Sommet des Nations Unies sur la migration : beaucoup de bruit pour rien

Kristy Siegfried

Rédactrice, section Migration

Une partie importante de Manhattan a été pratiquement paralysée plus tôt cette semaine lorsque des milliers de délégués, de représentants des médias et de leaders du monde entier – ainsi que leurs accompagnateurs – ont convergé vers le siège des Nations Unies pour participer au sommet sur les réfugiés et les migrants. Les résultats de l’événement de lundi, pourtant très attendu, sont cependant décevants. Le texte adopté – la Déclaration de New York – avait déjà été rendu public il y a plus d’un mois et avait été largement présenté comme un document édulcoré peu contraignant pour les États membres.

Comme on s’y attendait, des discours ont été prononcés. Beaucoup de discours. Chacun leur tour, les ministres des États membres ont appelé à un meilleur partage des responsabilités en ce qui concerne les réfugiés, à l’accroissement des droits des migrants, à l’amélioration de l’éducation des enfants réfugiés et à l’augmentation des sommes allouées à l’aide humanitaire. Quelques pays ont annoncé la création de places de réinstallation supplémentaires et de bourses d’études potentielles ainsi que la mise en place de nouvelles initiatives pour offrir de meilleures perspectives d’emploi aux réfugiés et aux migrants. Mais le statu quo n’a pas vraiment été remis en question et le plus grand espoir offert par le sommet est l’adoption potentielle, en 2018, de deux pactes mondiaux offrant la possibilité d’un changement plus fondamental – l’un sur les réfugiés et l’autre sur la migration.

Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), l’adoption de la Déclaration de New York par 193 États membres est un événement historique. Le Haut-Commissaire, Filippo Grandi, a dit qu’il s’agissait d’un « engagement politique d’une force et d’une résonance sans précédent » qui comblerait « une lacune dans le système international de protection des réfugiés en permettant un réel partage de la responsabilité des réfugiés ».

Peu de commentateurs semblaient partager cette impression, mais la plupart ont malgré tout applaudi le fait que les leaders mondiaux s’étaient réunis au plus haut niveau pour aborder le problème des réfugiés et des migrants. « Cela ne doit pas être sous-estimé », a dit Alexander Betts, directeur du Centre d’études des réfugiés de l’Université d’Oxford, qui considère malgré tout l’événement comme une occasion en grande partie ratée ayant simplement permis aux leaders mondiaux de remettre à plus tard des réformes nécessaires et urgentes du système mondial de protection des réfugiés.

Pourquoi attendre deux autres années ?

« Ce que j’ai du mal à accepter là-dedans, c’est qu’on puisse avoir une foi aveugle dans le fait que la déclaration conduira automatiquement à l’adoption de deux pactes mondiaux qui entraîneront à coup sûr des changements opérationnels par le biais de plans d’intervention globaux », a dit M. Betts à IRIN. « Pourquoi faut-il emprunter des voies indirectes pour en arriver là ? Nous aurions dû trouver des solutions ici et maintenant. » 

« Nous nous demandons évidemment en quoi ce plan il sera différent des interventions habituelles », 

« Ce sommet ne nous a définitivement pas donné les solutions dont le monde avait besoin », a convenu Josephine Liebl, conseillère en politique humanitaire auprès d’Oxfam. « Mais il a au moins permis de créer un document que nous pouvons citer en exemple aux gouvernements et sur lequel nous pouvons nous appuyer pour faire pression sur eux. »

Les pactes mondiaux seront élaborés au cours des deux prochaines années, même si on ignore encore de quelle façon cela sera fait. On s’attend cependant à ce que le HCR commence, d’ici la fin de l’année, à mettre en oeuvre un plan global d’intervention (Comprehensive Refugee Response Framework) pour juguler la crise des réfugiés.

« Nous nous demandons évidemment en quoi ce plan il sera différent des interventions habituelles », a dit Mme Liebl.

Jeff Crisp, ancien chef du service de l’évaluation et de l’élaboration de la politique au HCR, se demande également si le cadre représente une approche véritablement nouvelle. « Le [cadre] est essentiellement une synthèse d’idées existantes, dont certaines sont relativement nouvelles, comme [l’importance de] répondre aux besoins des communautés d’accueil dès le début d’une situation d’urgence impliquant des réfugiés, et d’autres sont sur la table depuis un bon moment déjà, notamment [la nécessité de] s’assurer de l’implication des agences de développement », a-t-il dit.

