Le représentant spécial de l'ONU parle des négociations ayant mis fin au différend avec l'ex-Premier ministre

Le représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies en Guinée Bissau, Shola Omoregie, a résolu le différend qui a opposé pendant dix-sept jours le gouvernement à l’éminent homme politique, Carlos Gomes Junior, qui s’était réfugié dans les locaux de la Nations Unies à Bissau.

Président du Parti de l’indépendance de la Guinée Bissau et du Cap vert (PAIGC), l’ex-parti au pouvoir, M. Gomes Junior a servi comme Premier ministre dans le précédent gouvernement. Avant la guerre civile de 1998, c’était un proche allié du Président Joao Bernardo "Nino" Vieira qu’il traite désormais de « bandit et de mercenaire ayant trahi son peuple ».

M. Vieira a été renversé en 1999. Après de longues années d’exil, il est revenu au pouvoir à l’issue du scrutin présidentiel de 2005.

Suite à une succession de violents incidents, notamment le passage à tabac en décembre dernier de Silvestre Alves, un farouche opposant au Président Vieira, et l’assassinat en janvier de l’ex-chef d’Etat-major de la marine, le capitaine Mohamed Lamine Sanha, M. Gomes Junior s’est réfugié dans les locaux des Nations Unies.

M. Sanha était le chef de la junte militaire qui a dirigé le pays de 1999 à 2000 après le renversement du régime de M. Vieira. M. Gomes Junior a accusé le Président Vieira d’être impliqué dans le meurtre de l’ex-chef d’Etat-major de la marine, des accusations qui ont amené le gouvernement à emettre un mandat d’arrêt contre l’ex-Premier ministre.

A la mort de M. Sanha, le 6 janvier, de violents heurts ont opposé des manifestants aux forces de l’ordre à Bissau. Ces affrontements ont fait au moins un mort et une des résidences du Président Vieira a été détruite au cours de ces manifestations.

Lundi, après avoir trouvé une issue favorable à l’affaire Gomes Junior, M. Omoregie a accordé une interview à IRIN. En voici quelques extraits :

IRIN: Qu’est-ce qui s’est exactement passé ?

OMOREGIE: M. Gomes Junior s’est présenté dans les locaux des Nations Unies en expliquant que sa vie était en danger. Lorsqu’un individu me dit qu’il a besoin d’une protection, je fais ce que je peux pour lui venir en aide. Nous lui avons alors offert l’asile politique, mais il n’en a pas voulu. Nous avons alors demandé au gouvernement d’assurer sa sécurité. Les autorités m’ont fait comprendre qu’il pouvait retourner chez lui sans craindre d’être arrêté car elles garantissaient sa sécurité et celle de sa famille. Il a donc été libéré en présence certains représentants du corps diplomatique et si d’aventure il est arrêté, tout le monde le saura. J’ai assuré M. Gomes Junior et le gouvernement de ma disponibilité pour continuer à suivre cette affaire.

IRIN: Pourquoi a-t-il fallu tout ce temps pour résoudre le problème ?

OMOREGIE: J’ai demandé au Président Nino Vieira de régler rapidement ce problème. Mais pendant les négociations, je me suis rendu compte que les ressentiments dans les deux camps étaient très forts.

IRIN: De quel type de ressentiment voulez-vous parler ? Les parties ont-elles des différends d’ordre idéologique, religieux ou ethnique, ou s’agit-il tout simplement d’animosité personnelle ?

OMOREGIE: Je ne peux vraiment pas vous en dire plus, mais ce que je sais, c’est que ce problème montre clairement que la réconciliation nationale n’est pas pour demain. Je ne voudrais pas être alarmiste, mais il y existe encore de sérieux différends qui n’ont pas été résolus. Il faut de la modération.

IRIN: Le rapport du Secrétaire général des Nations Unies devant le Conseil de sécurité en décembre dernier était assez ferme dans la mise en garde contre les risques d’explosion de la situation.

OMOREGIE: Le prochain rapport en mars sera encore plus ferme. Compte tenu des incidents du 6 janvier [qui se son transformés en violents affrontements], le processus de réconciliation pourrait être mis à mal.

IRIN: Mais quel est le fond de ces problèmes ?

OMOREGIE: La pauvreté. Lorsqu’il y a beaucoup de souffrance, la rancœur est grande. Dans ces conditions, prôner la réconciliation et la paix quand les gens ont faim semble irréaliste.

IRIN: Pensez-vous que les engagements pris par les donateurs, lors de la table ronde de novembre dernier, pourraient aider le pays à s’en sortir ?

OMOREGIE: S’ils honorent leur engagement, alors oui, je le pense.