Quel pays africain a le plus de difficulté à lutter contre les mouvements rebelles ?

Le Nigeria et le Kenya affichent des performances médiocres

Obi Anyadike
Rédacteur pour l'Afrique

Au Nigeria et au Kenya, l’appréciation publique des efforts déployés par les gouvernements pour lutter contre les violences djihadistes est faible et les citoyens ont une mauvaise opinion des forces de sécurité qui sont censées les protéger. Ce sont les conclusions qui ressortent d’un rapport basé sur une série de sondages et publié la semaine dernière par Afrobaromètre, un réseau de recherches panafricain.

Le Nigeria et le Kenya sont tous deux aux prises avec de violentes insurrections, mais seulement quatre citoyens sur 10 soutiennent les efforts du gouvernement pour lutter contre les rebelles. Ce résultat tranche avec les taux d’approbation élevés enregistrés dans d’autres pays de la région également confrontés à des menaces sécuritaires, notamment le Niger (96 pour cent), l’Ouganda (83 pour cent) et le Cameroun (81 pour cent).

Les sondages ont été réalisés dans 36 pays à la fin de 2014 et au début de 2015. Afrobaromètre a mené des entretiens face à face dans la langue choisie par le répondant. La marge d’erreur maximale est de +/-3 pour cent.

Les sondages ont révélé que les citoyens du Nigeria et du Kenya étaient insatisfaits de la performance de leur gouvernement en ce qui concerne la lutte contre Boko Haram et Al-Shabab. Ils ont par ailleurs établi l’existence d’un fort sentiment de méfiance envers les forces de sécurité.

Parmi tous les pays dans lesquels des sondages ont été réalisés, le Nigeria et le Kenya sont ceux où la confiance de la population envers les forces de police est la plus faible (21 et 36 pour cent respectivement). Par comparaison, près de neuf citoyens nigériens sur 10 ont dit qu’ils faisaient confiance aux forces de police.

Le Nigeria est encore en bas de la liste en ce qui concerne la confiance du public envers les forces armées. Seulement 40 pour cent des répondants nigérians ont dit qu’ils faisaient confiance à leur armée. Le niveau de confiance envers les militaires s’élève à 68 pour cent au Kenya.

En comparaison, 86 pour cent des Sénégalais et 82 pour cent des Tanzaniens ont dit considérer leur armée comme fiable.

Mise en garde

« Le contexte est très important », a dit Rorisang Lekalake, coauteure du rapport. « À l’époque [des sondages], il y avait beaucoup d’attaques au Nigeria et au Kenya. Au Nigeria, la situation était si précaire que nous n’avons pas pu effectuer les sondages dans trois États du Nord. »

Quarante-cinq pour cent des Kényans et 39 pour cent des Nigérians ont dit que la sécurité était leur principale préoccupation. Mais ce sont les citoyens de l’île Maurice, un petit pays à revenu moyen, qui se sont dits les plus préoccupés (48 pour cent), suivis de près par ceux de la Tunisie (47 pour cent).

Seulement 10 pour cent des Ougandais se sont dits inquiets, et ce, malgré l’insurrection relativement récente de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA, selon le sigle anglais). Les Sierra-Léonais se sont montrés carrément optimistes : 3 pour cent seulement ont mentionné la sécurité comme étant l’un des principaux problèmes du pays.

Les résultats des sondages varient beaucoup d’une région à l’autre. Les habitants des États du nord du Nigeria, la région d’origine de Boko Haram, se sont montrés plus critiques envers les efforts du gouvernement pour lutter contre l’extrémisme que les habitants de la moitié sud du pays, a dit Mme Lekalake. Fait révélateur : plus d’un tiers des répondants croyaient que « tous » les citoyens musulmans ou « la plupart » d’entre eux soutenaient les groupes extrémistes (le nord est à majorité musulmane).

En 2014, au moment du sondage, Boko Haram s’était emparée de plusieurs villes du nord du pays. L’armée nigériane, sous-équipée et mal dirigée, était démoralisée et en mauvaise position. Dans le sondage, les Nigérians ont accusé les autorités gouvernementales, les parlementaires et l’armée – tous les acteurs détenant un certain pouvoir, finalement – d’être responsables des victoires de Boko Haram.

Comme on pouvait s’y attendre, le président Goodluck Jonathan a été défait lors du scrutin de 2015. C’était la première fois qu’un président sortant perdait une élection.

Des résultats influencés par la politique

Au Kenya, l’appréciation des efforts du gouvernement pour lutter contre l’insurrection est particulièrement élevée dans la province centrale (niveau d’approbation de 79 pour cent), la plus grande circonscription politique, et particulièrement faible dans la province nord-est (12 pour cent), qui partage une frontière avec la Somalie et qui a été fortement touchée par les attaques d’Al-Shabab et la campagne de sécurité.

Le soutien accordé à l’intervention militaire kényane en Somalie est bien supérieur à 50 pour cent dans l’ensemble du pays (il s’élève à 80 pour cent dans la province centrale). Avec un taux d’approbation de 31 pour cent, la province nord-est fait figure d’exception.

L’intervention a été lancée pour mettre un terme aux raids transfrontaliers, mais Al-Shabab s’en sert pour justifier ses attaques continues, notamment celles menées contre le centre commercial de Westgate et l’université de Garissa qui, ensemble, ont fait 215 victimes. Les deux tiers des Kényans ont pourtant dit que l’intervention « était nécessaire malgré les problèmes terroristes qui en ont résulté ».

Qu’est-ce que les citoyens souhaitent que leur gouvernement fasse ?

Au Nigeria, les répondants au sondage ont cité les priorités suivantes : le renforcement de la réponse militaire (44 pour cent) ; la création d’emplois (34 pour cent) ; la collaboration avec les chefs religieux (17 pour cent) ; ainsi qu’un éventail d’approches comprenant notamment l’amélioration de la gouvernance et l’engagement de la communauté.

« Le Nigeria a une longue histoire d’extrémisme violent », a dit Mme Lekalake à IRIN. « Même au niveau de la communauté, les gens prennent conscience que l’intervention militaire ne peut pas être la seule réponse, et que ce n’est pas nécessairement la meilleure réponse. »

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