Craintes pour la sécurité des Afghans attirés sur les lieux du glissement de terrain

Les fonctionnaires afghans et les travailleurs humanitaires s’inquiètent pour la sécurité des personnes attirées par l’aide humanitaire distribuée sur les lieux de la coulée de boue catastrophique qui s’est produite dans le nord-est de l’Afghanistan. Ils signalent que de nouveaux glissements de terrain et inondations risquent de survenir.

La plupart des personnes abritées dans des tentes aux alentours immédiats du lieu de la catastrophe ont reçu des articles humanitaires de première nécessité. Selon Noorkhan Haidari, membre de l’organisation afghane civile et politique Afghanistan 1400, ces distributions attirent maintenant les habitants des villages alentour.

Des affrontements provoqués par la distribution de l’aide ont été signalés.

« Nous quittons maintenant le secteur et la foule se disperse. Des affrontements ont éclaté au sujet de l’aide humanitaire et des tirs ont été échangés », a dit à IRIN un travailleur humanitaire qui a demandé à garder l’anonymat.

« Des combats ont éclaté hier et aujourd’hui et les personnes qui sont le plus dans le besoin ne peuvent rien recevoir », a dit M. Haidari. « Le problème a vite pris une teinte politique et ce sont les notables de certains villages qui reçoivent [l’aide humanitaire]. Nous avons tous l’habitude de travailler avec le gouvernement et nous savons qu’il n’est pas capable de faire face à la situation ».

« Nous devons conduire les gens vers un endroit sûr : un endroit où nous pourrons identifier qui est qui [et] attribuer les articles alimentaires et non alimentaires à ceux qui en ont réellement besoin. Le gouvernement va maintenant devoir chasser les gens, car ils savent que l’aide se trouve ici et ne voudront pas partir. Et tôt ou tard, cette montagne va s’effondrer, cet endroit est dangereux. »

Les rapports initiaux faisaient état d’au moins 2 000 morts dans les glissements de terrain qui ont touché le 2 mai le district d’Argo, dans la province de Badakhchan, au nord-est du pays. Les autorités estiment maintenant que le chiffre définitif est plus proche de 1 000.

« Nous ne connaissons pas la population exacte du village », a dit Fawzia Koofi, députée et militante pour les droits des femmes originaire du Badakhchan. « Mais nous savons que 300 habitations ont été détruites et nous estimons donc que le bilan tourne autour de 1 000 morts – ce qui est déjà un chiffre énorme. »

La coulée de boue s’est produite après des semaines de précipitations qui ont entraîné des inondations dans le nord. Selon les chiffres publiés par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), le nombre total de personnes touchées par les inondations s’élève à 71 000 victimes, dont 159 décès confirmés (victimes de la coulée de boue non comprises).

Dans le district d’Argo, la préparation locale à la gestion des catastrophes n’était pas suffisante pour faire face à une coulée de boue d’une telle ampleur. « Nous avions un plan basé sur nos capacités », a dit à IRIN Aziz Qazi, responsable des relations internationales de l’Autorité afghane de gestion des catastrophes naturelles (Afghanistan Natural Disaster Management Authority, ANDMA). « Mais la catastrophe est extrêmement grande et les pertes sont vraiment énormes ».

« À l’heure actuelle, nous cherchons à éviter de nouveaux dommages. Nous nous entretenons avec les autorités locales et essayons de les informer de ce qu’il reste à faire. »

Choc et stress

La recherche de survivants a été abandonnée le 3 mai. Les forces militaires internationales, les agences des Nations Unies, les organes gouvernementaux et les organisations non gouvernementales (ONG) concentrent maintenant leurs efforts sur la distribution d’eau potable, de nourriture, d’abris et de médicaments.

L’attention se tourne également vers les conséquences de ce traumatisme pour les survivants. « Je vois une centaine de personnes par jour », a dit Mohammad Shahim, médecin pour la Société du Croissant-Rouge afghane. « Nous traitons principalement des blessures physiques causées par le glissement de terrain et des problèmes mentaux tels que le choc, le stress et la dépression. »

Alors que plus de 4 000 victimes déplacées d’Abi Barik reçoivent de l’aide, l’inquiétude augmente concernant d’éventuelles inondations, car la rivière en aval a été bouchée par la coulée de boue.

« La priorité sera de dévier la rivière pour éviter de nouvelles destructions et inondations », a dit Roslyn Boatman, conseillère médias et communications d’Oxfam Afghanistan.

Le 5 mai en soirée, des habitants du secteur ont dit à IRIN que les précipitations incessantes avaient entraîné des inondations et les empêchaient de traverser la rivière.

Lacunes

Noorkhan Haidari, d’Afghanistan 1400, fait partie des 20 jeunes issus des différentes organisations de la société civile afghane participant au Comité de coordination des secours à Argo présents sur le terrain.

D’autres citoyens ordinaires et bénévoles sont eux aussi venus aider. Leur but, ont dit M. Haidari et d’autres, est de combler les lacunes.

« La population a des besoins importants dont le gouvernement ne s’occupe pas », a dit M. Haidari. « Nous avons par exemple rencontré des gens qui avaient besoin d’eau potable et de toilettes ».

« Nous n’avons pas trouvé de toilettes [portables] en plastique à Faizabad [la capitale de la province], alors nous avons engagé des charpentiers pour venir construire trois toilettes bon marché. Nous avons également fait parvenir cinq réservoirs d’eau et les avons installés un peu plus loin, pour que les gens aient accès à de l’eau potable. »

Selon M. Haidari, d’autres fonctionnaires et travailleurs humanitaires parlent de conduire les 1 000 familles de déplacés hors du secteur.

De hauts fonctionnaires ont dit que la catastrophe avait entraîné un niveau de soutien inhabituel de la part de groupes de la société civile de tout le pays. Après avoir collecté 7 millions d’afghanis (125 000 dollars) d’aide humanitaire, un groupe de Pachtounes de Kandahar devrait arriver jeudi (8 mai) pour porter secours au village, dont la majorité des habitants sont tadjiks.

« Le Badakhchan faisant partie de l’Afghanistan, il est de notre devoir d’aider et de ne pas attendre l’aide internationale », a dit Haji Hekmatullah Shadman de l’ONG Shadman Gham, basée à Kandahar.

« Il y a dix ans, nous nous battions les uns contre les autres et maintenant nous devons nous entraider. L’aide que nous apportons est limitée, mais il est important que nous y allions nous-mêmes, que nous nous asseyions avec les habitants et que nous présentions nos condoléances et leur donnions ce que nous avons. »

Après leur visite sur les lieux du glissement de terrain, des fonctionnaires des Nations Unies ont souligné les besoins à long terme des populations déplacées par des catastrophes naturelles, ainsi que la nécessité de prendre des mesures préventives pour l’avenir.

« Nous nous employons actuellement à aider la population à développer des moyens de subsistance et à construire des abris permanents », a dit à IRIN Matt Graydon, responsable médias de l’Organisation internationale pour les migrations. « Des stratégies de développement visant à sortir les habitants de la zone à risques sont essentielles dans ces régions du nord de l’Afghanistan sujettes aux catastrophes. »

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