaza, les hôpitaux doivent faire face au manque de fournitures médicales. Bien qu’antérieures aux événements actuels, ces pénuries sont exacerbées par une intensification des besoins et par les politiques frontalières du gouvernement égyptien, qui continue de limiter l’accès à Gaza.

Le ministère de la Santé de Gaza a déclaré l’état d’urgence, face au risque d’une grave pénurie de médicaments de base. Ashraf Qedra, le porte-parole du ministère, a annoncé que les besoins atteindraient bientôt un stade critique.

« Nous sommes déjà confrontés à une grave pénurie de médicaments et de fournitures jetables – entre 35 et 40 pour cent, ce qui se répercute sur le traitement dont bénéficie l’afflux de blessés lié à l’escalade actuelle », a-t-il dit à IRIN. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 30 pour cent de la liste des médicaments fondamentaux et 50 pour cent des fournitures médicales jetables étaient déjà en rupture de stock à Gaza avant la crise.

Avec l’OMS, le ministère a lancé un appel de fonds de 60 millions de dollars US pour couvrir d’urgence les ruptures de stock de matériel médical et le réaiguillage de patients en dehors de Gaza.

Au cours de la semaine passée, le ministère de la Santé de Gaza a fait état d’au moins 189 victimes palestiniennes, tuées dans les attaques visant plusieurs centaines de cibles qu’Israël dit avoir lancées en réponse à des attaques à la roquette et à l’assassinat de trois adolescents israéliens en Cisjordanie le mois dernier.

Les Nations Unies ont recensé près de 1 000 maisons endommagées ou détruites, et jusqu’à 17 000 personnes ont trouvé refuge dans les installations de l’organisation en réaction aux menaces d’attaques terrestres agitées par Israël. L’armée israélienne a annoncé que ses troupes avaient effectué leur premier raid terrestre visant un site de lancement de roquettes à Gaza le 14 juillet. Quatre soldats israéliens ont été blessés dans l’opération.

Lors de la visite d’IRIN à l’hôpital al-Shifa de Gaza, les chambres étaient bondées et les médecins tâchaient de faire face à la charge de travail. Les blessés étaient envoyés d’urgence au bloc opératoire, aux soins intensifs et parfois directement à la morgue. À l’accueil, les familles couraient dans tous les sens en quête de nouvelles de leurs proches.

Christian Cardon, le responsable de la sous-délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Gaza, a qualifié la situation d’« exceptionnelle ».

« Par rapport au bilan du dernier conflit [en 2012], nous atteignons déjà une intensité aiguë, avec des femmes et des enfants parmi les victimes… Nous manquons de médicaments et d’articles jetables, et bientôt ce sera au tour du matériel médical », a-t-il dit.

Il a exhorté l’ensemble des parties à respecter le personnel médical et à autoriser « les hôpitaux à tourner nuit et jour [et] les ambulances à circuler dans toute la bande de Gaza. […] C’est très compliqué ces jours-ci en raison de la situation sécuritaire et de l’intensité du conflit ».

Certaines zones sont difficiles d’accès pour les équipes médicales, tandis que 12 personnes ont été blessées dans une attaque contre le Croissant-Rouge palestinien à Jabaliya, dans le nord de Gaza.

Ae’d Yaghi, le directeur de l’Association des comités palestiniens de secours médical, a appelé de ses vœux une action internationale immédiate pour protéger les Palestiniens et approvisionner la bande de Gaza en fournitures médicales.

« ll devrait y avoir une réponse active pour éviter que la situation à Gaza ne se dégrade encore. Il est inadmissible de voir des gens souffrir sans qu’aucune action soit entreprise pour sauver leurs vies », a-t-il dit à IRIN.


Restrictions à la frontière égyptienne

La pénurie est aggravée par les restrictions strictes appliquées à l’introduction de biens dans la bande de Gaza, au titre du blocus imposé par l’Égypte et Israël depuis de nombreuses années.

Au passage frontalier de Rafah entre l’Égypte et Gaza, des travailleurs humanitaires frustrés se démenaient pour pénétrer dans l’enclave. Ayman Koueider, un représentant de la Fédération des médecins arabes, a dit à IRIN être coincé, avec d’autres travailleurs humanitaires, après s’être vus refuser l’accès à Gaza pour y distribuer des secours médicaux et alimentaires.

Le contraste avec le dernier conflit est frappant. Lors des cinq jours d’affrontements ayant opposé Israël et le Hamas en novembre 2012, les Frères musulmans alors au pouvoir en Égypte avaient ouvert la frontière avec Gaza et facilité la livraison de fournitures médicales.

