Aperçu des financements de l’adaptation au changement climatique

Anthony Morland

Rédacteur du projet

Note de l'auteur

Cet article fait partie d’un projet spécial traitant des conséquences du changement climatique sur la sécurité alimentaire et sur les moyens de subsistance des petits paysans au Kenya, au Nigeria, au Sénégal et au Zimbabwe

L’augmentation de la fréquence et de la gravité des sécheresses, des inondations et des tempêtes associées au changement climatique se traduit par une précarisation croissante des moyens de subsistance du demi-milliard de petits exploitants agricoles que compte la planète.

En dépit de la vulnérabilité extrême et généralisée des agriculteurs, pourtant à la base de la sécurité alimentaire de nombreux pays, les ressources mises en œuvre pour les aider à faire face au changement climatique — sous forme de fonds pour l’adaptation — ont longtemps été dérisoires face aux montants alloués à la réduction des émissions de gaz à effet de serre et au développement d’économies à faible émission de carbone.

Les besoins relatifs à l’adaptation des pays en développement exigent plusieurs dizaines de milliards de dollars par an, d’après la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC).

Dans le domaine agricole, l’adaptation consiste par exemple à encourager une utilisation plus rationnelle des rares ressources en eau, à développer des cultures résistantes à la sécheresse, à ériger des ouvrages de protection contre les crues, à construire des routes (afin de faciliter l’accès aux marchés), à mettre en place des systèmes d’alerte précoce et à déployer des régimes d’assurance liés au climat.

Pour en savoir plus sur la façon dont le changement climatique affecte les petits exploitants agricoles et sur leurs moyens d’action, consultez cette brochure du Fonds international de développement agricole des Nations Unies (en anglais).

Alors que le rapport entre les fonds alloués à l’atténuation et ceux destinés à l’adaptation était traditionnellement de 3:1 environ, ces dix dernières années ont été marquées par une hausse du financement de l’adaptation — en particulier avec le lancement opérationnel du Fonds vert pour le climat d’un montant de 10,1 milliards de dollars fin 2015.

L’Accord de Paris, ratifié à l’occasion de la 21e Conférence des parties de la CCNUCC en décembre 2015, a beaucoup contribué à mettre l’accent sur le financement de l’adaptation. Pour une analyse détaillée, reportez-vous aux pages 16 à 25 de ce texte (en anglais).

On dénombre à l’heure actuelle plus de 50 fonds destinés à l’adaptation. Voici un aperçu de certains des plus importants, et des mieux adaptés à la réalité des petits exploitants agricoles :

Fonds vert pour le climat (FVC)

Lancé en 2015 et basé en Corée du Sud, le FVC est aujourd’hui le principal instrument financier de la CCNUCC. Près de la moitié de son enveloppe de 10,1 milliards de dollars est destinée à l’adaptation.

À l’heure actuelle, le FVC finance 43 projets (dont 20 en Afrique) pour un montant total de 2,2 milliards de dollars, et vient en aide à près de 128 millions de personnes avec des initiatives touchant à la protection de l’eau, l’irrigation, la gestion des crues et la climatologie.

Afin de faciliter l’accès à ses fonds, le FVC a prévu une allocation annuelle de jusqu’à un million de dollars par an et par pays destinée à financer l’aide aux demandes de subventions, les prêts et prises de participation et le suivi des projets jusqu’à leur achèvement.

Tout le monde ne peut cependant pas présenter ses idées d’adaptation au FVC et réclamer de l’argent : les candidatures doivent passer par des « organismes accrédités » respectant les normes du fonds, notamment en matière de probité financière et de genre. Ces organismes peuvent être des associations locales, des institutions publiques, des entités régionales multinationales ou des entreprises privées.

Retrouvez ici les détails complets de la procédure d’accès aux financements du FVC, qui peut prendre jusqu’à 11 semaines.

Fonds international pour le climat du Royaume-Uni (International Climate Fund, ICF)

Principal mécanisme de financement du gouvernement britannique en matière d’atténuation et d’adaptation, ce fonds de 5 milliards de dollars est opérationnel depuis 2011 et administré par un conseil composé de fonctionnaires de différents ministères britanniques. L’argent provient essentiellement du budget de l’aide étrangère.

Les ressources de l’ICF transitent par les gouvernements nationaux de pays en développement, des organismes régionaux et divers organes multilatéraux dont la Banque mondiale et la CCNUCC.

Le portefeuille de l’ICF est partagé entre apports de capitaux/prêts concessionnels et subventions. La plupart des contributions à des fonds multilatéraux prennent la forme de capitaux concessionnels. Les prêts sont des instruments essentiellement destinés aux contributions bilatérales.

D’après ses propres résultats, entre sa création et septembre 2016, le fonds a aidé 21 millions de personnes à faire face aux conséquences du changement climatique à travers 29 programmes — un chiffre dont il est prévu qu’il atteigne les 54 millions pendant la durée du fonds.

