Propagation de la rougeole sur fond de couverture vaccinale insuffisante au Tchad

L’Afrique subsaharienne est touchée par une flambée de rougeole qui progresse sans rencontrer beaucoup de résistance, car les agents de vaccination peinent à atteindre la totalité des enfants à risque.

Au moins 34 105 cas ont été signalés depuis début 2014 au Tchad, au Bénin, au Cameroun, en Guinée, au Nigeria, en République démocratique du Congo (RDC) et en République centrafricaine, dont 12 108 cas diagnostiqués en RDC, 8 221 au Nigeria et 4 968 en Guinée.

Depuis janvier 2014, le nombre de cas est en augmentation au Tchad, avec 7 105 cas diagnostiqués depuis le 5 mai et neuf décès signalés, d’après le ministère de la Santé. Selon l’organisation non gouvernementale (ONG) Médecins Sans Frontières (MSF), 70 pour cent des cas signalés concernent des enfants âgés de moins de cinq ans.

La rougeole est une maladie infectieuse extrêmement contagieuse qui se transmet très facilement d’une personne à l’autre. « La principale difficulté est d’arrêter la propagation de l’épidémie », a déclaré Seco Gerard, de MSF Belgique.

L’une des raisons pour lesquelles la flambée est si difficile à enrayer est que le Tchad a une couverture vaccinale insuffisante sur le territoire national, car inégalement répartie dans les districts sanitaires. Les dispositifs de santé sont également insuffisants, et les enfants sont davantage exposés à la maladie à cause des taux élevés de malnutrition chronique qui touchent certaines zones.

La plupart des cas signalés au Tchad – 3 750 à la fin avril – proviennent des quatre districts sanitaires de N’Djamena et de sa périphérie. Depuis, d’autres cas ont été signalés dans au moins 33 des 77 districts sanitaires que compte le pays.

Les autorités tchadiennes ont mis en place une riposte vaccinale, mais l’épidémie n’a pas encore été officiellement déclarée – ce qui permettrait aux organisations internationales d’intensifier leurs efforts pour circonscrire la maladie.

Le gouvernement a pourtant organisé des campagnes de vaccination en collaboration avec des organisations internationales telles que MSF et le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF). En février, une campagne destinée aux enfants âgés de six mois à cinq ans a été lancée dans 15 districts sanitaires à risque, a déclaré Roger Kiamvu, de MSF Tchad. Au total, quelque 780 709 enfants de six mois à neuf ans ont pu être vaccinés.

De février à avril, l’ONG MSF a également soigné des milliers de cas, dans sept centres de santé et deux hôpitaux de la capitale notamment.

Récemment, près de 97 000 rapatriés et réfugiés ont traversé la frontière sud du Tchad, fuyant les violences qui secouent la République centrafricaine. Les travailleurs sanitaires craignent que les cas de rougeole ne se multiplient dans les camps surpeuplés. Des campagnes de vaccination ont été organisées, mais tous les enfants n’ont pas pu recevoir de vaccin, y compris dans l’enceinte des camps. Ainsi, dans le camp de Doyaba situé près de la ville de Sarh et le camp frontalier de Bitoye, par exemple, seuls deux tiers des enfants âgés de six mois à 15 ans ont été vaccinés, d’après l’UNICEF.

Mais quelques semaines après la campagne de vaccination menée dans plusieurs districts, y compris dans les camps, « de nouveaux cas ont été signalés », a déclaré Mme Gerard. En effet, dans chaque district, trop d’enfants passent entre les mailles du filet et ne sont pas vaccinés. Les contraintes logistiques, les routes en mauvais état et les communautés éloignées des centres de santé font partie des facteurs qui entrent en jeu, de même que le manque de fiabilité des données de recensement sur le nombre réel d’enfants dans les districts.

Des occasions manquées

Dans certains cas, les travailleurs sanitaires « perdent des occasions » de vacciner des enfants lorsque ces derniers se rendent dans les centres de santé pour d’autres raisons, a expliqué Mme Gerard. En cause, il y a le manque de vaccins et de personnel qualifié, ainsi que le non-respect de la chaîne du froid.

Comme la croissance démographique n’est pas prise en compte dans les données de recensement, les agents de vaccination « peuvent facilement penser que tout le monde a été vacciné alors qu’en réalité, un ou plusieurs groupes d’enfants ont été oubliés », a déclaré Marie-Thérèse Guigui, coordinatrice médicale au bureau de l’UNICEF pour l’Afrique de l’Ouest, à Dakar. Il suffit d’un seul groupe d’enfants non vaccinés pour favoriser la propagation de l’épidémie, a-t-elle ajouté.

D’après les estimations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la couverture vaccinale contre la rougeole des enfants de moins de cinq ans était de 73 pour cent en Afrique en 2012, alors qu’une couverture de 95 pour cent est nécessaire pour empêcher l’émergence de nouvelles épidémies.

Pour atteindre tous les enfants de chaque district, l’UNICEF doit travailler avec des bénévoles communautaires. En outre, il faut un plus grand nombre d’infirmiers chargés des vaccinations, un développement des moyens de transport, ainsi que des équipements plus performants pour ne pas briser la chaîne du froid utile à la conservation des vaccins.

En effet, les vaccins doivent être conservés entre deux et huit degrés Celsius, afin qu’ils puissent conserver toutes leurs propriétés.

La vaccination est le point d’entrée pour la prise en charge de problèmes de santé plus larges chez l’enfant, a déclaré Mme Guigui. Elle a précisé que les campagnes de vaccination étaient également un moyen d’échanger avec les mères et de leur faire passer des messages relatifs à la santé, à l’hygiène et à la nutrition. « Il ne sert à rien de vacciner un enfant contre la rougeole si l’enfant risque par la suite de souffrir de malnutrition. »

Le gouvernement, en partenariat avec les organisations humanitaires, prévoit de mener de nouvelles campagnes de vaccination contre la rougeole de juin à octobre 2014. Ces campagnes vont cibler 4,3 millions d’enfants âgés de six mois à neuf ans, ce qui représente 37,9 pour cent de la population tchadienne.

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