Les pénuries alimentaires et les menaces de sécurité au Caire

Il est 6 heures du matin et Rida Mansur sent qu’elle est en retard. À 57 ans, cette mère de cinq enfants doit se rendre tôt au marché de légumes pour acheter de la nourriture pour sa famille avant qu’il n’y en ait plus. Mais aujourd’hui, elle n’a pas eu de chance : elle n’a pu obtenir que quelques tomates et concombres à des prix exorbitants.



Depuis le 28 janvier, l’imposition de couvre-feux nocturnes vient aggraver le problème de Mme Mansur en limitant ses possibilités de se rendre au marché. Il est également plus difficile pour les fermiers d’amener leurs produits au marché.



Au cours des derniers jours, il n'est plus rare de voir de longues files d’attente à l’extérieur des supermarchés, des boutiques de marchands de légumes et des boulangeries qui vendent du pain subventionné. Mme Mansur a tenté en vain de mettre la main sur un poulet. On rapporte par ailleurs des cas de stockage de nourriture et d’augmentation des prix.



Le nouveau Premier ministre égyptien Ahmed Shafiq a dit que sa priorité était d’assurer l’approvisionnement régulier en produits alimentaires essentiels, et le ministre de la Solidarité sociale Ali Moselhi a indiqué que l’Égypte disposait de suffisamment de stocks de blé. De telles annonces ne semblent cependant pas avoir fait diminué les files d’attente devant les boulangeries et autres commerces.



Risques sanitaires



Selon le gouvernement, les hôpitaux ont atteint leur capacité maximale d’accueil, mais les habitants ignorent ce qu’il en est réellement. La télévision égyptienne a montré un habitant du Caire qui tentait en vain d’obtenir une ambulance pour emmener son père, un homme d’un certain âge, pour un traitement de dialyse rénale.



La fille aînée de Mme Mansur est enceinte de huit mois et demi. Elle doit accoucher d’un jour à l’autre, mais son médecin lui a dit qu’il ne pourrait pas se rendre à l’hôpital parce que les « violences liées aux manifestations » rendaient les rues du Caire dangereuses.



« Le médecin m’a dit que j’aurais besoin d’une césarienne, mais le temps presse. Ça peut devenir dangereux », a dit Fatma Sayed, 31 ans.



La fermeture des banques vient aggraver sa situation. En effet, même si elle choisit de subir l’opération dans un établissement privé, elle ne pourra pas obtenir l’argent nécessaire.



« Seul Dieu sait ce qui va se produire dans les jours à venir...Tout s’est arrêté. Si les manifestants peuvent le tolérer, d’autres en sont incapables ».



De nombreuses personnes s’inquiètent de l’évasion présumée de milliers de détenus pendant la période du chaos. On raconte que des voleurs armés attaquent les gens chez eux. À l’instar de plusieurs commerces, le Musée égyptien, qui contient des milliers de reliques et de pièces irremplaçables, a été pillé.



Assurer soi-même sa protection



Le plus jeune fils de Mme Mansur, Mohamed, 20 ans, a décidé de faire quelque chose contre la menace que représentent les voleurs qui maraudent dans le quartier de Sayeda Aisha, dans le sud du Caire. Avec sa famille et ses voisins, il a créé une équipe de gardiens.



« Nous devons rester éveillés toute la nuit pour éloigner les vandales. Sinon, ils nous attaqueront et prendront tout ce que nous avons ».



Mohamed se réjouit de pouvoir participer à la défense de sa famille et de ses voisins en l’absence de la police, mais il doit malheureusement s’absenter du travail pour le faire. Il dit qu’il ne peut pas aller travailler parce qu’il doit dormir.



« J’ai dû choisir entre le travail et la sécurité...Nous ne faisons pas ça pour protéger les propriétés des pilleurs, mais pour protéger des vies. Voilà pourquoi il est si important de rester éveillé toute la nuit, » a-t-il expliqué.



L’impossibilité de travailler de Mohamed prive sa mère des 10 livres (1,5 dollars) qu’il lui donnait chaque jour pour contribuer au budget familial.



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