Le nouveau Coordonnateur de l'aide d'urgence de l'ONU, Sir John Holmes, parle

Le Secrétaire général des Nations-Unies, Ban Ki-moon, a annoncé le 3 janvier 2007 la nomination de Sir John Holmes du Royaume-Uni au poste de Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence. A compter du mois de mars, il se retrouve à la tête du Bureau des Nations Unies pour la Coordination des affaires humanitaires (OCHA) dirigé précédemment par le norvégien Jan Egeland.

Né en 1951 à Preston, dans le nord de l’Angleterre, John Holmes a fait ses études à Preston Grammar School et à Ballial College, à Oxford. Diplomate de carrière depuis 34 ans, il a récemment occupé le poste d’Ambassadeur du Royaume-Uni à Paris.

A la veille de sa prise de fonction, Sir John Holmes a fait part à IRIN de ses priorités, parlé de son parcours professionnel et abordé les relations avec les organisations humanitaires et les donateurs, les critiques dont le CERF, le Fonds central d’intervention d’urgence géré par OCHA, fait l’objet, la réforme des Nations Unies et les problèmes relevant de « l’espace humanitaire ».

Carrière

M. Holmes: « Je n’ai pas une grande expérience dans le domaine de l’action humanitaire et je ne prétends pas en avoir une … mais j’ai travaillé en Inde [où j’ai dirigé le programme d’aide britannique dans les années 90] et, d’une certaine manière, j’ai été confronté aux principes de la morale et de l’urgence humanitaire. Il y a beaucoup de personnes dans le monde qui peuvent se prévaloir d’une grande expérience dans l’action humanitaire, et je pense que je n’aurai pas de difficultés à apprendre vite.

« J’admire le travail réalisé par Jan Egeland et je souhaite poursuivre cette œuvre en la consolidant à ma manière, bien sûr. Mener des actions concrètes sur le terrain, établir de bonnes relations de partenariat avec la Croix-Rouge et les organisations non gouvernementales ; rendre plus efficace la gestion d’OCHA. En général, je suis quelqu’un qui ne mâche pas ses mots. Lorsqu’il faut dire les choses, je n’hésite pas à le faire. Mais je saurai m’adapter en fonction des circonstances.

Les relations avec les ONG

« Certaines ONG ont émis quelques réserves [à propos de ma nomination] ; Le mois dernier, j’ai consacré une bonne partie de mon temps à discuter avec elles à Londres, Genève, New York et Paris. J’ai pris note de leurs préoccupations et je pense que par mon action j’arriverai à leur prouver que je mérite leur confiance – c’est important – car ce n’est pas vraiment ce que j’ai fait jusqu’à présent qui importe, mais ce que je ferai désormais.

Je suis donc prêt à les écouter à travailler avec eux en tant que partenaire ….En revanche, je ne crois pas qu’il soit bien raisonnable de penser qu’on ne peut pas travailler dans l’humanitaire si on n’a pas une expérience dans ce domaine. J’aborde cette mission en ayant une autre expérience, une grande expérience dans le domaine des relations internationales et de la diplomatie, et elle devrait également servir à OCHA ».

Priorités

« Je viens de prendre mes fonctions et il serait bien sûr prématuré de définir toutes les priorités. Avant tout, il nous faut poursuivre les réformes humanitaires déjà engagées. Et il reste beaucoup à faire pour consolider ces réformes et les rendre efficaces. Je veux, bien évidemment, parler du CERF, des « clusters » [coordination thématique], des coordonnateurs humanitaires et de leur rôle sur le terrain …Je pense en effet qu’il reste beaucoup à faire pour rendre OCHA plus performant en termes de gestion du personnel et de qualité de travail ».

Le CERF

« Le CERF est une institution relativement jeune et personne ne peut prétendre qu’elle fonctionne correctement actuellement. Je pense que le Fonds fait un bon travail – c’est ma première impression – en finançant les crises oubliées. Manifestement, les ONG ont quelques problèmes avec le CERF. Elles voudraient pouvoir accéder directement aux fonds. C’est une question que nous pouvons étudier, bien qu’elle pose bien d’autres problèmes. En effet, il y a la question de la transparence sur la destination des fonds et celle de savoir si les donations faites au CERF sont des fonds additionnels ou non. Je pense que ce sont des financements additionnels, mais ce n’est pas l’avis de tout le monde. Donc ce sont des problèmes auxquels je veux m’attaquer au cours des semaines qui vont suivre ma prise de fonction.

« Il y a également d’autres problèmes que nous devons résoudre [avec les donateurs]. Il s’agit notamment de justifier nos besoins de financement, la transparence dans la gestion et la destination de ces fonds. « N’est-ce pas une démarche trop ‘ONU-centrique’ ? Quelle est la place des ONG dans ce débat ? Une série de questions, tout à fait normales, qu’on peut se poser ».

La réforme des Nations Unies et l’espace humanitaire

« Je ne suis pas certain qu’il faille procéder à de grandes fusions entre certaines agences ou certains services des Nations Unies. Manifestement, nous avons besoin de plus de cohérence au sein Nations Unies, mais une de mes préoccupations sera de veiller à ce que l’espace humanitaire soit préservé. Il s’agit en particulier de s’assurer de la bonne cohérence et coordination des opérations des Nations Unies, tout en veillant à bien distinguer leurs prérogatives. C’est un problème dont j’ai souvent entendu parler avant ma prise de fonction, et j’entends l’examiner très sérieusement.

« Il ne s’agit pas simplement de faire la différence entre les opérations civile et militaire, car il ne faut pas perdre de vue que les Nations Unies agissent à la fois comme force de maintien de la paix et médiateur politique, mais aussi comme agence humanitaire. Et ces deux rôles doivent être bien distincts pour éviter toute confusion.

« Nous devons être très clairs et noter que le volet humanitaire doit être traité différemment et répondre aux principes qui ont toujours sous-tendu l’action humanitaire : impartialité, indépendance et neutralité.”

Le Darfour

« Pour mon premier voyage, je me rendrai en Afrique. Le problème le plus urgent, bien évidemment, est la crise du Darfour où, en l’absence de solution politique, les besoins humanitaires sont énormes. [Les conditions humanitaires et l’accès à la région] sont devenus de réels sujets de préoccupation. Je veux aller sur le terrain pour me rendre compte moi-même de la situation ».

Ma mission

« Je veux être un ardent défenseur de la communauté humanitaire. Si je pense que les choses ne se passent pas bien, je le dirai chaque fois que cela sera nécessaire. Par exemple, en cas de catastrophe naturelle ou de crise, notre coordination des opérations humanitaires sur le terrain est-elle efficace …les personnes vulnérables reçoivent-elles de manière efficace et cohérente toute l’aide dont elles ont besoin, quand elles en ont besoin ? C’est sur ces bases que l’on me jugera et que l’organisation sera jugée ».