Programme pilote pour la résistance aux chocs climatiques (PPCR)

Il s’agit d’un guichet de financement pour l’adaptation (d’un montant de 1,2 milliard de dollars) des fonds d’investissement climatiques (FIC). Ces fonds sont dotés d’une enveloppe de 8,3 milliards de dollars et conçus par des pays développés et en développement. Ils sont administrés par des prêteurs multilatéraux tels que la Banque mondiale, les banques asiatique et africaine de développement, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) et la Banque interaméricaine de développement (BID).

Le PPCR travaille en étroite collaboration avec les programmes de développement des pays pauvres, notamment leurs programmes nationaux d’action pour l’adaptation au changement climatique qui offrent un aperçu des besoins nationaux les plus urgents et des stratégies pour y répondre.

À ce jour, le PPCR a approuvé l’affectation de 939 millions de dollars à 58 projets dans 28 pays et deux régions, ciblant quelque 2,8 millions de bénéficiaires. Ces projets devraient attirer 2 milliards de dollars de cofinancement supplémentaires issus d’autres sources.

Fonds pour les pays les moins avancés (FPMA)

Créé en 2001 par la CCNUCC, ce fonds de 1 milliard de dollars est administré par 18 organisations internationales sous l’égide du Fonds pour l’environnement mondial (FEM). Son principal objet est d’aider certains pays en développement à élaborer leurs programmes nationaux d’action pour l’adaptation au changement climatique.

Pour plus de détails sur la procédure de candidature et les critères d’admissibilité, voir ici.

En 2016, le Fonds avait approuvé près d’un milliard de dollars à destination de projets et de programmes dans 49 pays, et levé près de quatre milliards de dollars de financements auprès de partenaires.

Fonds spécial pour les changements climatiques (FSCC)

Le FSCC est un fonds du FEM doté d’une enveloppe de 362 millions de dollars. Complémentaire du FPMA, il est ouvert à tous les pays en développement et finance un éventail d’actions plus large en lien avec le changement climatique en mettant l’accent sur l’adaptation.

Fonds pour l’adaptation

Le fonds pour l’adaptation fait également partie de l’architecture de la CCNUCC. Opérationnel depuis 2001, il finance des projets spécifiques dans les pays en développement les plus susceptibles d’être sévèrement affectés par le changement climatique. Son champ d’action a récemment été étendu pour financer des projets régionaux, le premier étant destiné à améliorer la sécurité alimentaire en Afrique de l’Est.

À ce jour, 417 millions de dollars ont été affectés à 63 projets dans 53 pays.

Le fonds est notamment financé par une partie des recettes du Mécanisme pour un développement propre (MDP). Deux pour cent des recettes dégagées par le MDP au titre des unités de réduction certifiée des émissions vont au fonds. Les autres financements proviennent de bailleurs de fonds gouvernementaux et privés.

Le fonds est supervisé par un conseil composé de 16 membres qui se réunissent deux fois l’an.

L’argent transite par des organismes de mise en œuvre accrédités — nationaux, régionaux et multilatéraux — satisfaisant aux critères du fonds, qui contribuent au développement de projets spécifiques.

Pour plus de détails sur la procédure d’accréditation, voir ici.

En 2014, le conseil du fonds a approuvé un mécanisme d’octroi de petits prêts aux agriculteurs ruraux et autres communautés vulnérables d’Afrique du Sud, afin de les aider à faire face aux conséquences du changement climatique. Il est prévu d’étendre cette approche plus directe à d’autres pays.

Programme d’adaptation de l’agriculture paysanne (ASAP)

L’ASAP est un fonds fiduciaire reposant sur l’octroi de subventions lancé par le Fonds international de développement agricole (FIDA) des Nations Unies en 2012 pour aider les petits exploitants agricoles des 176 états membres du FIDA à accéder aux informations, aux outils et aux technologies susceptibles de les aider à accroître leur résilience au changement climatique et à doper leurs rendements.

Il opère actuellement par l’intermédiaire des gouvernements nationaux de 30 pays en développement, et a permis la distribution de plus de 300 millions de dollars à des petits exploitants agricoles. L’ASAP s’est fixé comme objectif de venir en aide à plus de huit millions d’agriculteurs d’ici 2020.

La procédure d’accès aux fonds de l’ASAP est la même que pour l’ensemble des instruments du FIDA : une proposition de projet est déposée par une instance du gouvernement du pays bénéficiaire, elle est ensuite détaillée avant d’être présentée au comité exécutif du FIDA.

Voir ici pour plus de détails.

Pour connaître plusieurs dizaines d’autres initiatives de financement aux fins de l’adaptation au changement climatique, cliquez ici ou ici (les graphiques sont meilleurs, mais les informations moins à jour).

(PHOTO D’EN-TÊTE : faux billet d’un million de dollars. Simon Davison/Flickr)

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