Les sommets vus du Sud

Des voix des pays du sud ont fait remarquer que depuis plusieurs décennies, les pays du continent africain et d’ailleurs accueillent la majorité des réfugiés du monde sans que le monde industrialisé en fasse de cas ou manifeste un quelconque intérêt.

« C’est une discussion très nord centrique. C’est parce que les réfugiés et les migrants atteignent l’Europe que le problème est considéré comme une crise et que les États s’entendent pour organiser ce genre de sommet », a dit Roshan Dadoo, directrice du Consortium pour les réfugiés et les migrants en Afrique du Sud. « Le problème, c’est que le groupe de l’Afrique est plutôt faible et qu’il ne pousse pas aussi fort que les autres. Il finit par devoir gérer les flux de population vers les frontières de l’Europe, qui semblent par ailleurs se décaler de plus en plus vers le sud. » 

« C’est un gros spectacle, ici, mais sur le terrain les gens souffrent », a dit Milka Isinta, coprésidente du Réseau panafricain pour la défense des droits des migrants, basé à Nairobi, s’adressant à un petit groupe de manifestants qui se sont réunis mardi matin devant le siège des Nations Unies.

« Le Kenya accueille des réfugiés depuis plus de 30 ans et les pays riches ne veulent assumer aucune responsabilité », a-t-elle dit à IRIN par la suite. « Les pays développés doivent faire beaucoup plus d’efforts. »

Quid des migrants ?

La majorité des leaders présents ont profité du sommet des Nations Unies et du sommet des leaders sur les réfugiés, convoqué mardi par le président Barack Obama, pour souligner ce qu’ils font déjà pour soutenir les réfugiés plutôt que pour annoncer de nouvelles initiatives.

L’administration qui succédera à Obama devra assurer le suivi des nouvelles promesses ayant été formulées lors du sommet des leaders. Or il se peut que celle-ci considère davantage les réfugiés comme une menace sécuritaire que comme une priorité.

En dépit de l’objectif commun déclaré du sommet des Nations Unies sur les réfugiés et les migrants, quelques pays ont fortement laissé entendre que « si nous voulons aider les réfugiés, nous devons empêcher les migrants d’entrer », a signalé Mme Liebl.

Lors d’un discours prononcé devant l’Assemblée générale, la Première ministre britannique Theresa May a révélé sa position en listant tout ce que le Royaume-Uni avait fait pour soutenir les réfugiés syriens, puis en faisant référence au « mouvement sans précédent de personnes en quête de meilleures opportunités économiques » pour justifier un renforcement des contrôles aux frontières.

« Les pays doivent être capables d’exercer un certain contrôle sur leurs frontières », a-t-elle dit. « L’absence de contrôle érode la confiance du public, encourage la criminalité internationale, fait du tort à l’économie et réduit la disponibilité des ressources pour ceux qui ont réellement besoin de protection. » 

M. Betts a signalé que le HCR n’avait pas fait grand-chose pour défendre les besoins de protection de ceux qui ne peuvent pas prétendre au statut de réfugié. « Le HCR n’a pas souhaité parler de ces personnes », a-t-il dit. « Un haut responsable de l’organisation a dit qu’ils ne voulaient pas brouiller la frontière entre réfugiés et migrants parce que cela risquait de créer une certaine confusion entre le mandat du HCR et celui de l’OIM [Organisation internationale pour les migrations]. »

M. Betts s’est montré généralement critique face à ce qu’il décrit comme le manque « d’intention visionnaire et de leadership proactif » des Nations Unies.

« Je suis conscient qu’il y a des contraintes politiques et que la position du HCR est particulièrement difficile dans le climat politique actuel, mais je crois que ce qui manque réellement – et ce qu’il faut adopter de toute urgence –, c’est une vision de ce à quoi devrait ressembler ce système mondial de protection des réfugiés. Cette vision doit être proactive, et non réactive, et elle doit venir du système des Nations Unies. »

En l’absence d’un tel leadership, a-t-il ajouté, il ne reste plus qu’à espérer que les organisations de la société civile, le secteur privé et une poignée de gouvernements parmi les plus proactifs trouvent un moyen de « contourner le système ».

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