Les griefs et les aspirations des manifestants

Des manifestations importantes ont eu lieu partout en Egypte depuis le 25 janvier et ont provoqué des morts et des blessés, des pénuries de nourriture et d’essence et un véritable chaos dans les transports. Au Caire, IRIN a interviewé à propos de leur vie quotidienne des manifestants qui réclament un changement de régime. Voici quelques extraits :



Nermeen Khafagy, 41ans, archéologue, tient une pancarte où est marqué “Moubarak doit s’en aller”, et dit qu’elle est une activiste politique depuis l’époque où elle était étudiante : Je participe à la manifestation à cause de la corruption, du chômage et de la pauvreté ambiants. La façon de gouverner de Moubarak a ouvert la voie à la pauvreté de la majorité [des Egyptiens] et étendu la corruption à tous. Notre système éducatif est en train de se détériorer sévèrement. L’eau que nous buvons est contaminée. La vie des agriculteurs a été détruite par les politiques inadaptées du gouvernement. Les monopoles ont eu des effets néfastes sur l'économie du pays.



Nous voulons un gouvernement civil, pour remplacer le régime militaire de Moubarak. Nous voulons un changement constitutionnel qui mène à des élections présidentielles et parlementaires honnêtes. Nous voulons une réforme de l’éducation. Nous voulons une réforme de la santé. Quand les réformes seront appliquées, il fera bon vivre dans notre pays.



Il s’agit d’une révolution et les révolutions impliquent toujours des gains et des pertes. Certes, il y aura peut-être une hausse des prix. Pour beaucoup de gens, assurer les besoins fondamentaux ne sera pas sans difficultés, mais la crise a rapproché les Egyptiens…



Mohamed Anwar, 62 ans, menuisier : J’ai quatre fils et je ne suis pas capable de les nourrir. Deux d’entre eux sont mariés, mais les deux autres ne peuvent pas se marier, parce qu’ils ne trouvent pas de travail. Si je suis à cette manifestation, c’est pour mes deux fils. Les prix sont très élevés, et les salaires très bas. Le gouvernement ne nous accorde rien…Je travaille avec des gens très riches, mais ils ne respectent pas mes droits.



Le gouvernement a opprimé le peuple. Nous voulons la stabilité. C’est vrai, il y a des hausses des prix. Je travaille très dur, mais je ne peux pas vivre avec dignité.



Fatima Ali, 25 ans, étudiante en pharmacie : C’est mon pays. Je veux qu’il change. Je ne veux pas de corruption. Mon père a travaillé dans le secteur pétrolier pendant 24 ans. Quand il a pris sa retraite, le gouvernement lui a donné une pension de 200 livres égyptiennes (34 dollars). Le gouvernement a permis aux leaders du monde des affaires de saigner les pauvres à blanc. Dans notre pays, la corruption reste impunie. Un homme d'affaires qui avait importé du sang contaminé n’a pas été poursuivi. D’autres hommes d'affaires qui ont commis des crimes n’ont jamais été punis. Le parti au pouvoir confère l’immunité à ses membres, de façon à ce qu’ils puissent commettre leurs crimes et rester impunis. Les policiers sont corrompus.



Un gouvernement provisoire doit prendre le pouvoir et des élections devraient donner à la population la chance de choisir son président.



Ce ne sont pas les manifestations qui ont fait monter les prix. Le vide créé par le départ des policiers a été comblé par les citoyens ordinaire égyptiens eux-mêmes.



ae/cb/bp – og/amz