D’où vient l’électricité de Gaza - analyse

La seule centrale électrique de Gaza produit environ 30 pour cent de l’électricité de la bande ; 10 lignes électriques en provenance d’Israël en fournissent environ 62 pour cent ; et deux lignes en provenance d’Egypte en produisent environ huit pour cent.



La centrale fournit environ 65 MW, et fonctionne à mi-régime depuis que ses transformateurs ont été bombardés par Israël en juin 2006, selon Hamada al-Bayari, responsable de terrain au Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), à Gaza. L’usine fournit environ 40 MW à la ville de Gaza, 10 MW au nord de Gaza et 15 MW au centre de Gaza.



L’unique source de combustible industriel alimentant la centrale électrique est financée par la Commission européenne, dans le cadre d’un programme humanitaire européen du nom de PEGASE, qui englobe différents projets de développement en partenariat avec l’Autorité palestinienne (AP) en Cisjordanie, outrepassant ainsi le Hamas.



Théoriquement, Israël autorise le transfert (contrôlé, sur le terrain, par la société financière Price Waterhouse Coopers) de 2,5 millions de litres de combustible industriel vers plus de 200 points de distribution, à Gaza, chaque semaine, dans le cadre de PEGASE.



« Il faut un minimum de 400 000 litres de combustible industriel par jour pour permettre à la centrale électrique de produire 65 MW », selon M. al-Bayari d’OCHA, et depuis le 12 novembre, seules deux cargaisons de combustible industriel ont été acheminées jusqu’à la centrale (440 000 litres le 24 novembre et 437 000 litres le 26 novembre).



Dix lignes électriques installées entre Israël et Gaza et alimentées par la Société d’électricité israélienne, fournissent environ 120 MW. Deux lignes en provenance d’Egypte fournissent environ 17 MW, mais uniquement à la région de Rafah, dans le sud.



« Israël n’autorise l’acheminement de carburant à Gaza ni par voie maritime, ni par voie aérienne, ni via la frontière égyptienne », selon la Banque mondiale. « Seul un point d’entrée et de sortie, le point de passage frontalier de Karni/Al-Mountar, permet aux Gazaouis d’exporter et d’importer l’ensemble des biens nécessaires pour soutenir une économie de près de 1,5 million de personnes ».



« Soixante-dix pour cent de l’électricité de Gaza circule même lorsque la centrale électrique cesse de fonctionner », a indiqué Shlomo Dror, porte-parole du ministère israélien de la Défense. Toujours selon M. Dror, l’électricité fournie par les 10 lignes israéliennes peut être redistribuée dans des zones normalement alimentées par la centrale électrique de Gaza.



Le réseau électrique de la ville de Gaza est divisé en deux : la moitié de l’électricité provient de la centrale électrique, l’autre moitié est fournie par quatre des 10 lignes israéliennes.



« Les lignes [de la ville de Gaza] peuvent être partagées, mais le transfert de l’électricité est fait en local et manuellement », a expliqué M. al-Bayari. « Des équipes, envoyées par la Société de distribution d’électricité de Gaza, vont dans les rues et règlent manuellement les transformateurs ».



Des conséquences démesurées



« Lorsque la centrale électrique cesse de fonctionner, cela se répercute de manière disproportionnée sur la ville de Gaza, étant donné que la ville reçoit alors moins de 50 pour cent de son approvisionnement normal en électricité », selon Hussein Al-Nabih, directeur de l’Autorité palestinienne de l’énergie et des ressources naturelles (PENRA), un organisme placé sous la direction de l’AP à Gaza.



Environ 45 MW sont fournis chaque jour par les quatre lignes électriques de la ville de Gaza. Or, selon les estimations, la demande journalière devrait grimper en flèche pour atteindre 100 à 110 MW au cours des prochaines semaines, en raison du froid et de la pénurie de combustible, selon M. Al-Nibah.



L’électricité n’étant fournie que pendant des laps de temps limités, lorsque le courant fonctionne, les habitants utilisent tous leurs appareils électriques en même temps : « Lorsque la demande est trop importante pour une ligne, elle se déconnecte ».



Les ingénieurs de la PENRA doivent alors contacter la Société d’électricité israélienne pour la remettre en service, ce qui prend du temps.



Des réparations tardives



« La semaine dernière, il y avait un problème sur une des lignes qui passaient par Khan Younis du côté israélien, et il a fallu 10 jours à la société israélienne pour recevoir un permis de réparation », selon M. Al-Nibah.



Si ce problème se produit du côté de Gaza, la ville ne dispose pas de matériel d’entretien en réserve, et les transformateurs qui distribuent l’électricité sont en outre plus susceptibles de tomber en panne en cas de survoltage.



Les habitants de Gaza achètent leur combustible à usage personnel auprès de Dor Alon, une société israélienne privée, conformément à un accord conclu avec l’AP en Cisjordanie. Le carburant est livré aux distributeurs locaux de Gaza, via des canalisations souterraines, à Nahal Oz, à la frontière entre Gaza et Israël. (Le carburant acheminé par l’UE dans le cadre de PEGASE ne fonctionne pas selon ce système. Il ne peut être utilisé que pour alimenter la centrale électrique, et non pour un usage personnel)



« Cinq semaines se sont écoulées depuis la dernière livraison de diesel ou de benzine [essence] à Gaza », a indiqué Mahmoud Khozendar, président de l’Association des propriétaires de stations de pétrole et de stations-service.



Les tunnels



Environ 100 000 litres de diesel sont acheminés à Gaza, en moyenne, depuis l’Egypte chaque jour, par le biais du réseau de tunnels utilisé pour contourner le blocus israélien, selon M. Khozendar, mais la « société reste paralysée et la qualité [du diesel] n’est pas bonne, ce qui signifie qu’il ne permet pas de faire fonctionner des moteurs de petite taille ».



L’approvisionnement via ces tunnels est extrêmement erratique, et ne suffit pas, loin s’en faut, à répondre aux besoins des particuliers, selon M. Khozendar.



« Aujourd’hui [le 26 novembre], 70 tonnes de gaz de pétrole liquéfié [gaz domestique] ont été livrées, mais les habitants cherchent encore partout pour se procurer du gaz [...] Les fermes avicoles, les boulangeries et l’industrie halieutique périclitent. En attendant, les prix doublent pour une population déjà pauvre ».



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