Les Nations Unies reconnaissent l’échec du largage d’aide humanitaire par voie aérienne en Syrie

L’organisation explique que les largages ne sont envisageables qu’en dernier recours et réclame un accès par voie terrestre

Annie Slemrod

Rédactrice Moyen-Orient

Dix des 21 palettes contenant des vivres « ont dérivé et n’ont pas encore été retrouvées », a indiqué le PAM dans une déclaration adressée par courriel à IRIN jeudi.

Quatre palettes ont atterri « à l’intérieur ou à proximité de la zone de largage et ont été endommagées car les parachutes ne se sont pas ouverts, et sept autres palettes ont atterri dans des zones inaccessibles ».

Mercredi, Stephen O’Brien, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence des Nations Unies, a déclaré au Conseil de sécurité des Nations unies que le PAM avait largué une aide humanitaire sur Deir ez-Zor – quelque 200 000 personnes vivent assiégées dans cette ville contrôlée par le gouvernement, mais encerclée par l’Etat islamique.

Peu de temps après la déclaration de M. O’Brien, le PAM a annoncé que l’opération avait connu des « difficultés techniques », et des militants présents dans la ville ont dit à IRIN que les containers avaient été endommagés ou avaient atterri dans des zones inaccessibles.

Le largage aérien de mercredi s’est fait à une attitude élevée pour une opération de ce genre, comme le PAM l’a expliqué à IRIN : « L’équipage de l’avion est très expérimenté et a déjà fait de nombreux largages, mais c’était leur premier largage à haute altitude en Syrie (7 000 mètres) et ce genre d’opération n’est pas sans risque ».

Avant les récents pourparlers menés par les Etats-Unis et la Russie en vue d’obtenir un cessez-le-feu partiel et un meilleur accès humanitaire, les organisations d’aide humanitaire avaient écarté la possibilité de recourir à des largages aériens, car ces opérations sont difficiles, même une faible altitude. Mais la Russie effectue des largages d’aide dans les parties de Deir ez-Zor contrôlées par le régime, et les forces du président syrien Bachar el-Assad acheminent de l’aide par avion dans les régions souhaitées. 

L’agence alimentaire des Nations Unies a souligné les difficultés des largages aériens. « Le PAM savait que ce serait une opération compliquée », a-t-elle déclaré, avant d’ajouter qu’elle « tentera à nouveau d’acheminer de l’aide aux personnes dans le besoin dans la ville de Deir ez-Zor, et ce dès que possible. Nous sommes déçus que les personnes qui attendaient avec impatience de recevoir de la nourriture ne l’aient pas eue ».

Les largages ne sont envisageables qu’en dernier recours, a expliqué l’agence, l’accès terrestre étant plus pratique et moins onéreux. Mais il peut y avoir des problèmes d’accès terrestre – d’après les Nations Unies, seules 10 pour cent de ses demandes relatives à l’envoi de convois d’aide dans les zones difficilement accessibles ou assiégées avaient été acceptées en 2015. Certaines zones assiégées ont reçu davantage d’aides grâce à l’accord négocié le 12 février dernier par le Groupe international de soutien à la Syrie. Cet accord avait aussi pour objectif d’obtenir un « arrêt des hostilités ».

Le PAM a indiqué que 2 500 personnes auraient de la nourriture pour un mois grâce au largage aérien effectué hier, et que les colis contenaient de l’huile végétale, des lentilles, du riz et du sel.

 « En tant qu’organisation humanitaire, nous devons saisir toutes les occasions d’atteindre les personnes qui ont faim dans les villes assiégées et difficilement accessibles de la Syrie », a dit le PAM. « A situation désespérée, mesure désespérée ».

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