La sélection d’IRIN : accords douteux, rapports accablants et convois dangereux

Voici la liste des lectures recommandées par IRIN cette semaine : une sélection parmi des articles de recherche, des podcasts, des rapports, des billets de blogues et des articles de fond à ne pas manquer pour rester au fait de l’actualité mondiale en matière de crises.

Les dessous de l’accord UE-Afghanistan pour le rapatriement des demandeurs d’asile

Lors d’une conférence internationale importante organisée à Bruxelles cette semaine, les gouvernements étrangers se sont entendus pour verser 3,75 milliards de dollars à l’Afghanistan au cours des quatre prochaines années. Mais cette aide s’accompagne de conditions. Dans l’accord de migration conclu entre l’UE et l’Afghanistan, par exemple, l’aide est conditionnelle au rapatriement des Afghans ayant fui la guerre et la débâcle économique et réussi à se rendre en Europe, mais dont les demandes d’asile ont été rejetées. Comme on pouvait s’y attendre, l’accord n’a pas été particulièrement bien accueilli dans les milieux politiques afghans. Dans cet article, Jelena Bjelica, de l’Afghanistan Analysts Network, explique les termes de l’accord et décrit les manœuvres politiciennes qui ont eu lieu à la dernière minute à Kaboul pour permettre sa signature.

Un autre rapport accablant sur les soldats de maintien de la paix au Soudan du Sud

Les bataillons chinois et éthiopien de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) ont désobéi aux ordres des Nations Unies leur demandant d’intervenir lors d’une attaque menée par les soldats du gouvernement sud-soudanais contre un camp situé à un kilomètre de là où ils se trouvaient. Un journaliste local a été tué et des travailleurs humanitaires ont été battus et violés. Il ne s’agit là que d’une des révélations d’un rapport publié par le Centre for Civilians in Conflict (CIVIC). Les auteurs du rapport examinent la façon dont les soldats de maintien de la paix sont intervenus lors des combats qui ont fait rage en juillet à Juba, la capitale, entre le gouvernement et les forces de l’opposition. Si certains d’entre eux ont aidé les civils à se mettre en sécurité à l’intérieur des bases des Nations Unies, la performance globale de la mission a cependant été déplorable. Les soldats internationaux sont restés sans rien faire pendant que des femmes se faisaient violer à l’extérieur de leurs bases. Certains ont abandonné leur poste et presque aucun ne s’est aventuré à l’extérieur des bases pour protéger les civils. Les auteurs du rapport ne rejettent cependant pas l’entière responsabilité sur les soldats de maintien de la paix présents sur le terrain. Ils signalent en effet que « bon nombre des difficultés [de la mission] ont été aggravées par le soutien inadéquat du Conseil de sécurité des Nations Unies et du leadership des Nations Unies à New York ».

Derrière le rapport Chilcot

Le rapport accablant de Sir John Chilcot, publié en juillet dernier, démontre que le gouvernement britannique est parti en guerre en Irak en se fondant sur une série de demi-vérités, de déformations des faits et, dans certains cas, de mensonges éhontés. Le résumé du rapport fait à lui seul 150 pages, et nous sommes prêts à parier que peu de gens ont lu les 2,6 millions de mots que compte le document complet. Pas de panique : ce court article, publié par Geoffrey Wheatcroft dans le New York Review of Books, traite des erreurs, des impréparations et des personnalités qui sont à l’origine de l’invasion ayant laissé l’Irak dans une situation si désespérée que personne n’ose faire de prévisions quant à savoir dans combien de temps le pays réussira à s’en sortir. Non, ce n’est pas entièrement la faute de Tony Blair, mais M. Wheatcroft dépeint tout de même l’ancien premier ministre britannique comme un homme politique médiocre qui s’est retrouvé dépassé par la situation et qui a pris de très mauvaises décisions. M. Blair semble pourtant croire qu’il est prêt pour un retour politique : lors d’une interview avec le magazine Esquire, il a laissé entendre qu’il songeait à revenir en politique pour sauver la Grande-Bretagne post-Brexit.

Goldman Sachs et le scandale des fonds libyens

On peut dire que le chaos règne en Libye ces jours-ci. Cet article de Bloomberg Businessweek nous ramène cependant à une période étrange du passé récent, soit en 2008, lorsque Mouammar Kadhafi a abandonné ses armes de destruction massive en échange d’une levée des sanctions et que son pays a recommencé à faire des affaires avec l’Occident. C’est aussi à cette époque que le leader libyen a planté sa tente sur la pelouse de Donald Trump. La Libye avait alors confié une grande partie de ses revenus pétroliers à Goldman Sachs et fait quelques investissements très risqués qui n’ont pas donné les résultats escomptés. Les dirigeants de la Libye post-Kadhafi affirment aujourd’hui que les banquiers libyens ne comprenaient pas ce qu’ils signaient. Un procès est en cours à Londres. Cet article explique toute l’histoire, avec tout ce que cela implique de sushis à volonté, de produits dérivés complexes et de virées pour assister à la comédie musicale du Seigneur des anneaux.

