Le dilemme des travailleurs humanitaires face au déluge des rapatriés dans le sud

Construire des camps et risquer la dépendance à long terme, ou bien ne rien construire et regarder grossir les besoins élémentaires : tel est le dilemme auquel doivent faire face les travailleurs humanitaires au Sud-Soudan, devant le déluge inattendu de personnes qui ont quitté le nord du pays en prévision du référendum sur l’auto-détermination du sud.



Selon le Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies (OCHA), environ 92 000 personnes originaires du sud, dont beaucoup avaient été déplacées durant des décennies de guerres civiles, étaient passées du nord au sud entre octobre et le 22 décembre, et le taux de retour était en hausse.



Le problème est que beaucoup reviennent en autobus et sont déposés dans les grandes villes du sud, sans moyen d’aller au bout de leur voyage et de rejoindre leur région d’origine.



Quand IRIN s’est rendu récemment à Aweil, capitale de l’Etat du Bahr el Ghazal du nord, quelque 5 000 rapatriés étaient bloqués, dans l’incertitude, après avoir passé une semaine sur la route.



Ils attendaient une aide élémentaire de survie, comme de l’eau, des services médicaux d’urgence et des latrines, et attendaient également que le gouvernement leur indique la prochaine étape pour eux.



Une semaine plus tard, un responsable des Nations Unies a dit à IRIN que ces rapatriés campaient toujours en plein air dans des installations de fortune qui continuaient à enfler avec les nouveaux arrivants.



« Etablir un camp de façon formelle implique que les gens s’habituent à l’assistance fournie dans le camp, [ce qui] crée des résistances à la fermeture et à l’élimination de ces camps, » a dit Giovanni Bosco, directeur d’OCHA au Sud Soudan.



Alors que le Sud Soudan envisage une indépendance probable suite au référendum du 9 janvier, la perspective d’une multitude de nouveaux camps aux abords des villes dans des états frontaliers potentiellement fragiles, comme ceux du Bahr el Ghazal du nord et du Nil supérieur, est vraiment inquiétante. En effet, le sud a déjà un faible niveau d’infrastructures et il doit impérativement commencer un développement à long terme après l’indépendance.



« Cela peut prendre des années pour fermer un camp et offrir des possibilités de réinstallation avec des solutions durables, » a ajouté M. Bosco.



Des installations de fortune pour les nouveaux arrivants



La situation désastreuse qui règne dans les installations de fortune accueillant les arrivants exige cependant une réponse qui pourrait avoir des conséquences à long terme, admettent les organisations humanitaires.



« Dans une situation d’urgence et si une population, quelle qu’elle soit, est en détresse, nous intervenons et nous essayons de leur fournir de l’aide,” » a dit Lise Grande, coordinatrice des opérations humanitaires des Nations Unies dans le sud.



« Cependant, pour nous, il est très clair que le kit de réinsertion, qui correspond en général à l’équivalent de trois mois de nourriture et d’aide pour les familles… doit être distribué aux points de destination finale. La politique générale est d’éviter que les camps de transit ne deviennent des camps de réfugiés, » a t-elle dit. « Toutefois, si les gens ont des problèmes dans les camps de transit, nous allons, bien évidemment, répondre [à leurs besoins]. »



Un jour avant l’arrivée prévue d’un convoi de plus de 600 familles à Aweil, Daniel Gar, le responsable pour l’Etat du Bahr el Ghazal du nord chargé de faciliter leur arrivée avec la Commission du gouvernement pour les secours et la reconstruction, a dit que le gouvernement attendait le retour de plus de 87 000 personnes avant le référendum.



Allocation de parcelles de terrain



A la question de savoir comment le gouvernement avait prévu de faire face à l’afflux des nouveaux arrivants, M. Gar a répondu que son gouvernement « n’avait pas grand chose à proposer sinon des parcelles [de terrain]. »



« Nous demandons le soutien des agences de l’ONU et des groupes humanitaires, » a t-il dit.



Quand en août le gouvernement soudanais a annoncé son intention de rapatrier 1,5 million de gens du sud avant le référendum sur l’indépendance, les agences de l’ONU dont l’Organisation internationale des migrations, ont décidé que les programmes de retours proposés par le gouvernement ne pourraient être menés par la communauté internationale, étant donné les contraintes de temps et la probabilité que cet effort de rapatriement en particulier ne soit interprété, notamment par le gouvernement de Khartoum, comme une opération politique.



En l’absence d’un soutien international conséquent pour cette opération, les fonds initialement alloués par le gouvernement du sud et par les gouvernements des états se sont révélés insuffisants pour assister le grand nombre des personnes rapatriées ; en particulier durant la dernière étape consistant à amener les gens du centre des villes où ils arrivent par autobus jusqu’à leur « destination finale » dans les villages et les zones rurales.



Selon OCHA à Juba, la capitale du sud, et selon les groupes humanitaires travaillant dans des villes comme Aweil, les problèmes de financement du transport et la lenteur du gouvernement à distribuer des parcelles aux nouveaux arrivants aggravent directement le risque de devoir créer des camps.



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