Sécheresse en Afrique : les conséquences pour 2017

Obi Anyadike
Rédacteur pour l'Afrique

Les agriculteurs, les commerçants et les consommateurs d’Afrique de l’Est et australe subissent les contrecoups des sécheresses consécutives qui ont brûlé les récoltes et détruit les moyens de subsistance.

La crise, qui est notamment due au phénomène météorologique El Niño, a entraîné une augmentation des taux de malnutrition chez les enfants des zones rurales et provoqué une hausse des prix des denrées alimentaires pour les habitants des villes. Les pertes de bétail et les ventes en catastrophe ont considérablement réduit les actifs des éleveurs. Les petits agriculteurs auront quant à eux de la difficulté à se remettre de la série de mauvaises récoltes qu’ils subissent.

Dans les pires cas, soit ceux où des affrontements empêchent toute culture et réduisent l’accès humanitaire, la famine sévira. Elle ne touche pour le moment que le Soudan du Sud, mais la Somalie pourrait aussi être frappée si les mesures d’urgence faiblissent.

L’augmentation des prix des denrées alimentaires est d’autant plus difficile à supporter qu’elle s’accompagne rarement d’une hausse équivalente des salaires. Et quand la sécheresse est terminée, les prix demeurent souvent obstinément élevés, ont constaté les chercheurs Paul Adams et Edward Paice.

Un certain nombre de pays aux prises avec les effets d’El Niño ont malgré tout enregistré des taux de croissance macro-économique décents, mais, vu l’inflation des prix alimentaires, les citoyens ordinaires ressentent rarement les effets de cette croissance.

Les gouvernements pourraient adopter un certain nombre de mesures pour redresser la situation : améliorer l’échangeabilité de la nourriture, mettre en place des stratégies d’adaptation coordonnées pour faire face au changement climatique, se conformer à l’objectif de l’Union africaine de consacrer 15 pour cent de leur budget à l’agriculture, etc.

« Des innovations miraculeuses ne sont pas nécessaires », selon MM. Adams et Paice. « Il faut d’abord reconnaître la non-viabilité d’une augmentation constante des coûts alimentaires sur l’ensemble du continent africain et le fait que les causes profondes de ce phénomène incombent aux gouvernements, même si les sécheresses et les conflits peuvent aussi entraîner des hausses de prix. »

Vous trouverez ci-dessous une liste de 17 pays qui peinent à se relever après deux années consécutives de sécheresse. Cette année, le nombre de personnes à risque d’insécurité alimentaire dépasse les 38 millions.

 

Angola

Nombre de personnes à risque : 1,2 million

Les régions de Cunene, de Huila et de Namibe, dans le sud du pays, ont été durement affectées. Les greniers se vident peu à peu et les habitants commencent à vendre leurs bêtes. Certains s’inquiètent qu’ils aient de la difficulté à rebondir cette année. Les prix des denrées alimentaires sont élevés et les services offerts par le gouvernement sont limités.

Burundi

Nombre de personnes à risque : 3 millions

Les mauvaises pluies de l’an dernier, le retard d’un mois des récoltes, les prix alimentaires supérieurs à la moyenne et la diminution des revenus agricoles risquent d’affecter les ménages pauvres. Mais l’insécurité alimentaire — qui touche un quart de la population — est aussi causée par la crise économique nationale, qui est elle-même liée aux violences politiques qui sévissent actuellement.

Djibouti

Nombre de personnes à risque : 227 463

Djibouti est l’un des pays les plus arides au monde. Quelque 227 463 personnes sont menacées par l’insécurité alimentaire dans les régions d’Ali Sabieh, d’Obock et de Dikhil, qui sont les plus durement touchées.

Érythrée

Nombre de personnes à risque : + de 450 000

L’ampleur de la crise est difficile à évaluer, car l’Érythrée exerce un contrôle strict sur l’accès humanitaire. Le gouvernement nie l’existence même du problème. L’UNICEF a cependant constaté que la malnutrition avait augmenté au cours des trois dernières années dans quatre des six régions du pays et que les taux dépassaient déjà les niveaux d’urgence. L’UNICEF prévoit d’offrir un soutien nutritionnel à 450 000 enfants cette année, mais cela ne suffira probablement pas.

Éthiopie

Nombre de personnes à risque : 5,7 millions

En 2015-2016, le plus puissant épisode d’El Niño jamais enregistré a donné lieu à une sécheresse extrême qui a plongé 10,2 millions de personnes dans l’insécurité alimentaire. L’année 2017 pourrait être tout aussi difficile, car un nouvel épisode de sécheresse se profile et menace de faire sombrer dans la crise 5,7 millions de personnes supplémentaires. La résilience des agriculteurs et des éleveurs a été mise à rude épreuve l’an dernier et il leur reste très peu de ressources pour faire face à la crise actuelle.

 

Kenya

Nombre de personnes à risque : 2,6 millions

Les mauvaises récoltes généralisées et la détérioration des termes des échanges pour les éleveurs ont affecté les communautés agricoles et agropastorales du nord-ouest, du nord-est et de la bande côtière du Kenya. En 2016, les deux principales saisons des pluies n’ont pas été suffisamment abondantes. Les conflits liés aux déplacements et aux pénuries d’eau semblent de plus en plus fréquents. Quatre millions de personnes pourraient avoir besoin d’une aide d’ici juillet si les grandes pluies n’arrivent pas.

 

Lesotho

Nombre de personnes à risque : 159 959

Quatre-vingt-dix pour cent des personnes ayant besoin d’assistance ont reçu une aide en nature et en espèces. Sans cette aide continue, le Lesotho serait plongé dans une crise de sécurité alimentaire. Grâce aux pluies abondantes de cette saison, toutefois, on prévoit des récoltes moyennes.

