LONDRES, 25 mars 2016
Ben Parker

Responsable de la section Projets d'entreprise  

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L’Assemblée générale des Nations Unies est la coupe du monde de la diplomatie – et la 70ème session a été un grand évènement. Mais quand un pays envoie une délégation importante, cela signifie-t-il qu’il fait preuve d’extravagance ou qu’il joue dans la cour des grands ?

Les Nations Unies viennent de rendre publique la liste des délégations présentes à la réunion organisée à New York l’année dernière et qui ont adopté les Objectifs de développement durables (ODD). IRIN a dressé la liste des pays qui ont envoyé le plus de délégués à la coupe et a comparé ces chiffres au revenu national par habitant de chaque pays. La liste comporte les noms de quelque 7 000 personnes, dont une majorité a pris l’avion et dormi à l’hôtel aux frais des contribuables. 

 

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L’homme politique Ababu Namwamba s’est attiré les critiques de l’opinion kényane pour s’être pris en photo en classe affaire

Des pays relativement pauvres ont envoyé des dizaines de diplomates et de « conseillers » à New York, à grands frais pour leurs contribuables en difficulté. Une délégation est composée de 35 délégués en moyenne. Les Etats-Unis ont envoyé l’équipe la plus importante en effectif : elle comptait 382 représentant politiques, diplomates et conseillers, dont le président Barack Obama. Saint-Christophe-et-Niévès, nation insulaire des Caraïbes, s’est contenté d’envoyer son Premier ministre et cinq diplomates.

 

La délégation bangladaise (qui, exceptionnellement, faisait la part belle aux hommes d’affaires) était forte de 210 membres – la deuxième derrière les Etats-Unis. Le Kenya a envoyé une délégation de 74 membres, dont l’un a reçu une pluie de critiques sur les réseaux sociaux kényans pour s’être pris en photo en classe affaire (photo ci-dessus).

 

Les pays en développement doivent mettre les bouchées doubles pour se faire entendre lors des évènements mondiaux et défendre les intérêts de leurs citoyens, notamment lorsque les discussions portent sur l’inégalité, et le développement économique et social. Venir en nombre est justifié. 

Néanmoins, il semble normal de faire preuve de retenue lorsque le prix d’un billet d’avion se rapproche du revenu national par habitant d’un pays.

Au début du mois, un autre élément du rouage des ODD a été mis en place : les experts ont adopté 230 indicateurs individuels pour assurer le suivi de la mise en œuvre de 17 objectifs et 169 cibles.
 

Il serait peut-être temps d’adopter un 231ème indicateur : l’objectif de diplomatie durable – le respect d’un certain seuil de capacité financière en ce qui concerne l’envoi des délégations aux réunions organisées par les Nations Unies.

Afin d’établir une base de référence pour cet indicateur, nous avons examiné le nombre de délégués pour 1 000 dollars de revenu national par habitant.

Si un pays a un revenu de 10 000 dollars par habitant par an et qu’il envoie 10 délégués, son score sera de 1. D’après cette échelle, le Bangladesh a un score de 194 et Monaco a un score de 0,04.

La liste complète figure ci-dessous : 

 

 

Trop de mesures ?

A New York, les 193 pays membres ont adopté de nouvelles cibles pour s’attaquer à des problèmes allant de la pauvreté à la pollution : les Objectifs de développement durable ont été élaborés pour créer un monde meilleur dans les 15 prochaines années. 

Nous n’en sommes qu’au début, mais le CGD, un groupe de réflexion sur le développement, laisse entendre que seule la moitié environ des 230 indicateurs ont une couverture acceptable des pays ou des méthodologies approuvées, et encore moins les deux. Pire encore, à ce jour, seules 39 de ces cibles numériques disposent de données fiables. Des voix s’élèvent également contre l’accent porté sur la mesurabilité.

bp/ag-mg/amz