Sensibiliser à la problématique de l’abus sexuel des enfants au Cambodge

Les enfants cambodgiens sont vulnérables en raison de leur manque de connaissances au sujet de l’abus sexuel. Un nouveau rapport révèle en effet que la mauvaise compréhension des parents et des enfants de l’abus sexuel persiste en dépit des initiatives mises en place au cours des dernières années en matière d’éducation sexuelle.

« Nous avons découvert que les parents et les enfants croient que l’abus sexuel consiste toujours en un viol avec pénétration et qu’il s’agit généralement d’une attaque soudaine perpétrée par un étranger. Or, en réalité, il y a bien d’autres formes d’abus », a dit à IRIN Phang Chanda, coordonnateur pour l’organisation humanitaire internationale Vision mondiale.

Les auteurs d’un rapport publié en juin 2014 par Vision mondiale et intitulé Sex, abuse and childhood [Sexe, abus et enfance] ont découvert que peu d’enfants cambodgiens identifiaient le sexe anal et oral et la participation ou l’exposition à la pornographie comme des abus sexuels et que l’abus sexuel contre les garçons était un concept qui leur était totalement étranger.

« [Cela] rend les filles et les garçons très vulnérables. Si les enfants pouvaient identifier les comportements inappropriés, s’ils comprenaient ce qu’est l’abus sexuel, cela contribuerait considérablement à la réduction des abus sexuels commis sur les enfants », a dit M. Phang, ajoutant que les parents ne comprennent pas bien non plus les abus sexuels contre les enfants. Les cas autres que les viols perpétrés sur des filles sont dès lors rarement identifiés ou rapportés.

Les données existantes ne sont pas exhaustives, mais des organisations non gouvernementales (ONG) importantes comme la Ligue cambodgienne pour la promotion et la défense des droits de l’homme (LICADHO) et l’Association des droits de l’homme et du développement au Cambodge (ADHOC)ont enregistré, l’an dernier, plus de 400 cas d’abus. Par ailleurs, dans une étude réalisée en 2012 par le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), 51,2 pour cent des filles et 1,9 pour cent des garçons ont rapporté avoir été contraints d’avoir des rapports sexuels.

Des experts et des professionnels qui travaillent avec les enfants ont dit que le Cambodge avait pris des mesures positives en introduisant des cours d’éducation sexuelle dans certaines écoles publiques, mais le choix de traiter de l’abus sexuel revient à chaque enseignant et le niveau de sensibilisation demeure faible.

Lacunes de l’éducation sexuelle en milieu scolaire

En 2012, le ministère de l’Éducation a intégré des cours complets d’éducation sexuelle à partir de la cinquième année dans les programmes scolaires des provinces de Preah Sihanouk, de Koh Kong, de Kompong Cham et de Pursat, permettant ainsi d’atteindre environ 25 pour cent des apprenants cambodgiens.

« Nous leur enseignons tout, de la sexualité au genre – comment leur corps se transforme en grandissant –, en passant par la violence fondée sur le genre, l’importance d’éviter la pression des pairs en ce qui concerne les relations sexuelles, la planification familiale et la prévention de la toxicomanie », a dit Yung Kunthearith, directeur adjoint du département de santé scolaire du ministère de l’Éducation.

Le gouvernement a formé des enseignants dans quatre autres provinces pour donner des cours d’éducation sexuelle pendant l’année scolaire 2014, qui commence en octobre, en utilisant des brochures standards et des exercices de jeux de rôle.

Selon le rapport de Vision mondiale, « [L’]éducation sexuelle reçue par les élèves couvre de façon plus ou moins détaillée des sujets comme l’anatomie, la santé reproductive, la contraception et les IST [infections transmises sexuellement]. Des informations sur la façon d’identifier et de prévenir les abus sexuels sont cependant rarement fournies. » Cela signifie que l’identification et la prévention des abus sexuels ne sont pas directement abordées dans le programme.

« Nous leur enseignons généralement à éviter les choses qui pourraient leur faire du tort et nous leur disons qu’ils peuvent aussi toujours demander de l’aide à leurs parents », a cependant précisé M. Yung.

Programmes complémentaires

Des ONG prestataires de services tentent de compléter l’éducation sexuelle en milieu scolaire en mettant sur pied des programmes au sein des communautés.

En 2013, Child Helpline Cambodia, une ligne téléphonique gratuite, anonyme et accessible 24 heures sur 24 qui fournit une assistance et des conseils aux enfants, a rapporté avoir reçu 250 appels d’enfants qui se demandaient si certaines relations étaient appropriées ou sexuellement abusives.

M. Phang a dit que les programmes de Vision mondiale, qui utilisent une approche appelée « No. Go tell! » [Non. Parles-en!], avaient permis d’informer plus de 500 enfants au sujet de l’abus sexuel depuis 2012. La portée de la campagne a cependant été limitée par l’insuffisance des fonds disponibles. « Nous leur enseignons quelles sont leurs parties intimes en leur disant qu’elles ne peuvent être touchées par quelqu’un d’autre à moins que ce soit pour un traitement médical », a-t-il dit. « [Cela suppose de] dire ‘Je n’aime pas ça. Arrête!’, de se retirer de la situation et d’aller raconter ce qui vient de se produire à quelqu’un en qui ils ont confiance. »

En 2013, Action Pour Les Enfants (APLE), une ONG de lutte contre la pédophilie basée au Cambodge, a éduqué 1 200 enfants de six ans et plus dans des écoles primaires et des communautés du pays.

Le directeur pays d’APLE, Samleang Seila, a dit que l’enseignement de l’abus sexuel aux enfants comportait un certain nombre de défis, car leur connaissance limitée de la sexualité rend les discussions difficiles.

« Cela peut être très difficile, gênant et déroutant pour les jeunes, et il n’est pas facile d’expliquer ce qu’est l’abus sexuel, mais cela dépend aussi de la technique utilisée », a-t-il dit. « Nous avons découvert que l’utilisation d’images de peluches et de jouets pour montrer les parties du corps fonctionnait très bien lors de nos séances... Nous leur disons ensuite quelles parties du corps ne peuvent être touchées. »

M. Yung, du ministère de l’Éducation, a exprimé les mêmes préoccupations. Il a par ailleurs ajouté que de nombreux enseignants avaient de la difficulté à aborder la problématique de l’abus sexuel avec des enfants qui ne comprennent pas encore réellement la sexualité.

Il a dit que la réalisation d’une étude d’évaluation des impacts était prévue dans les années à venir et qu’elle devrait permettre de mesurer les effets des cours d’éducation sexuelle. « Pour le moment, il est difficile d’atteindre les jeunes. [Le résultat] dépend beaucoup de l’enseignant et de sa capacité à transmettre des messages aux élèves. »

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