Tirer le meilleur parti des cinq prochaines années

Dix ans après l’adoption des huit Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) par les dirigeants mondiaux, aucun consensus n’a été ébauché sur l’impact que ces objectifs ont eu sur la pauvreté dans le monde.



Les universitaires, les décideurs, les acteurs de la société civile et le personnel d’aide au développement qui se sont réunis à Johannesburg du 16 au 19 janvier lors du sommet mondial sur la pauvreté ont convenu que les OMD ont eu un impact, mais qu’ils n’ont pas permis d’atteindre les ambitieux objectifs relatifs à la pauvreté, l’éducation, la santé, l’égalité entre les sexes et au partenariat mondial que 189 pays s’étaient engagés à atteindre d’ici 2015.



On estime qu’un milliard de personnes à travers le monde souffrent régulièrement de la faim, et qu’entre un milliard et demi et deux milliards de personnes vivent dans la pauvreté. Le VIH continue de faire des milliers de victimes chaque jour et les taux de mortalité infantile et maternelle ont connu une faible amélioration. Pendant ce temps, les inégalités à l’intérieur des pays et entre les pays se sont creusées et l’aide aux pays étrangers a diminué au cours de la crise financière mondiale de ces deux dernières années.



Cette image du verre à moitié vide s’oppose à l’image du verre à moitié plein offerte par David Hulme, directeur exécutif du Brooks World Poverty Institute de l’université de Manchester, qui a organisé le sommet. Il soutient que si les pays et la communauté internationale accéléraient leurs efforts en matière de développement au cours des cinq prochaines années, alors le verre serait aux trois quarts plein d’ici 2015.



« L’idée selon laquelle les OMD sont un échec est erronée, des progrès ont été réalisés », a-t-il dit aux journalistes le 19 janvier.



De manière générale, des améliorations ont été obtenues en matière de réduction de la pauvreté, d’espérance de vie et d’éducation au cours des dix dernières années, bien qu’il soit difficile de savoir si ces améliorations sont imputables aux OMD ou à la grande expansion économique dans des pays comme la Chine et l’Inde.



Cependant, un certain nombre de promesses faites par les pays développés et les pays en développement afin de réduire la pauvreté n’ont pas été tenues et les mécanismes de responsabilisation des dirigeants sont défaillants. M. Hulme et plusieurs autres intervenants ont mentionné l’importance excessive accordée au rôle de l’aide en tant que moteur du développement.



« L’accent ... doit être mis sur les objectifs de développement au niveau national et sur le soutien aux gouvernements afin de réduire la pauvreté, grâce au financement mais aussi à l’échange de connaissances », a dit M. Hulme aux participants.



Sakiko Fukudo-Parr de la New School University de New York a décrit les OMD comme un instrument précieux qui permet d’attirer l’attention sur les priorités, mais a prévenu que les huit objectifs ne tiennent pas compte de priorités urgentes en matière de développement, notamment les transformations structurelles, les créations d’emplois et la réduction des inégalités croissantes dans les sociétés.



Un autre intervenant, Sophie Harman de la City University de Londres, a reconnu que, s’il était important d’élaborer des objectifs, « il y a des choses que l’on ne peut pas mesurer ». L’objectif de l’égalité entre les sexes, par exemple, ne pourrait être atteint en se contentant de compter les nominations de femmes dans un organisme.



À quatre ans de l’échéance des OMD, M. Hulme a dit qu’il était temps d’ouvrir des discussions sur la forme qu’un nouvel ensemble d’objectifs pourrait prendre. « Les OMD constituaient un strict minimum », a-t-il indiqué. « Nous avons besoin d’un nouveau véhicule pour les dix ans à venir et de plus grandes ambitions ».



Dans une déclaration, les délégués ont appelé à un processus de planification des objectifs postérieurs à 2015 mené par les Nations Unies, mais auquel participeraient des membres de la société civile, les gouvernements et les personnes démunies elles-mêmes. Mme Fukudo-Parr a indiqué que les nouveaux objectifs devraient prendre en compte les préoccupations mondiales qui ont vu le jour au cours de la dernière décennie, et inclure les éléments manquants dans les objectifs précédents, comme par exemple les mécanismes de responsabilisation des gouvernements.



En marge du sommet, M. Hulme a dit à IRIN que les OMD n’avaient pas fondamentalement changé la vision que les gens avaient de la pauvreté, considérée comme une caractéristique inévitable dans le monde, et qu’une action mondiale contre la pauvreté était nécessaire pour faire évoluer cette vision.



« La philanthropie améliorera la situation », a-t-il dit, « mais les gouvernements nationaux doivent s’en occuper ».



ks/mw – gd/amz