Depuis que les Frères musulmans ont été renversés par l’armée l’année dernière, le nouveau gouvernement dirigé par Abdel Fattah al-Sisi s’est rapproché d’Israël et a durci sa position envers le Hamas à Gaza, et la frontière est essentiellement restée fermée.

« À Gaza, ils nous ont dit manquer de nombreuses fournitures médicales indispensables », rapporte M. Koueider. « Nous sommes en présence d’une crise humanitaire ; les idéologies devraient être laissées de côté », a-t-il ajouté, en faisant allusion aux tensions entre autorités à Gaza et au Caire.

De la même façon, la frontière a été largement fermée pour les personnes cherchant à fuir – l’immense majorité des personnes passant en Égypte qu’IRIN a pu rencontrer n’étaient pas des Palestiniens. Un Jordanien d’origine palestinienne a raconté qu’il lui avait fallu plusieurs jours pour entrer en Égypte, car les forces de sécurité étaient réticences à l’accueillir.

Milina Shahin, le responsable de l’information publique de l’agence des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine (UNWRA) à Gaza, a dit que les informations dont ils disposaient étaient que seul « un nombre très restreint » de personnes avaient pu traverser la frontière, tout en soulignant qu’il ne relevait pas du rôle de l’agence de surveiller la frontière.

« Nous sommes en présence d’une crise humanitaire ; les idéologies devraient être laissées de côté »

Un agent de sécurité égyptien travaillant à la frontière a confirmé que le gouvernement limitait drastiquement le nombre de Palestiniens autorisés à quitter Gaza. Il a spécifié que l’accès était généralement accordé aux blessées, bien que peu d’entre eux se soient présentés à la frontière. Ce contact a ajouté que ces contrôles stricts étaient notamment motivés par la crainte que des djihadistes radicaux passent en Égypte pour y perpétrer des attaques.

Le blocus n’affecte pas uniquement les fournitures médicales. Le ministère de la Santé de Gaza estime que la flotte d’ambulances ne circule qu’à 50 pour cent de sa capacité en raison du manque de carburant. Gaza a longtemps eu recours à un réseau de tunnels pour importer des denrées de base telles que le carburant, mais l’armée égyptienne a pris des mesures drastiques l’année dernière et fermé la plupart de ces tunnels.

M. Cardon du CICR a ajouté que les hôpitaux risquaient eux aussi de se retrouver à cours d’énergie. « L’une des principales préoccupations sera [de garantir] qu’il y ait assez de carburant pour faire [tourner] les hôpitaux jour et nuit. Nous savons que le carburant manque déjà. »

D’après Mahmoud Daher, le chef des bureaux de l’OMS à Gaza, une délégation des Émirats arabes a été autorisée à faire entrer du matériel médical et un hôpital de campagne à Gaza par le poste de Rafah le 13 juillet. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), six cargaisons d’aide humanitaire adressées par le gouvernement égyptien au ministère de la Santé de Gaza et au Croissant-Rouge palestinien – comprenant notamment 2 500 cartons de fournitures médicales – sont arrivées au passage de Rafah, côté égyptien, le 12 juillet. Plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) internationales ont fourni plus de 800 000 dollars de fournitures médicales au ministère, a ajouté OCHA, et il est prévu que Médecins sans frontières (MSF) France envoie une équipe médicale à l’hôpital d’al-Shifa plus tard dans la semaine.

En outre, certains bailleurs de fonds se sont engagés à contribuer aux besoins médicaux à Gaza, en promettant à l’OMS les ressources nécessaires à un ravitaillement par la frontière israélienne. Pour l’heure, le gouvernement norvégien a promis 2,5 millions de dollars et la Banque islamique de développement envisage d’en faire autant. L’approvisionnement tardera toutefois plusieurs jours, a dit M. Daher, et « sans contributions importantes, nous ne pouvons pas combler ces [pénuries préexistantes] ».

Les trousses de traumatologie mises à disposition par le CICR, MAP UK et d’autres ONG permettront aux organisations humanitaires de faire face aux cas d’urgence pour les 10 jours à venir environ, du moins si la situation ne se dégrade pas davantage, a dit M. Daher. « Mais le problème ce seront ces personnes atteintes de maladies chroniques, de cancer, et celles qui n’ont pas été soignées convenablement [en raison] d’un retard chronique du système. »

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