Madagascar

Nombre de personnes à risque : 978 000

La production de maïs, de manioc et de riz a chuté de 95 pour cent l’an dernier dans le sud du pays. Quelque 845 000 personnes ont besoin d’une aide immédiate. Parmi elles, 330 000 sont en situation d’urgence alimentaire. Dans l’ensemble du pays, les prix du riz avaient augmenté de 25 pour cent et les prix du maïs avaient doublé à la fin du mois de janvier.

Malawi

Nombre de personnes à risque : 6,7 millions

Après deux années consécutives de sécheresse, 6,7 millions de personnes — la moitié de la population rurale du Malawi — reçoivent une aide alimentaire. En 2016, les prix des denrées alimentaires ont atteint 172 pour cent de la moyenne sur cinq ans. La récolte qui aura lieu ce mois-ci devrait permettre de soulager en partie les besoins. L’aide a en outre réduit la pression sur les marchés et les prix des denrées alimentaires commencent déjà à diminuer. Les revenus des producteurs de cultures commerciales devraient cependant connaître une baisse cette saison vu la réduction de la superficie plantée.

 

Mozambique

Nombre de personnes à risque : + de 2 millions

Trois cent mille personnes supplémentaires auront sans doute besoin d’aide en raison des dégâts causés par le cyclone Dineo. Alors que la sécheresse a épuisé les réserves alimentaires des ménages, l’aide mise en place atteint seulement 45 pour cent des personnes vulnérables. Dineo, qui a frappé la province côtière d’Inhambane le mois dernier, a affecté près de 551 000 personnes et détruit 27 000 hectares de cultures. Une aide alimentaire et des semences sont requises d’urgence.

 

Rwanda

Nombre de personnes à risque : chiffre inconnu

Le Rwanda n’a pas échappé à la sécheresse de l’an dernier. Les médias ont rapporté qu’entre 50 000 et 100 000 familles avaient souffert d’importantes pertes de récoltes, en particulier dans les districts de l’est et du sud du pays.

Somalie

Nombre de personnes à risque : 6,2 millions

La moitié des Somaliens sont confrontés à une insécurité alimentaire aiguë. Parmi eux, près de trois millions ont besoin d’une aide vitale urgente. L’aggravation de la sécheresse a entraîné des pénuries généralisées d’eau et de pâturages pour le bétail. La malnutrition, les maladies liées aux sécheresses et les déplacements sont tous en hausse et des famines pourraient bientôt être déclarées dans certaines régions du pays. L’insurrection d’Al-Shabab complique en outre l’accès aux populations vulnérables.

Soudan

Nombre de personnes à risque : 4,6 millions

Le Soudan est aux prises avec des précipitations imprévisibles et un problème de désertification. L’épisode de 2015 d’El Niño a été particulièrement rude et il a continué de se faire sentir dans l’est du pays en 2016. L’insécurité alimentaire est aussi liée aux conflits, en particulier dans les États du Darfour, du Kordofan méridional et du Nil Bleu.

Swaziland

Nombre de personnes à risque : 638 000

La sécheresse de 2016 a dévasté le Swaziland et plongé environ 638 251 personnes dans l’insécurité alimentaire. Au plus fort de la saison de soudure, les prix des denrées alimentaires de base demeurent élevés. Les prévisions tablent sur des pluies moyennes ou supérieures à la moyenne, mais la productivité des ménages risque d’être plus faible qu’à l’habitude.

Tanzanie

Nombre de personnes à risque : chiffre inconnu

Les médias ont rapporté de mauvaises récoltes et des pertes de bétail. Un haut fonctionnaire de la région de Manyara, dans le nord du pays, a réagi en mettant sur le marché des réserves alimentaires d’urgence. Le gouvernement résiste aux appels en faveur de la déclaration de l’état d’urgence.

Ouganda

Nombre de personnes à risque : + de 390 000

Les stocks alimentaires sont dangereusement bas dans la province du Karamoja, dans le nord-est du pays. Entre juillet et novembre de l’an dernier, 390 000 personnes étaient en situation de crise ou d’urgence alimentaire. Parmi elles, seules 200 000 recevaient une aide. Les conditions sont aussi très mauvaises aux environs d’Arua, dans le nord-ouest. Deux saisons consécutives de mauvaises pluies ont affecté la production dans la majeure partie du pays et les prix des denrées de base augmentent.

Zimbabwe

Nombre de personnes à risque : 4,1 millions

La moitié de la population rurale aura besoin d’une aide alimentaire jusqu’à la fin de la saison de soudure, en mars, en raison des sécheresses consécutives liées à El Niño. La crise est aggravée par le faible pouvoir d’achat de la population locale, la diminution des envois de fonds en provenance de l’Afrique du Sud et les prix élevés des denrées alimentaires. Les précipitations ont été bonnes au cours des deux derniers mois, mais une pénurie d’engrais sévit dans le pays. Une infestation de légionnaire uniponctuée, un insecte nuisible difficile à contrôler, a également dévasté des cultures un peu partout sur le territoire.

Pour une analyse plus approfondie des répercussions du changement climatique sur les agriculteurs et la sécurité alimentaire dans plusieurs pays africains, consultez ce dossier spécial d’IRIN.

oa/ag-gd/ld

PHOTO D’EN-TÊTE : Sadeh Abdihayi s’occupe de ses bêtes dans un établissement temporaire situé à l’extérieur d’Al Bahi kebele, en Éthiopie. CRÉDIT : ©UNICEF Éthiopie/2017/Nahom Tesfaye