La prévalence du VIH parmi les travailleurs agricoles atteint 40 pour cent

Le taux de prévalence du VIH parmi les travailleurs agricoles en Afrique du Sud est d’environ 40 pour cent. C’est le niveau le plus élevé jamais enregistré en Afrique du Sud, selon une nouvelle étude.



L’étude, menée entre mars et mai 2010, était commanditée par l’Organisation internationale pour les migrations (l’OIM). Elle a utilisé des questionnaires et des échantillons de sang séché pour cerner les comportements à risque de transmission du VIH et les croyances à cet égard - ainsi que la prévalence du VIH - parmi 2 810 travailleurs agricoles dans deux provinces, celles de Limpopo et de Mpumalanga.



Quoique 80 pour cent des personnes testées aient déclaré que des préservatifs étaient disponibles dans les fermes où elles travaillaient, moins de la moitié ont admis avoir utilisé un préservatif avec leur dernier partenaire sexuel, et moins de 10 pour cent ont dit recevoir un traitement.



Selon Mark Colvin, de l’unité de recherche santé de Maromi qui a réalisé l’étude pour l’OIM, ces résultats nous rappellent brutalement que toutes les épidémies de VIH ne sont pas “créées égales”.



« L’ONUSIDA a publié le 23 novembre un rapport qui montre qu’à travers l’Afrique australe, on constate une baisse de l’incidence du VIH, mais cette étude prouve aussi qu’il reste dans cette région des poches où le VIH est encore extrêmement fréquent, » a t-il dit à IRIN/PlusNews.



Les 23 fermes sélectionnées pour participer à l’étude font partie du projet de prévention du VIH intitulé Ripfumelo actuellement mené par l’OIM. Ce projet fournit aux travailleurs agricoles des informations sur le VIH et leur donne accès au conseil et dépistage volontaire.



Selon Erin Tansey, responsable à l’OIM des projets de santé pour les migrants, la participation de ces fermes au projet de l’OIM pourrait être le signe d’une plus grande volonté politique chez les propriétaires de faire face au VIH qui touche leurs employés et de fournir un meilleurs accès aux services [sanitaires].



Des recherches précédentes faisant partie du projet Ripfumelo avaient trouvé une prévalence d’environ 30 pour cent à Limpopo. Historiquement, les travailleurs agricoles ont été considérés comme vulnérables au VIH, en raison de leurs mauvaises conditions de travail, de leurs difficultés à accéder aux services de santé et aux services VIH situés en-dehors des exploitations et à cause de leur mobilité accrue.



De mauvaises conditions



La dernière étude de l’OIM, a dit Mme Tansey  a confirmé que les conditions de vie restent mauvaises pour les travailleurs agricoles d’Afrique du Sud qui dorment souvent n’importe où, dans des conteneurs ou des étables abandonnées et n’ont accès ni à l’eau ni à l’électricité. L’étude a établi que plus de la moitié des travailleurs interrogés avaient déclaré avoir souffert d’insécurité alimentaire au cours de la dernière année, ce qui peut expliquer les taux élevés de rapports sexuels transactionnels.









« Cette étude montre qu’il reste dans la région des poches où le VIH est encore extrêmement présent »

Mais le rapport a aussi révélé que les relations entre le genre, la mobilité et le VIH ne sont peut-être pas aussi simples qu’on l’avait d’abord supposé. Alors que les taux de prévalence du VIH se sont révélés plus élevés chez les femmes, l’étude a établi qu’autant d’hommes que de femmes ont signalé des facteurs de risque VIH, comme les infections sexuellement transmissibles, le fait d’avoir des rapports sexuels en état d’ébriété et les rapports sexuels forcés.



Des études précédentes ont souligné des taux importants de rapports sexuels forcés parmi les travailleuses agricoles mais n’en ont rapporté aucun cas chez les hommes. Une recherche qualitative plus poussée concernant les causes du viol masculin dans les fermes est nécessaire, mais M. Colvin a noté que déjà, au cours d’entretiens préliminaires, les travailleurs agricoles avaient déclaré que la situation des jeunes hommes parmi eux était particulièrement risquée.



Des voisins à risque



La moitié des travailleurs agricoles inclus dans l’étude étaient Sud-Africains, mais 40 pour cent venaient du Zimbabwe, du Mozambique et du Swaziland. L’étude n’a pas trouvé de corrélation significative entre nationalité étrangère et statut VIH positif. Si parmi les travailleurs agricoles étrangers le taux de prévalence du VIH était deux fois plus élevé que chez leurs concitoyens, ce rapport valait également pour les Sud-Africains. Quelque 40 pour cent des travailleurs agricoles sud-africains étaient séropositifs, alors que, selon les données de 2009 de l’ONUSIDA, le taux général de prévalence du VIH en Afrique du Sud est d’environ 18 pour cent parmi les personnes âgées de 15 à 49 ans.



Selon M. Colvin, les nouveaux chiffres indiquent que la relation entre mobilité et VIH évolue : Dans l’épidémie de VIH à maturité qui est celle d’Afrique du Sud, la mobilité constitue pour les communautés – et non pas simplement les individus – un plus grand risque de contamination par le VIH, a t-il dit.



« Nous sommes dans une phase de maturité de l’épidémie, » a t-il dit à IRIN/PlusNews. « Il ne fait aucun doute que si les gens n’étaient pas mobiles, le VIH ne se propagerait pas dans le monde, mais ce n’est pas seulement une question de mobilité. »



Tout en insistant sur la nécessité de poursuivre la recherche, M. Colvin a dit qu’il était possible que certains facteurs, comme la pauvreté et le manque de cohésion sociale, alimentent l’infection VIH parmi les communautés agricoles et a ajouté que ce genre de théorie est de plus en plus avancé au niveau international pour expliquer la prévalence élevée du VIH dans les bidonvilles et les établissements informels.



Les recommandations de l’étude comprenaient entre autres une meilleure coopération transfrontalière sur le VIH et la tuberculose dans les pays d’Afrique australe, et l’accroissement du rôle des ministères de l’agriculture et du travail dans la promotion de meilleurs salaires et l’amélioration des conditions de vie pour les travailleurs agricoles.



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