Les bailleurs de fonds donnent plus, mais les besoins restent plus importants que jamais

Le financement de l’aide humanitaire a atteint un record de 22 milliards de dollars en 2013. Pourtant, près d’un tiers des besoins ne sont toujours pas satisfaits, selon les données publiées récemment par Global Humanitarian Assistance, un groupe de réflexion basé au Royaume-Uni et faisant partie de Development Initiatives.

« [2013] a été une année plutôt exceptionnelle, très différente et très en contraste avec les années précédentes », a dit Daniel Coppard, directeur de recherche et d’analyse à Development Initiatives.

En réponse aux besoins humanitaires sans précédent – particulièrement à cause de trois grandes crises, en Syrie, en République centrafricaine (RCA) et aux Philippines - les gouvernements et les bailleurs de fonds privés ont redoublé d’efforts en 2013 et offert plus de financements que jamais.

« On espère bien sûr que la réponse de la communauté internationale de l’année dernière n’est pas un évènement ponctuel et qu’elle va se poursuivre et se maintenir au cours des prochaines années », a dit M. Coppard à IRIN.

Les pays donateurs, sources d’environ trois quarts du total de l’aide en 2013, ont donné environ 16,4 milliards de dollars, soit un quart de plus qu’en 2012. Les bailleurs de fonds privés, dont les individus, les œuvres de bienfaisance, les fondations et les sociétés, ont augmenté leurs contributions de 35 pour cent, atteignant près de 5,6 milliards de dollars.

Si cette hausse est une bonne nouvelle, elle n’est pas suffisante, selon M. Coppard.

« Nous ne pouvons pas nous reposer sur nos lauriers, car plus d’un tiers des besoins [humanitaires] ne sont toujours pas satisfaits », a-t-il dit. « Et avec la Syrie, en particulier, il est clair que les demandes vont augmenter cette année, en 2014, et au-delà. »

L’appel humanitaire 2014 pour la Syrie n’a été financé qu’à hauteur de 26 pour cent, celui de la RCA à 37 pour cent et ceux des Philippines à 53 pour cent, selon le service de surveillance financière du Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies (OCHA).

Les appels coordonnés des Nations Unies, par exemple, ont levé 13,2 milliards de dollars en 2013. En juin 2014, les appels avaient déjà dépassé ce montant, atteignant 16,9 milliards de dollars. Selon M. Coppard, ce chiffre devrait augmenter encore plus d’ici la fin de l’année et devrait se maintenir à des niveaux similaires dans les prochaines années.

Selon Cyprien Fabre, chef du bureau d’appui régional d’Afrique de l’Ouest de l’office humanitaire de la Communauté européenne (ECHO), il est illusoire de croire que tous les besoins dans le monde pourront être couverts par le financement de l’aide humanitaire si les crises continuent de se multiplier.

« La communauté humanitaire en général a beaucoup de mal en 2014 à financer toutes les actions liées aux besoins humanitaires en Afrique de l’Ouest », a-t-il dit. « L’insécurité alimentaire et la malnutrition, qui persistent et augmentent constamment au Sahel, s’accompagnent de besoins liés aux déplacements, au Mali, au Nigeria et en RCA, et d’épidémies comme le choléra et le virus Ebola. »

Selon les analystes, la croissance démographique à elle seule se traduit par une hausse d’année en année du nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire et souffrant de malnutrition.

L’ECHO a de nouveau débloqué de grandes sommes pour l’Afrique de l’Ouest – environ 184,2 millions d’euros (250,6 millions de dollars) à la date d’aujourd’hui - mais l’office « atteint ses limites », car il doit répondre à plusieurs crises de grande ampleur à travers le monde, comme celles du Soudan du Sud, de la Syrie et maintenant de l’Irak.

M. Coppard convient qu’il n’est pas aisé de répondre aux besoins toujours croissants, mais il estime qu’il est possible de combler ces demandes non satisfaites et qu’apporter aux bailleurs de fonds la preuve des besoins constituerait déjà un pas dans la bonne direction.

« Je pense que nous avons besoin de trois choses : premièrement, évaluer et comprendre comment nous mesurons les besoins et comment nous les faisons connaître. Deuxièmement, augmenter la participation d’acteurs divers et variés et, troisièmement, responsabiliser tous les bailleurs de fonds pour résoudre ces problèmes internationaux. »

Selon M. Coppard, il est également important de comprendre pourquoi les réponses varient selon les crises.

En Mauritanie, par exemple, 83 pour cent des besoins de financement étaient comblés en 2013, tandis que les appels pour Djibouti n’étaient financés qu’à hauteur de 36 pour cent.

« C’est en partie politique », a dit M. Coppard, expliquant que les bailleurs de fonds avaient des préférences quant aux pays dans lesquels ils opéraient et aux types de crise auxquels ils répondaient. « Et, une fois encore, c’est aussi en partie une question d’information et de quantité d’information prouvant la réalité des besoins. »

Une réponse plus lente pour les crises chroniques

Le type de crise ou de catastrophe a également un effet sur l’ampleur et la rapidité des contributions aux appels à financement.

Les bailleurs de fonds répondent bien plus rapidement à des catastrophes soudaines, telles que des ouragans, qu’à des crises complexes ou à évolution lente, comme des sécheresses ou des conflits.

En RCA, par exemple, dix mois se sont écoulés entre le lancement de l’appel et le moment où 50 pour cent du total des fonds demandés ont été atteints. Tandis que lors du séisme de 2010 en Haïti, la moitié de l’appel avait été financé en tout juste un mois.

Si les crises persistantes voient parfois une plus faible proportion de leurs besoins comblés, elles absorbent cependant la plus grande partie de l’aide humanitaire chaque année. En 2012, Development Initiatives a remarqué qu’environ deux tiers du financement total du Comité d’aide au développement (CAD) de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) avaient été destinés à des crises persistantes.

Selon M. Coppard, pour maximiser l’impact de l’ensemble de l’aide humanitaire, il faut comprendre comment les financements des bailleurs de fonds sont associés aux autres ressources d’un pays. D’après Development Initiatives, l’aide humanitaire ne représente qu’un pour cent de l’ensemble des ressources nationales et internationales perçues par un pays.

« Il faut donc vraiment se faire une idée du rôle de l’aide humanitaire et comprendre comment cela s’inscrit dans un cadre financier plus large [...] car même si l’aide humanitaire ne représente qu’un très faible pourcentage [du total des ressources], elle conserve cependant un rôle très important. »

Selon M. Fabre, de l’ECHO, tant que les besoins de financement ne sont pas atteints, il est important de se concentrer sur une stratégie de résilience, notamment au Sahel, où les besoins ne vont qu’augmenter.

« L’agenda de la résilience est une manière de redonner les commandes aux gouvernements et à leurs partenaires de développement, mais en ciblant en priorité les populations les plus vulnérables », a-t-il dit. « Ce n’est qu’avec cette différence d’orientation que le développement d’un pays [...] peut se traduire en une vie meilleure pour sa population. »

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