Qui a peur de Donald Trump ?

Ben Parker

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Kristy Siegfried

Rédactrice, section Migration

Doit-on s’attendre à ce que l’élection de Donald Trump entraîne une importante réduction ou une réorientation des sommes actuellement accordées aux programmes d’aide américains ? Pour l’instant, les planificateurs des organisations d’aide humanitaire ne sont certains que d’une seule chose par rapport à la présidence future de M. Trump : l’absence de certitudes.

Selon de nouvelles données financières analysées par IRIN, un certain nombre de grandes organisations non gouvernementales (ONG) dépendent pour plus de la moitié de leur budget des subventions qui leur sont accordées par l’État. Plusieurs responsables humanitaires ont par ailleurs confirmé que les organisations qui dépendent fortement des fonds gouvernementaux se sentent particulièrement vulnérables en ce moment.

Tout en haut de la liste se trouve une ONG de développement international, PACT, dont le revenu est financé à hauteur de 98 pour cent par l’État. Les fonds alloués par le gouvernement américain représentent plus de 55 pour cent des revenus d’au moins 10 grandes organisations humanitaires et de secours américaines.

Les budgets annuels du Programme alimentaire mondial (PAM) et du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) sont également financés à hauteur de 40 pour cent par Washington.

Même si l’on ignore encore le détail des futures politiques de l’administration Trump, rares sont ceux qui s’attendent à une augmentation des dépenses américaines en matière d’aide vu l’attitude protectionniste du futur président et la rhétorique dont il a usé pendant la campagne. Certains craignent même qu’il y ait une rupture nette par rapport aux années Obama.

Christopher Lockyear, d’Action Contre la Faim (ACF-USA), a dit à IRIN que son agence, comme plusieurs autres, examinait actuellement les possibilités : « Nous étudions toutes les options. L’un des scénarios possibles, c’est évidemment qu’il y ait une diminution globale [du financement]. C’est le scénario qui nous préoccupe le plus. »

Même si la situation est préoccupante, plusieurs ONG parmi les plus vulnérables tentent de rester optimistes.

« En réalité, nous ne savons pas grand-chose. Je ne vois pas pourquoi nous devrions nous attendre au pire », a dit Bill O’Keefe, vice-président des relations et des interventions auprès du gouvernement de Catholic Relief Services, une grande organisation à but non lucratif américaine.

M. O’Keefe et d’autres responsables d’ONG contactés par IRIN ont souligné leur intention d’établir une relation positive et « éducative » avec les futurs membres du Congrès afin de leur faire voir les avantages de l’aide étrangère des États-Unis et le niveau de soutien national dont elle peut jouir.

Dans une déclaration envoyée par courriel à IRIN, Mercy Corps a dit que l’aide étrangère bénéficiait d’un fort soutien des deux partis au Congrès et que ce domaine, dans lequel les États-Unis jouent un rôle de premier plan, ne devrait pas être abandonné. « Nous espérons que la nouvelle administration profitera de l’occasion pour appuyer énergiquement les programmes d’aide étrangère qui ont permis de réduire les conflits et d’améliorer la sécurité dans le monde », a-t-il dit.

M. Lockyear a cependant admis qu’il y avait beaucoup de spéculations en ce moment.

Ces spéculations concernent entre autres l’identité des personnes qui seront désignées par la nouvelle administration pour occuper certains postes clés dont les titulaires ont une influence marquée sur l’orientation des programmes d’aide. On peut notamment penser aux administrateurs de l’USAID et du Plan d’urgence du président américain pour la lutte contre le sida (PEPFAR), ainsi qu’au directeur principal du développement du Conseil national de sécurité.

« L’héritage républicain en matière d’aide étrangère est relativement important, surtout lorsqu’on pense au PEPFAR et à la Millennium Challenge Corporation, mais on ignore encore ce que l’administration Trump prévoit d’en faire », a dit M. O’Keefe.

Une juste part ?

Selon l’OCDE (le « club des donateurs »), les États-Unis se classent au premier rang des donateurs d’aide publique au développement (APD). Le Service de suivi financier des Nations Unies (FTS) considère également l’Oncle Sam comme le principal donateur d’aide d’urgence. Par rapport à sa richesse, cependant, l’État américain se classe loin derrière d’autres pays avec un score bien en deçà (0,17 pour cent) de la cible de 0,7 pour cent du revenu national établie par les Nations Unies.

Selon une formule établie par les Nations Unies et basée sur la richesse nationale relative, les États-Unis doivent contribuer à hauteur de 22 pour cent au budget du Secrétariat. Les États-Unis – ainsi que d’autres pays riches – versent volontairement de l’argent à certaines agences en plus de ces « contributions obligatoires ».

Dans une analyse exclusive basée sur les données issues de milliers de déclarations de revenus rendues accessibles par le fisc américain (Internal Revenue Service, IRS), IRIN a identifié un certain nombre d’organisations à but non lucratif américaines particulièrement vulnérables aux fluctuations des subventions américaines. 

Le tableau ci-dessus montre 10 grandes organisations actives dans le domaine de l’humanitaire et de l’aide d’urgence dont le revenu annuel dépasse les 5 millions de dollars. Or plus de la moitié de cet argent provient des contribuables américains. La majeure partie est versée par l’USAID et le Département d’État américain, mais les dossiers de l’IRS ne montrent pas la ventilation des sommes. Les données sont issues des milliers de déclarations de revenus d’organisations à but non lucratif ayant été rendues publiques par l’IRS plus tôt cette année. Afin de rendre compte des fluctuations qui peuvent survenir d’une année à l’autre, seules les ONG ayant plus d’une déclaration annuelle de revenus dans les dossiers de l’IRS sont incluses. Les données ont été autodéclarées par les organisations à but non lucratif. IRIN a calculé le revenu moyen provenant de sources gouvernementales pour les années disponibles et l’a comparé avec le revenu total rapporté pour obtenir le pourcentage.

Si vous avez des commentaires au sujet de la méthodologie, écrivez-nous à l’adresse suivante : hello[at]irinnews.org

Recherche supplémentaire sur les données par Emma Supple

(PHOTO DE COUVERTURE : Un projet de culture de café financé par l’USAID au Guatemala. Meredith McCormack/USAID)

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