De l’importance d’investir précocement dans l’intégration des réfugiés

Au plus fort de la crise des migrants, en 2015, de nombreux pays européens opéraient en mode urgence et tentaient simplement de fournir un abri et des articles de première nécessité aux nouveaux arrivants. En 2016, à la suite de la diminution du nombre d’arrivées – du moins en Europe du Nord –, l’attention s’est tournée vers la délicate question de l’intégration, et notamment sur les moyens d’aider les réfugiés à intégrer le marché du travail. La plupart des réfugiés souhaitent pouvoir subvenir dès que possible à leurs besoins. Par ailleurs, les pays comme l’Allemagne, avec une population vieillissante et une pénurie de travailleurs qualifiés, ne peuvent se permettre de passer à côté du potentiel qu’ils pourraient représenter sur le marché du travail. Pourtant, lorsqu’on les compare aux autres types de migrants, les réfugiés sont ceux qui ont le plus de difficulté à trouver des emplois appropriés. Un nouveau rapport publié par le Migration Policy Institute explique pourquoi les pays devraient investir plus tôt dans des politiques d’intégration sur le marché du travail comme l’évaluation des compétences et la formation, la reconnaissance des diplômes étrangers et les mesures destinées à encourager les employeurs à embaucher des réfugiés, notamment par le biais d’incitations ou d’un allégement des formalités administratives.

Une publication d’IRIN :

Le problème des convois humanitaires

Jeudi dernier, l’envoyé spécial des Nations Unies pour la Syrie Staffan de Mistura a dit à des reporters à Genève qu’il était prêt à escorter personnellement les combattants rebelles à l’extérieur des quartiers de l’est d’Alep si cela pouvait permettre de sauver les quelque 275 000 civils qui y sont coincés. Sa remarque était un geste politique et symbolique plus qu’une tentative réaliste de surmonter l’impasse. La semaine dernière, notre rédactrice Moyen-Orient Annie Slemrod et notre responsable des projets d’entreprise Ben Parker se sont intéressés à une autre question hautement symbolique et politique qui concerne la Syrie : les convois humanitaires. À la suite de la frappe qui a tué au moins 20 travailleurs – des employés du Croissant-Rouge arabe syrien, pour la plupart –, ils se sont interrogés à savoir si « ces convois, orchestrés avec soin, suivis avec angoisse et qui sauvent parfois des vies, sont-ils le meilleur moyen d’apporter de l’aide à une population désespérée ? » Un examen des données révèle que les convois interorganisations destinés aux zones assiégées ou difficiles d’accès représentent moins de 10 pour cent de l’aide acheminée. Cela signifie-t-il que les funestes convois comme celui d’Alep sont largement symboliques ? Ne font-ils qu’« alimenter la machine politique avec du sang, de la sueur et des larmes humanitaires », comme l’a dit un analyste ? Y a-t-il d’autres options viables ?

À venir :

Événement de lancement d’IRIN – Genève, le mercredi 12 octobre

Cette semaine, nous ouvrirons officiellement les portes de notre nouveau siège à Genève. En janvier 2015, après près de 20 ans dans le giron du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), IRIN est devenu une entreprise médiatique indépendante. En 2016, nous sommes devenus une association basée en Suisse.

L’événement réunira des ambassadeurs, des hauts représentants des Nations Unies et d’ONG, les membres du tout nouveau comité exécutif d’IRIN et quelques-uns de nos journalistes pour une discussion sur le rôle des médias à une époque de crises sans précédent ; une présentation de notre toute nouvelle unité d’investigation ; et une exposition de tirages de nos photographes en première ligne. L’ambassadeur Valentin Zellweger, le représentant permanent de la Suisse auprès des Nations Unies à Genève ; Olivier Coutau, le délégué à la Genève internationale ; et Yves Daccord, le directeur général du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) feront partie des intervenants. Consultez le programme complet et/ou inscrivez-vous au webcast.

 (PHOTO DE COUVERTURE : Des Afghans entament leur voyage vers l’Europe sur une route de la province afghane de Nimroz, près de la frontière iranienne. Crédit : Jim Huylebroek/IRIN)

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